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27/09/2010

Jay McInerney: «Tu n'es pas le genre de type à te retrouver dans un endroit pareil à une heure aussi matinale»

Jay McInerney

LA RENCONTRE

Quand j'ai rencontré Jay McInerney samedi matin, j'avais un peu le sentiment d'aller voir le Kurt Cobain de la littérature. Dans les années 80, quand son premier livre (Bright Lights Big City: Journal d'un Oiseau de Nuit) est sorti, McInerney avait décidé avec Bret Easton Ellis, qu'ils feraient de la littérature «une aventure plus sexy, plus amusante, plus rock-and-roll». Ils ont écumé les bars, trempé leur nez dans la poudre, fait les unes des magazines people, vendu des millions de livres. Ensuite ils ont un peu moins poudré leur nez et continué de publier des livres formidables. Et ils ont, en effet, rendu la littérature incandescente.

Dans le hall de l'hôtel, Jay McInerney était assis, jean, tennis et col roulé. «On va faire l'interview dans ma chambre, on sera plus au calme».

Dans sa chambre, il y a un livre de Martin Amis sur la table et des vêtements un peu partout. Il semble drôlement simple pour une rock-star de la littérature. Il parle calmement, mais s'agite sur sa chaise, et rit beaucoup. Il parle de New York. Il a été invité au festival America pour ça: dire comment on écrit sur New York, personnage et toile de fond de ses romans.

Il vit depuis plus de 30 ans à Manhattan. «Je n'avais jamais eu l'impression d'avoir eu une maison avant d'habiter New York. J'avais grandi en mcinerney_moitoutcrache.jpgbanlieue, dans différents endroits. Quand je suis arrivé à New York, j'ai trouvé ma maison et je me suis dit: c'est un endroit parfait pour un romancier.»

Il trouvait la ville excitante, elle accélérait ses pulsations cardiaques. «Il y a une sensibilité new-yorkaise: plus rapide, plus ironique. Les New-yorkais sont plus sceptiques, plus sarcastiques, plus rapides dans leurs perceptions et leurs jugements, que les autres.»

Bien sûr, il aurait pu écrire ailleurs. «Je pense que je suis un bon écrivain, je peux écrire sur plein de choses à part cette ville», mais New York est ce qui l'inspire le plus. McInerney a le sentiment que les histoires, les idées se baladent dans New York. «En tant que romancier, vous avez juste à les saisir.» Et c'est ce qu'il fait.

«Un jour, il y a des années, j'ai vu un homme que je connaissais, un milliardaire. Il était sur la 5e avenue et il attendait de traverser la rue, il était juste à côté d'un clochard, qui portait ses sacs. Je me suis dit que c'était une juxtaposition intéressante, que je voulais écrire un roman avec ces deux personnages dedans. Et je l'ai fait, dans Trente ans et des poussières

Quand on a eu fini de parler de New York, de son écriture, de son amour pour Céline et de sa brève apparition dans Gossip Girl, son téléphone a sonné. «-Oh, c'est Bret. - J'ai justement rendez-vous avez lui tout à l'heure. -Ah? Vous lui rappellerez que nous avons une réservation à 21h15 pour dîner, qu'il n'oublie pas». Je vous raconterai très bientôt ma rencontre avec Bret Easton Ellis.

 


LE QUESTIONNAIRE


Comme Jay McInerney a sorti son dernier livre il y a quelques mois, et que c'était un recueil de nouvelles, j'ai adapté le questionnaire. Quant à la première phrase sur laquelle je l'interroge, c'est celle de son premier livre, Journal d'un Oiseau de Nuit. Cette phrase est devenue culte.

«Tu n'es pas le genre de type à te retrouver dans un endroit pareil à une heure aussi matinale.» Comment vous est venue cette première phrase?
J'étais en boîte, il était 4h du matin et c'est ce que je me suis dit en me regardant dans un miroir: «you are not the kind of guy who would be at a place like this at this time of the morning but here you are...» Quand je suis rentré chez moi, je l'ai écrite, cette phrase, et les deux ou trois suivantes.

