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25/01/2012

«Mon Coeur de Père»: mais qu'est-ce qu'ils fabriquent, ces mômes?

Ado, j’étais très amoureuse d’un garçon qui ressemblait à Haribo. Si, le Haribo qui dit que c’est beau la vie pour les grands et les petits. Même coupe, même stature. Il chantait Patrick Bruel aux concerts de fin d’année - mieux que des slogans pour les bonbons.

(Ce post va bien parler d’un livre, promis)

Il était juif, comme beaucoup de gens du quartier où j’ai grandi, et en partie comme moi. Il était juif mais bon, pas au point de ne pas manger au McDo. Pas quand on s’est rencontrés en tous cas – en sixième. Ensuite, c’était au point de ne pas trop manger au McDo, mais quand même, un menu Cheesburger, c’est bien Dieu qui a dû mettre ça sur Terre. 

En seconde, notre prof d’Histoire (lycée public) nous a un jour parlé de ce commandement de la Torah «œil pour œil, dent pour dent». En sortant de cours, Haribo a voulu que l’on court chez lui vérifier dans la Torah ce qui était écrit. Je me souviens de ce jour comme du premier où Haribo s’est vraiment intéressé aux cours d’Histoire. Surtout comme du jour où il a fait passé la religion avant – avant le goûter, avant les potins du moment. Où soudain le judaïsme n’était plus une sortie entre copains à la syna le vendredi soir. C’était un vrai monde qui s’ouvrait, rassérénant. 

Peu à peu, Haribo est devenu pratiquant au point de ne plus mettre les pieds au McDo, puis d’éteindre son portable du vendredi soir au samedi soir – moment du shabbat, où les juifs pratiquants ne touchent pas à l’électricité. Puis de ne plus vouloir coucher avec des filles, comme ça. Puis, avant même ses 25 ans, au point de se faire présenter une femme par un rabbin et de l’épouser, et de faire un gamin, comme ça, dans la foulée. Récemment, j’ai appris que s’il me croisait dans la rue, il ne me dirait pas bonjour – enfin qu’il ne m’embrasserait pas. Parce que je suis une fille. «Enfin peut-être qu’il ne changera pas de trottoir pour t’éviter non plus». Cool.

Sauf qu’il est heureux – je crois. (Je prendrais bien un café avec lui pour lui demander, mais il n’a pas le droit d’être seul avec une femme).

9782213668475-G.jpegQue se passe-t-il dans la tête d’un adolescent, qui chante si bien Patrick Bruel, et qui choisit plutôt les chants rabbiniques ? C’est ce qu’esquisse Marco Koskas dans Mon Cœur de père (Fayard).

Haribo vs Fiston

Ce livre, c’est un journal. L’auteur est séfarade, et séparé de la mère de son fils, qui n’est pas juive. Donc «Fiston» non plus concrètement. C’est compliqué, cette identité incertaine. L’enfant entame une conversion sous la houlette du Consistoire. Trois ans après, son judaïsme est acté. Et après? Après il part en pension en Israël. Il cherche un cadre religieux comme pour faire tenir sa vie sur quelque chose. Une synagogue pour abri comme d’autres choisiraient des cours de yoga. L’enfant a sa foi «chevillée au corps». Il est tenté d’entrer en boite, de faire provision de vodka pour des soirées, d’aller fumer la chicha, regarde les filles par en-dessous… Le père contemple, mi-admiratif mi-effrayé. «Il s’est construit tout seul, il a réussi à structurer sa personnalité quoique sa mère l’ait laissé tomber à l’âge de 9 ans et que moi je m’oppose autant que possible à ses superstitions. (…) Il aurait pu mal tourner, devenir un petit voyou, se défoncer, mais il est juste habité par une foi inébranlable». La religion s’engouffre donc les brèches? Mais le fils n’est pas satisfait. La religion peut-elle colmater ou non?

L’enfant conquiert cette religion, et Dieu sait que se convertir au judaïsme, ce n’est pas une sinécure… Il la conquiert comme Haribo, et comme lui, il devient bien plus religieux que ses parents.

En creux, de ce père qui rejoint son fils en Israël pour quelques séjours, et qui se demande où il en est, de son rapport à la «Terre Sainte», de son rapport à la Tunisie où il est né, à la France qu’il adore, de ce père ce sont les interrogations qui se dessinent. Une question de transmission et de consolation tellement brûlante. Aucune réponse, juste un point d’interrogation démesuré.