C'était une nuit terrible, comme décrite dans le livre.  J'avais perdu mon pote, aucune fille ne voulait me parler. J'avais plus d'argent, plus de drogues. C'était une de ces nuits... Et je devais rentrer chez moi à pied - ce que j'ai fait.
Et après avoir écrit ces quelques lignes je les ai rangées dans un tiroir, je les ai oubliées pour quelques mois et puis je les ai retrouvées.

mcinerney_toutemavie.jpgOù écrivez-vous?
Je peux écrire à peu près partout. A New York j'ai un bureau, avec une vue sur la ville, et une table sur la terrasse, sur laquelle je peux travailler. Et j'ai une maison dans les Hamptons, dans laquelle je travaille parfois.

Comment vous organisez-vous pour écrire?
Je travaille de 9h30 à l'heure du déjeuner. Si ça se passe bien, je peux aussi écrire l'après-midi. Mais pour la fiction, le meilleur moment pour moi, c'est vraiment le matin, et la plupart du temps je fais autre chose l'après-midi, comme du journalisme, répondre à mes mails.

Mais juste après le réveil, c'est le moment qui semble le plus approprié pour entrer dans le monde des rêves.

Vous avez des rituels d'écriture?
J'écoute de la musique, je la choisis en fonction de l'humeur dans laquelle je veux me mettre, en fonction de l'écriture. Et je marche, je fais quelques blocs [les pâtés de maison américains], je sors toujours chercher mon café, je veux voir la ville avant de me mettre à écrire. (Il rit)

Combien de temps vous faut-il pour écrire un livre?
Huit semaines pour Bright Lights Big City. D'autres c'est trois ans. Je pensais que ce serait de plus en plus facile, mais ce n'est pas le cas. Ce n'est pas plus facile qu'avant.

Chaque roman est un nouveau défi. Vous progressez sur certaines choses, et régressez sur d'autres.  Quand j'étais jeune, j'avais une certaine assurance, un style audacieux, courageux. J'avais le génie de la jeunesse. Vous perdez une sorte de génie en vieillissant, mais vous gagnez en compréhension du monde. Je ne pourrais pas dire que les livres les plus récents sont les meilleurs. Il y a des choses dans Bright Lights Big City que je considère naïves et un peu bêtes, mais elles sont aussi sincères et fraiches, donc ça passe. J'en sais beaucoup plus sur la fiction et sur le monde qu'il y a 20 ans. J'espère que cela rend mes livres plus récents aussi convaincants que les premiers.

Pensez-vous que l'écriture puisse s'enseigner?
Je ne pense pas qu'on puisse enseigner à quelqu'un comment devenir un grand écrivain, comment devenir Raymond Carver, Ernest Hemingway, ou Jonathan Franzen, mais il y a des règles à apprendre, comme pour le piano ou le tennis. On peut vous apprendre à faire des progrès plus rapidement. Etudier avec Raymond Carver m'a fait gagner du temps. J'aurais eu à faire beaucoup plus d'erreurs avant d'arriver à maturité s'il n'avait pas été là. Il y a des choses basiques qu'il faut maîtriser pour raconter des histoire, et certaines de ces bases peuvent être enseignées.

Il faut bien apprendre d'une certaine manière. En France, vous n'avez pas de cours d'écriture, mais vous apprenez sans doute à travers vos lectures.

Est-ce que dans une classe d'écriture, un professeur n'aurait pas dit à Céline qu'il faisait des fautes de français?
Il faut se battre pour forger ses propres règles. Et j'adore Céline soit dit en passant. Je pense que c'est un des plus grands écrivains. Moi, on m'a dit qu'on ne pouvait pas écrire un roman entièrement à la seconde personne. Raymond Carver m'a dit que c'était une erreur. Je l'ai fait malgré tout.

Est-ce que vous écrivez dans la douleur?
Parfois. C'est la différence entre un vrai écrivain et un écrivain amateur: un véritable écrivain doit écrire même quand c'est douloureux. Un acteur joue même lorsqu'il est blessé. Exceptionnellement ça m'arrive de ne pas écrire parce que je n'en ai pas envie. Mais la plupart du temps, il faut écrire malgré tout. Surtout pour un romancier: écrire un roman c'est très très long -c'est presque comme un mariage: si vous attendez d'être de bonne humeur pour vous y mettre, ça risque de mettre du temps avant d'arriver.

D'autres jours bien sûr, c'est passionnant, excitant. Si c'est douloureux tout le tempsil fait peut-être changer de vocation... (Il rit) Mais la douleur est inévitable.