Mon coeur de père, Marco Koskas16,00 €
208 pages (se lit très très vite)

01:18 Publié dans littérature française | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : judaïsme, marco koskas, fayard |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14/01/2012

Les couples devraient parfois durer moins de trois ans

photo (4).JPGJe lis L'Amour dure trois ans, dans le métro. Je ne l'avais jamais lu, je crois que lorsque c'est sorti, en 1997, j'en étais à Kamo, aux Lettres de mon Moulin, à Lullaby.

Je lis donc ce roman de Beigbeder, parce que l'adaptation sort bientôt au cinéma. Je suis assise dans le métro, le titre est écrit en gros sur la couverture. Un couple à côté de moi se regarde, se jette des coups d'oeil.

Le garçon: «Non mé c vrai hein, sa dure 3 ans. [Le garçon a l'air de faire des fautes d'orthographe quand il parle]

La fille: Bah nan, dis pas ça.

- Regarde Anne-Laure et [XXX pas compris le nom], sa a duré 3 an..

- Oui et Marc et Sarah, ça faisait quatre ans [J'ai envie de leur dire que le héros du roman s'appelle Marc]

- Oui mais ils s'aimaient plu. Ca aurait dû s'arrêter au bout de 3 an. [Et sans sourire]: Et nous sa fera bientôt 3 ans, peut-etre ke ça va etre la fin». 

Un type qui dit des choses pareilles sans sourire, la fille ne devrait pas attendre trois ans pour le larguer.

06/01/2012

Un petit quizz bien dur

Rusty Regan par exemple, c'est dans

a) Adieu ma jolie de Raymond Chandler
b) Le Grand Sommeil de Raymond Chandler
c) La Faucon Maltais de Dashiell Hammett

Et Dolphus Raymond, c'est chez Harper Lee, Louisa May Alcott ou Wilkie Collins?
 
 
(Rusty Regan c'est dans Le Grand Sommeil; Dolphus Raymond dans Ne Tirez pas sur l'oiseau moqueur)

17:06 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (0) |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

04/01/2012

Marilyn d'Hiver

440x290_1968583.jpegIl y a quelques mois, est reparu en poche le roman de Norman Mailer consacré à Marilyn Monroe: Mémoires imaginaires de Marilyn. Il y invente une Marylin bien plus légère que celle des Fragments ou de Confession inachevée. Sur cette Marilyn rêvée, beaucoup ont vu un regard qui «suinte le mépris d'un macho pour une femme séduisante qu'il n'aura jamais, prêt à tout pour la salir».

J'ai adoré ce regard - il faudra que j'en parle à mon psy. Cette Marilyn n'a pas le coeur moins raviné, elle a la parole plus badine. Le début reste celui d'une jeune fille abandonnée, trouée. La fin reste un suicide. Entre les deux, la désinvolture est douce, enveloppante. C'est comme un roman d'hiver, qu'on lit un dimanche en échappant au bruit du monde. Un roman molleton.

On y lit: 

- Marilyn, narratrice, évoquant les aides d'un grand couturier: 

«Des hommes tout à fait charmants. Ce n'était pas tant qu'ils étaient soignés, minces, et qu'ils semblaient à l'aise dans leus vêtements comme une main dans un gant, c'est aussi qu'ils semblaient très heureux dans leurs vêtements. On aurait dit que leur Moi intérieur avait lui aussi un beau costume: leur propre peau.»

Ou

 «Entendre sans cesse parler d'élégance dans les livres quand on est toute seule, c'est comme porter une robe du soir sur la lune»

Et Marilyn citant le photographe Milton Greene

«Ecoute, disait-il, ça marche. Ca tient debout. Laisse tomber. Tu ne peux pas mettre une paire de chaussures neuves à l'histoire».

«Confession inachevée» de Marilyn Monroe (230p. 20€) Robert Laffont/Pavillons Poche (Traduction Jean Rosenthal)

21:16 | Lien permanent | Commentaires (0) |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/01/2012

La jouissance selon Colette

Fichier:SidonieGabrielleColette.jpegVous venez d’achever vos dernières indigestions de 2011, et vous vous dites que non, vous ne mangerez plus. Plus jamais de gros repas, plus jamais de viandes en sauce, plus jamais rien du tout. Sans compter que mincir fait partie de vos résolutions 2012...

Pourtant, c’est que vous n’avez pas (re)lu Colette, surtout pas ses articles publiés dans le magazine Marie-Claire de 1938 à 1940.  Une dizaine d’entre eux sont réunis dans les Carnets de L’Herne. Le premier, qui donne son titre au recueil: «J’aime être gourmande». Elle y note ses impressions, prodigue ses conseils, même livre ses recettes.

«On naît gourmet, y écrit-elle. Le vrai gourmet est celui qui se délecte d’une tartine de beurre comme d’un homard grillé, si le beurre est fin et le pain bien pétri. Il y a beau temps que je n’ai plus chez moi de cuisinière experte… Mais je n’ai renoncé à rien de ce qui contente le palais, partant, le cerveau. En fait de "plats préférés", je préfère... tout ce qui est bon, tout ce qui fait de l'heure des repas une petite fête des papilles et de l'esprit. (...) Un jour, la viande est à l’honneur, sous ses formes les moins nocives, saisie sur la braise, poivrée de poivre frais - le noir, celui des Antilles - avec une pincée de sel écrasé, je n’ai pas dit: de sel fin. Si l’entrecôte est persillée, si elle a gardé une bordure succulente de graisse, il n’est même pas besoin de beurre».

L’extraordinaire, c’est la recette du café concierge évoqué dans Chéri (roman de Colette, que vous pouvez lire sur le site très laid mais gratuit du projet Gutenberg).

«Ayez une soupière - la petite soupière individuelle pour soupes gratinées, ou un gros bol, en porcelaine à feu. Versez-y le café au lait, sucré et dosé à votre goût. Préparez de belles tranches de pain – pain de ménage, le pain anglais ne convient pas - beurrez-les confortablement * et posez-les sur le café au lait qui ne doit pas les submerger. Il ne vous reste qu'à mettre le tout au four, d'où vous ne retirerez votre petit-déjeuner que bruni, croustillant, crevant çà et là en grosses bulles onctueuses.

Avant de rompre votre cadeau de pain recuit, jetez-y une poussière de sel. Le sel mordant le sucre, le sucre très légèrement salé, encore un grand principe que négligent nombre d'entremets, et pâtisserie parisienne, qui s'affadit, faute d'une pincée de sel. **»

Moi je ne peux pas tester la recette parce que je n’ai pas de four. Mais si vous êtes mieux équipés, allez-y - et envoyez-moi des photos. 

Sinon, pour le reste du recueil, il ne parle pas de cuisine, mais il parle néanmoins de gourmandise, ou raconte du moins le gigantesque appétit de Colette pour les mots.

* beurrer confortablement des tartines ? Est-ce que ce n’est pas le meilleur conseil de tartinage de toute la littérature?

** La phrase n’est pas très claire. «une erreur typographique a dû [s’y] glisser», précise l‘éditeur.

30/12/2011

Hollywood ne peut pas se passer de littérature

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Si vous voulez vous tenir prêts pour vos mondanités 2012, pour pouvoir clamer en soirées «hum, le film, non pas terrible, le livre était teeeellement mieux» (c'est rarement dans le sens inverse), vous avez de pain sur la planche. Pléthore de films attendus pour l'année prochaine ont derrière eux un romancier. 

Côté stars, on verra Sandra Bullock et Tom Hanks dans Extrêmement fort et incroyablement près, adapté du très beau roman du même titre, de Jonathan Safran Foer, l'un des premiers romans post-11 Septembre. David Cronenberg s'empare du roman de Don DeLillo, Cosmopolis, pour y glisser Paul Giamatti, Robert Pattinson et Juliette Binoche. (En espérant que DeLillo l'inspire plus que la psychanalyse...). Daniel Craig sera à l'affiche du Millenium de David Fincher - avec Christopher Plummer et  Rooney Mara en Lisbeth Salander. Et George Clooney sera à l'affiche du principal concurrent de The Artist pour les Osars, The Descendants, adapté du roman hawaïen de Kaui Hart Hemmings. Le film, comme le roman qui sort le 4 janvier en France (chez Jacqueline Chambon), raconte la façon dont la vie d'un homme alors que sa femme est dans le coma.

 

Côté films pour les (plus ou moins) jeunes, les frères Grimm ont la côte. Une adaptation d'Hansel et Grettel et deux de Blanche-Neige vont sortir. Ce sera difficile de les départager: d'un côté Julia Roberts dans Mirror Mirror, de l'autre Charlize Theron et Kristen Stewart dans Blanche Neige et le Chasseur. Autre conte, anglais cette fois-ci, Jack le tueur de géants. L'histoire d'un jeune homme qui s'appelle Jack. Et qui tue des géants. L'adaptation est signée Bryan Singer (Usual Suspects, X-Men...), avec Nicolas Hoult.