Quel livre auriez-vous voulu écrire?
Peut-être Gatsby le Magnifique - l'un des livres les plus parfaits que j'ai jamais lus. C'est un si petit livre, qui saisit si parfaitement ce qu'on appelle le «rêve américain». J'adore ce livre.

Vous aimez parler de vos livres ?
Pas vraiment. (Il rit). J'aime ce que je fais, mais j'ai parfois l'impression que si je l'explique trop, je vais le corrompre, l'avilir, que ce que j'avais à dire, je l'ai écrit. Si vous voulez savoir ce que je voulais dire, lisez le livre! Mais j'ai aussi des questions sur les livres que je lis. Et j'adorerais pouvoir poser des questions à Céline ou Fitzgerald, donc je comprends le besoin d'en parler.

 

Le dernier livre de Jay McInerney est un receuil de nouvelles intitulé Moi Tout craché (The Last Bachelor en anglais), que vous trouverez en grand format aux éditions de l'Olivier, ou en poche chez Points. Points réédite par ailleurs le roman Toute ma vie (Story of my life), longtemps épuisé.

 

22/09/2010

Alain Mabanckou: «Dans notre pays un chef doit être chauve et avoir un gros ventre.»

Alain Mabanckou, Demain j'aurai vingt ans.


LA B.O. DU LIVRE

LA RENCONTRE

Alain Mabanckou est, comme beaucoup le disent, plus sérieux que ses romans. On sent chez lui le professeur de littérature (qu'il enseigne à Los Angeles), au discours construit, réfléchi. On sent aussi chez lui l'homme déraciné, ré-enraciné, ailleurs, quelque part entre la France et les Etats-Unis, sur un fil entre l'Occident et l'Afrique. Mabanckou est pris dans ses contrastes d'enfant élevé au Congo, mais au milieu de Pagnol, de Rimbaud -utilisé pour draguer les filles - de Cheikh Hamidou Kane. D'écrivain publié par la plus grande maison française et de sage professeur. Surtout, ne pas s'enfermer dans «sa noirceur».


C'est à la fois le professeur et l'écrivain qui m'explique pourquoi il n'utilise pas de point-virgule (le point-virgule a été violemment abandonné par beaucoup trop d'écrivains.). «Ca marque une hésitation, dit-il, une défaillance dans l'esprit de confusion. La virgule est une accélération, le point est une respiration. Le point-virgule est une saturation.»  Ca lui est sorti comme ça (je ne l'avais pas prévenu qu'on parlerait point-virgule).

Mais dans son roman, il prend la voix du bambin qu'il était, et me dit que pour trouver cette voix, il n'a eu «qu'à laisser parler l'enfant qui est [en lui]». On sent qu'il n'a pas eu à aller le chercher bien loin.


LE QUESTIONNAIRE


«Dans notre pays un chef doit être chauve et avoir un gros ventre». D'où vient votre première phrase ?
La première phrase d'un livre est souvent une vraie bataille. Parfois on ne sait pas quand est-ce qu'elle va arriver, on a déjà écrit deux ou trois chapitres, on se rend compte que la première phrase ce n'est pas celle-là. Puisque c'est la clé qui ouvre la porte du livre, c'est la phrase qui tue ou attire, ou créé la fascination ou la haine. En général les premières phrases je les entends avant de les écrire; il faut que ça soit comme quand vous mettez une clé dans la voiture, vous la tournez et hop, la voiture se met à partir. La première phrase ne vient pas forcément au moment où l'on commence à écrire.

«Ce qu'il y a de plus doux
Pour un chaud cœur d'enfant:
Draps sales et lilas blancs
Demain j'aurai vingt ans.»
Tchicaya U Tam'Si, Le Mauvais Sang. Pourquoi cet exergue?
Je l'ai choisi parce que le livre est traversé par l'esprit d'Arthur Rimbaud, que j'ai lu lorsque j'étais tout jeune. Mauvais sang est l'un des poèmes les plus touchants que j'avais lu alors, même si je ne le comprenais pas forcément à l'époque.


Où avez-vous écrit votre livre?
J'ai commencé quelques pages à Londres, j'ai continué beaucoup ici, à Paris, dans le 18e où j'ai un appartement. Je l'ai poursuivi en Algérie où j'étais allé vivre pendant un mois et ça se sent dans le roman, dans les passages qui se passent en Algérie. Puis je suis reparti enseigner à Los Angeles et j'ai écrit un peu là-bas, et je l'ai terminé à Montreuil. Mes livres suivent toujours des itinéraires de scoot. Pour moi la géographie importe peu. Je n'aime pas avoir un bureau parce que ça créé des automatismes. Je n'aime pas prendre l'écriture comme un travail forcé, comme une obligation. Rester dans une chambre, derrière un bureau, ça confine le roman et le lecteur le ressent, le roman devient auto-centré, insulaire.

En combien de temps?
Entre deux et trois ans. Mon roman brasse beaucoup de choses, il devait s'écrire par petites touches, par petites teintes.


Pourquoi, pour qui l'avez-vous écrit?
Pour une paix intérieure personnelle, et pour rendre hommage aux ombres de mon enfance. Mes propres parents. Pour rendre compte de mon état d'esprit dans un monde de plus en plus compliqué. Mais d'abord pour moi-même.


Est-ce qu'il a été douloureux, compliqué à écrire?
Tout livre que j'écris est empreint de la douleur du moment. Mais là il a fallu plus de patience, de temps, de travail que d'habitude, pour trouver le ton juste. Et j'ai sans doute eu besoin de plus de calme que d'habitude.


Quel réalisateur voudriez-vous voir réaliser votre livre?
Jacques Audiard. S'il m'écoute, il sait qui est mon éditeur... Et mon ami Michel Blanc, avec qui je travaille à un projet de film.


Vous avez écouté une musique particulière pendant l'écriture?
Les chansons de Brassens, que j'écoutais beaucoup quand j'étais jeune, et que j'ai laissé dans le livre. Et puis des musiques congolaises des années 60/70 pour me replonger dans l'ambiance de ces années-là.


Quel livre auriez-vous voulu écrire?
Le Livre de ma mère, d'Albert Cohen. C'est mon livre de chevet.


Qu'est-ce que vous lisez en ce moment ?
Sur la Route de Jack Kerouac, la version définitive, le rouleau [qui vient d'être réédité, ndlr]. Je m'en veux parce que je n'avais jamais lu ce livre, mais au moins je ne serai pas corrompu par la version tronquée, je lis directement la version complète.


Aimez-vous parler de vos livres ?
On est obligés, les journalistes nous forcent à le faire, et souvent nous ne sommes pas les meilleurs pour en parler. On préfère les écrire.

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20/09/2010

Ann Scott: «C'est le dernier jour, mais je ne le sais pas encore»

Ann Scott, A la Folle Jeunesse.

LA B.O. DU LIVRE

 

LA RENCONTRE

Elle m'a donné rendez-vous dans le 16e, en terrasse, parce qu'elle fume. Et elle ne ressemblait pas à ces personnages. C'est normal, elle n'est pas eux - Ann Scott est écrivain. Ses lecteurs ont pourtant fait d'elle l'héroïne cokée de Superstars, son roman d'il y a dix ans, celui qui l'a propulsée sur les plateaux télé. «On m'envoie des mots en me disant: ca va mal, moi aussi, avec mes parents. On peut en parler?. Mais moi dans la vie, j'ai de très bonnes relations avec mes parents.» Et après avoir dit que les filtres de cigarettes américains n'avaient pas les mêmes goûts que les français, elle a aussi dit qu'identifier un auteur à son personnage, c'est «insupportable». «C'est la déception ultime, les gens ne croient pas que c'est une création. Ca sous-entend qu'il n'y a pas d'artiste». Je lui ai dit qu'A la folle jeunesse (titre que lui a suggéré une réplique d'Out of Africa), me faisait penser à une phrase de Genet,  «Une Image vraie née d'un spectacle faux». Elle m'a répondu «C’est assez juste oui, même si ce n’est pas un spectacle faux puisqu’il y a de l’autobiographique dedans, disons juste que cette part autobiographique n’est pas là où on le suppose...»


LE QUESTIONNAIRE

«C'est le dernier jour, mais je ne le sais pas encore». Pourquoi cette première phrase ?
Au départ, la fin du roman était complètement différente, mon personnage mourrait. Donc au départ c'était le dernier jour d'une vie. Une fois que j'ai retiré la dernière phrase je me suis dit que la première phrase tenait encore, parce que c'est le dernier jour d'une vie telle qu'elle l'a connue. A la fin, tous les repères qu'elle a, changent.