Plus récent, le livre de science-fiction jeunesse Hunger Games de Suzanne Collins, fera aussi l'objet d'une adaptation. 

 

Les Français ne sont pas en reste puisque les écrans accueilleront L'Amour dure trois ans (tiré du roman de Frédéric Beigbeder, chez Grasset) ou Bye Bye Blondie (tiré du roman de Virginie Despentes, chez Grasset aussi). 

(Oui je sais, Hollywood c'est pas en France. Mais il me fallait un titre).

23/12/2011

Si j'étais copine avec Eva, François et Nicolas

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23 décembre. Si comme d'autres vous êtes au bureau, mais que vous avez eu un déjeuner de Noël, que pour des raisons incompréhensibles vous avez décidé de boire le mauvais vin rouge qui était sorti avec les tucs et les rillettes, votre esprit divague. Vous avez bu beaucoup de vin rouge. Et votre esprit divague donc autant. 

Allez savoir pourquoi, vous vous dites que les cadeaux pour Papa et Maman c'est bon, pour Pauline et Jérémie, c'est réglé. Reste à trouver un chien pour François K, mais on se débrouillera. Mais les politiques, hein? Ils n'ont pas eu le temps de faire de liste, occupés qu'ils sont à parfaire leur accent, à inventer des programmes, à expulser les étudiants immigrés. Pas de cadeau pour eux donc? Pour leurs proches qui voudraient les aider, petite liste. 

Pour François Hollande

François, toi qui voudrais qu’en 2012, les Français élisent un candidat normal, demande au Père Noël le premier tome des Œuvres Complètes de Canguilhem, qui paraît chez Vrin. Ce sont tous les textes écrits par le philosophe et scientifique de 1926 à 1939. Soit avant qu’il ne soutienne en 1943, sa thèse de médecine intitulée «Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique» qui deviendra en 66 Le Normal et le Pathologique. Dedans, Canguilhem explique que «le normal, c’est à la fois l’extension et l’exhibition de la norme. Il multiplie la règle en même temps qu’il l’indique. Il requiert donc hors de lui, à côté de lui, et contre lui, tout ce qui lui échappe encore. Une norme tire son sens, sa fonction, et sa valeur, du fait de l’existence en dehors d’elle de ce qui ne répond pas à l’exigence qu’elle sert.» Canguilhem explique que tout ce que la norme n’inclut pas, elle l’exclut, que tout ce qui n’est pas normal est nécessairement anormal - qu’il peut donc s’agir de porter un jugement d’exclusion. Que, cher François, tu ferais bien de faire gaffe aux mots que tu emploies. Mais en attendant d’arriver à ce tome-là, tu peux lire le premier. Il paraît que tu ne lis pas de roman, tu l'as dit ici. Donc on a choisi un truc à ta mesure.

000989999.jpgPour Eva Joly

J'aurais pu choisir un cadeau xénophobe, genre un dictionnaire, mais la xénophobie, je trouve ça so 2007. Tu devrais simplement demander le dernier roman de Jonathan Franzen, Freedom. Jonathan Franzen est un amoureux des oiseaux, ce qui l'a fait s'intéresser de près à la Nature et à l'état du monde dans lequel on vit. C'est une préoccupation pour toi ça non? Il a bien essayé de ne pas s'y intéresser. Il l'a expliqué dans un article du New York Times. «Je suis tombée amoureuse des oiseaux. Non sans une résistance importante, parce qu'être un ornithologue amateur manque vraiment de coolitude (...). Mais petit à petit, en dépit de moi-même, j'ai développé cette passion». Dans Freedom, Franzen met donc en scène des environnementalistes en qui se demandent comment servir leur cause, communiquer, comment créer un monde meilleur. Et éventuellement comment ne pas sacrifier les humains au passage. Mais surtout, Eva, c'est un roman d'amour et d'amitiés magnifiques, un «roman-monde» qui va te faire oublier deux secondes la vraie vie. Et tu en as bien besoin en ce moment non?

Pour Nicolas Sarkozy

Cher président, tu as droit à deux cadeaux. C'est normal, il faut bien qu'être président serve à quelque chose. 