Pourquoi ce double exergue?
«Le côté temporaire de la vie rend toute attitude définitive ridicule, comme si on voulait faire preuve d'éternité ; or la fête est «à l'orgie du provisoire qui se moque de l'éternité». Fabrice Emaer.

Le premier exergue, je l'avais choisi depuis longtemps, parce que je trouve que les gens ne savent plus faire la fête. Et à l'époque de ce type-là [Emaer], c'étaient les gens qui faisaient la fête. Pas le décor, pas la musique, c'était les gens qui portaient ça en eux. Ils pouvaient faire la fête n'importe où, sur un bout de trottoir avec une bouteille de champagne. Les gens ont vachement changé ces trente dernières années. Aujourd'hui on n'invite plus un juste mélange de gens, on invite n'importe qui qu'on gave de vachement de décibels, de décorum. La fête c'est un truc qui se construit dans l'instant. Bien sûr les fêtes du Palace étaient organisées et très chères, pas improvisées. Mais l'état d'esprit était spontané.
«There isn't going to be any turning point. There isn't going to be any newt-month-it'll-be-better, next fucking year, next fucking life (...). This is really all there is to it». Janis Joplin, 26 ans.
Cette phrase, je l'ai lue en cours d'écriture, dans un bouquin. Elle explique qu'il n'y a pas de demain, que tout est une suite d'aujourd'hui. Et je pense que oui, c'est maintenant que ça se passe.


Où est-ce que vous avez écrit votre livre?
Chez moi, dans ce qui me sert de bureau.
A heure fixe?
Comme Amélie Nothomb? J'ai pas de discipline comme ça. Si je travaille vraiment, je travaille 10, 15, 18h par jour pendant une semaine, trois jours. Et puis tout d'un coup j'arrête, je suis crevée. C'est une boucle, on y entre et on en sort, comme on peut. Je travaille quand j'y arrive, je me force pas. Je travaille même pas 20% de l'année. Le reste du temps, je vis juste normalement, je lis, je pense. Moi je sais pas me forcer parce que ça me déprime de pas y arriver. Quand la première heure il n'y a pas de fulgurance, que c'est plat, je ne m'astreins pas à continuer.

En combien de temps?
En 5 ans et en 3 mois. Je l'ai commencé il y a cinq ans et ça n'allait pas. Quand ça s'est mis en place, quand ça s'est mis à couler, trois mois.

Pourquoi et pour qui?
Je sais pas. Il y a un truc qui me plaît qui commence à m'habiter, m'obséder, et je commence à avoir besoin de travailler dessus, de créer la chose, d'échafauder une histoire. J'écris quand je ne peux plus me permettre de plus le faire, soit financièrement, parce que j'ai besoin des à-valoir, soit parce que je voudrais que le livre soit déjà écrit Quand on a un sujet en tête, on ne sait pas d'avance combien de temps on va avoir la capacité mentale de rester plongé dedans, donc plus on tarde, plus on risque de rester trop longtemps avec ce sujet, non pas en terme de temps de travail mais en terme de temps qui passe, ce qui empêche ensuite de travailler sur d'autres choses. J'ai lu une citation sur Twitter récemment qui disait «J'écris quand ma peur de ne pas le faire devient plus grande que celle de le faire».

Est-ce qu'il a été compliqué, douloureux à écrire?
Il était compliqué sur le plan technique parce que je voulais avoir ces phrases très denses, très chargées, très courtes, qu'elles glissent sur tout, et que la profondeur soit contenue dans trois mots. D'habitude on donne un élément et on creuse sa profondeur au fil des phrases et des paragraphes. Là je ne voulais pas de cassure de rythme, je voulais un flot de choses qui viennent. Ca se passe en une journée, dans les choses s'enchaînent forcément. J'avais remarqué chez Duras des espaces dans la construction de ses phrases, pour voir d'autres choses. Je ne sais pas comment elle faisait ça. Moi le moyen que j'ai trouvé c'est d'écrire une page et de n'en garder que trois phrases. Je gardais par exemple la première la dernière et celle du milieu. DU coup vous lisez un truc beaucoup plus riche que ce qui a l'air d'être là, parce que la phrase garde un vague souvenir de ce qui a été enlevé; le lecteur ne le voit pas mais j'espère qu'il le sent.