Le premier, c'est le livre de Philippe Pozzo di Borgo, l'auteur de l'histoire vraie qui a inspiré le film d'Intouchables. Comme tu es fan, je me suis dit... 

Mais il paraît que tu es devenu un grand lecteur, un seul livre ne te suffira pas. Il paraît que tu intimes tes ministres de te jeter sur Limonov, que tu adules Céline. Finalement, cette histoire de Princesse de Clèves, c'était un grand malentendu? J'ai une vague crainte parfois, je me demande si tu sais pourquoi lire. Je veux dire, est-ce que par hasard ce serait seulement pour changer ton image, et te faire réélire?

Dans le doute, tu devrais te faire offrir Pourquoi lire de Charles Dantzig, paru en poche en novembre. Dantzig y écrit qu'on «on lit pour comprendre le monde, on lit pour se comprendre soi-même. Si on est un peu généreux, il arrive qu'on lise aussi pour comprendre l'auteur. Je crois que cela n'arrive qu'aux plus grands lecteurs, une fois qu'ils ont assouvi les deux premiers besoins, la compréhension du monde et la compréhension d'eux-mêmes. Lire fait chanter les momies, mais on ne lit pas pour cela. On ne lit pas pour le livre, on lit pour soi». Il aurait autant pu écrire «On ne lit pas pour l'image, on lit pour soi.»

Bonus pour Georges Tron

Georges, j'espère que tous tes amis n'auront pas la même idée... Mais il se trouve que Jean-Marie Le Clézio a publié cet automne Histoire du Pied et autres fantaisies. Et en plus ce livre, recueil de nouvelles, raconte des histoire de femmes. Tu peux être fier, c'est presque comme si un Nobel de littérature avait écrit un livre rien que pour toi.

(Image Flickr/Shuttertacks)

20/12/2011

Noël: des cadeaux pour les copains

Dans quelques jours c’est Noël, et non, vous n’avez pas encore acheté tous vos cadeaux- je le sais, ne niez pas.

Pour les achats sur Internet, c’est à peu près foutu, vous ne serez pas livré à temps. Restent les livres. Vous savez, ces trucs en papier qui vont bientôt disparaître, pour renaître sous une autre forme. C’est peut-être la dernière fois qu’en offrant un objet en papier, vous n’offrez pas encore un objet vintage. Mais mieux encore, ça fait double emploi: lecture aujourd’hui, et déco demain. Si ça c’est pas une bonne nouvelle. 

Donc vous pouvez foncer, le livre en papier, c’est le parfait cadeau pour 2011.

Liste non exhaustive du tout

Les dingues de faits div’

Si vous avez une copine qui s’appelle Florence, et qui adoooore les faits divers, qui dans sa jeunesse, allait s’installer sur les bancs des Assises pour assister aux procès, et dont les yeux s’illuminent quand on apprend que, méga surprise, un monsieur a exécuté sa famille dans une charmante ville BCBG, et qu’il l’a (mal) cachée sous les graviers, vous pouvez lui offrir Histoire de la Crim, (parue chez J-C Gawsewitch). Le titre n’est pas fourbe: c’est un livre qui retrace l’histoire de la Brigade la plus ancienne de France, avec beaucoup d’archives jamais montrées au public jusqu’à aujourd’hui. Et votre amie Florence se délectera en retrouvant ses copains Guy (Bonneau ou Georges). Si en plus elle est cinéphile, elle se souviendra de la réplique de Jouvet dans Quai des Orfèvres «C'est la Crim', c'est ce qui se fait de mieux» et elle appréciera votre cadeau.

PS: Vous pouvez aussi offrir à Florence Caïds Story grand livre plein de portraits de mecs sympas, des criminels de tout le siècle dernier. Le pendant du super documentaire passé sur Planète en novembre, et publié aux éditions de La manufacture du livre.

Les dingues de Paris


51y7XG%2BDaiL.jpegSi vous avez un copain qui s’appelle François, et qui est obsédé par l’histoire de Paris, au point d’acheter tous les livres qui paraissent sur la capitale, surtout ne lui rachetez pas une édition de Métronome, il l’a déjà, juré. En revanche, vient de paraître Paris détruit, qui a de fortes chances de lui apprendre des choses qu’il ne sait pas déjà. Ce livre de l’architecte et urbaniste Pierre Pinon explore les vandalismes que Paris a subi. Non pas les destructions des guerres, de l’Histoire, mais celle des pioches des démolisseurs délibérés, poussés par les pouvoirs politiques. Se soumettre aux spéculations immobilières ou assouvir le besoin de destructions symboliques, comme la Bastille: c’est ce que montre et raconte Pierre Pinon. (Paris Détruit est paru chez Parigramme, maison que François connaît forcément puisqu’il est amateur des livres sur Paris, et que c’est la marque de fabrique de la maison)

PS: Vous pouvez aussi acheter à François Paris Versus New York, ce qui lui rappellera qu'il y a quand même des villes plus cool que Paris, mais ce n'est pas dit qu'il vous croie. 

Les fous de Nature

Parce que oui, il y a des gens assez dingues pour aimer la nature, la végétation, les paysages sans béton, tout ça, si vous avez une amie qui s’appelle Maud et qui trouve que passer un mois dans la Pampa et les glaciers argentins c’est chouette, vous pouvez lui offrir Jack London, photographe. Pas tant parce que ce sont des photos de Pampa (pas du tout), mais parce qu’elle a sans doute aimé, dans son enfance, L’Appel de la Forêt, ou surtout Michael Chien de Cirque. (Michael, fox-terrier trop stylé, celui qui fait que j'ai voulu avoir un chien, et que mes parents ont jamais voulu parce qu'un chien faut tout le temps lui donner à manger et le sortir, ce à quoi j'ai dit les enfants aussi, ce à quoi ils n'avaient pas répondu). Bref, Jack London, photographe permet de redécouvrir l’écrivain sous un autre jour: celui de photographe. Comme le dit le 4e de couverture, «on ignore souvent que cet aventurier des mers et des mots était également un photographe», et comme le disent les 200 photos, il n’était pas mauvais… A travers ses périples et ses casquettes (chasseur de phoques, aventurier, correspondant de guerre …), il gardait avec lui un Kodak A3 à soufflet, qui captura des milliers d’images du monde. Jeanne Campbell Reesman et Sara S. Hodson (spécialistes de London) et Philip Adam (spécialiste d’archives photo), en ont sélectionnées 200 pour l’ouvrage.

ref=dp_image_0-2.jpegPS: Sinon, vous pouvez aussi rappeler à Maud que la Nature, ça va bien, grâce à Baudelaire (qui écrivait dans «Rêve Parisien»: «Le sommeil est plein de miracles! / Par un caprice singulier / J'avais banni de ces spectacles / Le végétal irrégulier». Un mec bien quoi). Deux ouvrages sortent sur Baudelaire: l'un est un recueil d'essais brillants d'Yves Bonnefoy Sous le signe de Baudelaire. L'autre un seul essai, de Roberto Calasso. Le Nouvel Obs dit de cet essai que c'est «un grand livre. Il remue la vase des souvenirs et des certitudes, redessine le paysage autrement. Calasso sait tout, a tout lu, vu, retenu et compris; avec cela intelligent comme le diable. Alors il tricote un maillage serré d'analyses, d'anecdotes, de petites phrases qui n'ont l'air de rien, mais se révèlent cruciales, de digressions lentes et minutieuses». Voilà, pareil.

 

Pour les cinéphiles

Si vous avez des amis cinéphiles, présentez-leur Jordan Mintzer, correspondant du Hollywood Reporter, par l'intermédiaire d'un très beau livre. Ce chanceux-là a pu s'entretenir avec Francis Ford Coppola, Mark Wahlberg, James Caan ou Eva Mendes, pour leur parler - entre autres - de James Gray. Et consacrer au réalisateur de Little Odessa ou de La nuit nous appartient un ouvrage de 235 pages publié aux Editions Synecdoche. La couverture grise aurait pu être élégante, à l'image des films de Gray, elle est triste, ne faites pas attention, ce sera la seule déception. L'intérieur est foisonnant. Des notes, des photos, des dessins. De documents de travail du réalisateur. Une porte ouverte sur l'univers du cinéaste si raffiné, son exploration du désir, sa direction d'acteurs... Et puis une porte ouverte sur le cinéma en général, allons-y gaiement. 

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Pour les lupinistes


Les Anglais ont Sherlock Holmes, nous avons Arsène Lupin. Si le succès du second n’a jamais valu celui du premier, il est néanmoins suffisant pour fédérer une communauté: celle des lupinistes. (Ne dites pas qu’ils sont rares: ils ont un mot pour les décrire. Et des blogs aussi pour se réunir).

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Si vous avez une sœur lupiniste, qui vous a forcée à voir toutes les adaptations ciné, vous pouvez lui offrir Les Aventures extraordinaires d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc, qui sortent chez JC Gawsevitch. Ce recueil présente vingt nouvelles géniales, assorties des illustrations de l’époque – 1905 à 1911, années pendant lesquelles l’auteur les publie dans différents numéros de la revue Je Sais tout. Surtout, ces nouvelles sont inédites. Lorsqu’elles sortent, à compter de 1905, elles ne sont pas destinées à être publiées en livre. Mais lorsqu’elles le sont, Maurice effectue un petit remaniement. Personne donc, hormis les détenteurs des revues, n’a lu ces nouvelles sous leurs formes. Ces histoires, publiées avec l’aval de la petite-fille de Maurice Leblanc, Florence, fêtent opportunément l’anniversaire de Maurice, mort il y a 70 ans.


Pour les fous de dessins animés

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Le quatrième de couverture dit: «Pixar s’est imposé comme un géant du divertissement mondial, transformant chacun de ses personnages en icônes de la culture pop mondiale connues de tous. De Toy Story 1 à Cars 2, en passant par Ratatouille». En vrai on s’en fout, d’autant plus que Pixar 25 ans d'art et d'animation, n’explique absolument pas comment ce sont devenus des icônes, ni pourquoi Pixar… En revanche, ce livre est une merveille esthétique, qui reprend les dessins et les story-boards des dessins-animés. Vous voyez sous vos yeux prendre forme Carl Fredricksen, le petit vieux de Là-Haut, ou le Rémy rat gourmet de Ratatouille. Et ne dites pas que c’est que pour les enfants – mais si vous voulez l’offrir à votre petit-frère, pas si petit, mais qui se comporte toujours comme tel, et qui dit que lire c’est chiant, il ne sera pas embêté par les textes, il n’y en a pas. 



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21/10/2011

Madison Smartt Bell, écrivain possédé

madison_smartt_bell.jpegEn voyant arriver Madison Smartt Bell, dans un petit hôtel près d'Odéon, on se dit qu’il a l’air plutôt normal. Quelques bagues à tête de mort, une rose séchée autour du coup... On a vu bien plus excentrique.

Par ailleurs, Madison Smartt Bell, en France pour la promotion de son roman La Couleur de la Nuit, parle français, avec juste ce qu’il faut d’accent américain pour flouter quelques mots. Il a vécu à Paris. Cela le rapproche encore, forcément. Mais c’est aussi en Haïti qu’il a appris la langue. Et c’est en Haïti que les normes communes se dissipent. 

«Quand je suis allé en Haïti, j’ai été confronté à l’existence des esprits. J’ai compris qu’ils existent réellement pour les Haïtiens – et pour moi. J’ai compris les relations que les habitants entretiennent avec une foule d’esprits, «les invisibles». Ces esprits ne sont pas au Ciel comme un Dieu des grandes religions monothéistes, ils sont au contraire toujours disponibles, derrière un miroir, dans un verre, partout. Et je vis avec eux». Madison Smartt Bell est un écrivain possédé, un écrivain vaudou. Il vit avec les esprits. 

Ce n’est pas Haïti qui a tout déclenché cependant. Dès ses débuts d’écrivain – il a alors une vingtaine d’années – Madison Smartt Bell «sentait» déjà quelque chose. Si ce n’était des esprits, des mises en transe, des absences… «Une nuit, raconte-t-il (il était alors étudiant à Princeton), je me suis mis à écrire, il était 19h ou 20H. Je suis entré dans l’écriture, et soudain c’était l’aube. J’avais entre les mains une nouvelle, et laissez-moi vous dire qu’elle n’était pas mal du tout». Il ne se souvenait pas de l’avoir écrite. Il n’aurait su dire et ne saurait encore aujourd’hui, comment les mots avaient jailli. Mais de fait ils avaient jailli. De cette nuit ne restait donc aucun souvenir, qu’une nouvelle et  une sorte de catharsis.

Sous la dictée

Après cette nuit, ça n’a pas toujours été facile, d’entrer en transe. Et il ne sait toujours pas faire «de grande transe à la haïtienne», il en a même abandonné la recherche. Mais une transe pour écrire, désormais, c’est acquis. Il sait se mettre dans ce demi-sommeil que l'anglais nomme «sommeil crépusculaire». «J’écris alors dans ma tête, je tisse le texte, puis je me maintiens dans cet état pour le continuer». Madison Smartt Bell croit à l’inspiration créatrice, «c'est un esprit qui s'empare de toi, quelque chose de mystique».

C’est ainsi qu’est venue La Couleur de la nuit. «J’ai entendu une voix» - «c’est la vérité», assure l’écrivain. «C’est comme ça que j’ai su commencer. Ca n’arrive pas toujours de façon aussi simple, mais là c’est venu comme un éclair. J’ai écrit comme sous la dictée. C’était une très jolie expérience».

Purge

Etonnant, ce mot joli, pour un roman qui romance les crimes de Charles Manson, raconte la violence au sein d’une secte – mystique – et les affres par lesquels est passée l’héroïne Mae, entre autres fréquemment violée par son frère quand elle était jeune. Jolie, l’expérience d’écriture de ce roman? «Je n’avais presque pas remarqué que c’était si violent, parce que le roman s’est écrit dans une simple liaison entre la voix qui dictait et mes mains sur le clavier».

Mais si l’écriture reste une nécessité pour Madison Smartt Bell, bien que l’expérience soit si évanescente, c’est que le sentiment de catharsis éprouvé la première fois, dans ses 20 ans, demeure. «On se sent lavé, vidé. On revient mieux en soi-même».

La violence de son roman, lumineux, ample, vise la même catharsis selon lui. Il demande si l’on a trouvé la violence insoutenable, dans son roman? On doit bien avouer que non, que l’on n’avait pas lu un roman si incandescent depuis longtemps. Un roman qui travaille à l’infini sur la couleur et la matière, magnétique. Psychédélique, littéralement. Le roman s’ouvre sur l’effondrement du 11 Septembre – vision d’une violence prodigieuse qui déclenche le souvenir d’une autre violence, celle que Mae a vécue dans le passé. Alors que l’héroïne assiste à l’effondrement, elle raconte: «Il n’y avait pas de limite au temps que j’étais libre de passer à dévorer ces images. Comme d’un fruit qui mûrit jusqu’à l’éclatement, la brusque dilatation, encore et encore, et puis la chute.» Puis, plus loin: «Les avions arrachaient des morceaux au flanc des tours, les splendides voiles de flammes orange rugissaient, et les mortels s’élançaient des fenêtres rougeoyantes étincelantes, pareils à des flocons tourbillonnant à l’intérieur d’une boule de neige, et la tour frissonnait, se déformait, s’épanouissait et retombait en gerbes».

Les flammes surgissant des tours noires, la luminosité et ses couleurs or surgissant de la violence du roman, comme la catharsis se dégageant de la violence même. Comme l’écriture surgissant de la transe nocturne. La couleur de la nuit.

La Couleur de la Nuit, de Madison Smartt Bell, chez Actes Sud

16/10/2011

C'est dans quoi déjà?

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Cela paraît anachronique, un jeu de société consacré à la littérature, à l'époque où Ikea veut arrêter ses bibliothèques Billy, où l'on n'a pls le temps de lire, et où les jeux se jouent sur iPhone plutôt qu'autour d'une table, dans un salon, avec des vrais gens non virtuels. Un jeu dont Google est banni, sinon c'est de la triche. (Gallimard et Google ne sont pourtant presque plus fâchés...)

Personne n'a dit à Gallimard que nous étions en 2011, du coup la prestigieuse Maison sort un très jouissif jeu de société: «C'est dans quoi déjà». Un genre de Trivial Pursuit littéraire. Trois types de question: 

- facile: Où se déroule l'intrigue dans la pièce de Jean-Paul Sartre Huis-Clos? (1)

- moins facile: Qui a écrit «La presse, c'est la parole à l'état de foudre; c'est l'électricité sociale»: Zola, Chateaubriand, Jules Vallès? (2)

- difficile (très): Où se rencontrent pour la première fois Milush et le grand-père Soriano dans Passe un ange noir d'Anne Bragrance? (3)

Et des défis littéraires. Exemple: En trois mots qui ne sont pas des titres de son oeuvre, faites deviner Georges Simenon.

Il y a même un sablier, élément dont on ne s'était pas servis depuis qu'il existe des chronomètres sur les téléphones, et que les séances de Pictionary ne font plus partie de nos vie.

En plus, ça devenait usant d'être obligés de manger les apéricubs jaunes, saveur poulet grillé, pour avoir des questions culture.

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(1) L'Enfer

(2) Chateaubriand

(3) Sur un banc

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