Si votre livre devenait un film, par qui voudriez-vous le voir réalisé ?
Je vais forcément répondre un cliché, parce que je vais choisir quelqu'un dont le cinéma pourrait s'en rapprocher. Faut pas prendre des gens qui correspondent exactement à l'emploi; le premier truc que je serais censée dire c'est Jarmusch. Mais ça n'aurait aucun intérêt pour lui, il faudrait trouver quelqu'un qui fasse complètement contre-emploi.

Avez-vous écouté une musique particulière en l'écrivant? En avez-vous une à conseiller en le lisant?
J'écoute que des trucs instrumentaux quand je travaille, sinon je chante et j'arrive pas à me concentrer... Mais j'ai beaucoup écouté Howard Shore ou la BO de Copycat. Et la BO du Seigneur des Anneaux.

Le livre que vous auriez voulu écrire?
On va dire que je suis très littérature générationnelle et ce sera réducteur. Mais Génération X de Douglas Coupland. C'est le seul livre que j'ai lu de ma vie et dont j'aurais voulu qu'on me dise «ces gens existent, voilà l'adresse, va vivre avec eux». J'aurais aussi aimé assister à des scènes du Grand Meaulnes, et vivre à l'époque de Balzac, qui est un de mes auteurs préférés, pour voir ce que j'aurais eu envie écrire. Et tout le monde voudrait avoir écrit Outremonde de Don DeLillo. Mais Coupland, c'est pas le livre que j'admire le plus, j'aurais simplement voulu avoir l'idée, l'intelligence de faire ce livre.

Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?
Point Oméga, le dernier DeLillo.

Est-ce que vous aimez parler de vos livres?
Non. Plutôt non. Quand on me dit «parlez-vous de notre dernier livre», c'est absurde. Quand on me demande «pourquoi vous avez voulu faire ça», j'en sais rien, moi, pourquoi j'ai voulu faire ça.

Olivier Adam: «C'est une nuit sans lune et c'est à peine si l'on distingue l'eau du ciel, les arbres des falaises, le sable des roches.»

Olivier Adam, Le Cœur Régulier


LA B.O. DU LIVRE

 

LA RENCONTRE


Il dit qu'il est entré tard en littérature, Olivier Adam, «vers 17, 18 ans». Il le raconte posément, avec ses yeux bleus de prince charmant contrastant avec son allure de bucheron. Il raconte qu'il se trouvait face à la littérature comme face à sa maison. «Et puis chaque fois que vous essayez une porte, vous voyez bien que c'est celle de la maison- c'est la littérature, ça vous plaît bien, c'est vachement bien ce qu'il y a à l'intérieur, mais la porte ne s'ouvre pas. C'est vrai que l'apprentissage de la littérature, comme la musique, passe en général par les classiques, mais il y a des gens à qui ça ne convient pas. Et moi, c'est quand je me suis aperçu qu'il y avait une littérature qui s'écrivait aujourd'hui que la porte s'est ouverte.»

Olivier Adam est désarmant de sincérité. Lui qui a reçu le Goncourt de la Nouvelle, le Prix Roman France Télévisions , l'Étoile d'or du scénariste pour le film Je vais bien, ne t'en fais pas et qui est cette année nomminé au Goncourt, il raconte que lorsqu'il est arrivé dans «ce milieu» littéraire, il se sentait «illégitime et extrêmement mal à l'aise. Ca a changé un peu, mais pas dans de si grandes proportions...» Se sentir bien «dans tout ce contentement d'être soi, et son assurance d'avoir le droit d'y être, c'était impossible. En soi, ça n'a rien de répréhensible, mais quand vous êtes de l'autre côté de la barrière, tout ça vous semble... »

On lui suggère qu'il n'est plus de l'autre côté de la barrière. «Je ne suis plus nulle part» confie-t-il. Si ce n'est du côté de la littérature.

LE QUESTIONNAIRE

«C'est une nuit sans lune et c'est à peine si l'on distingue l'eau du ciel, les arbres des falaises, le sable des roches.» Pourquoi cette première phrase ?

L'écriture de mes livres commence toujours par la même chose: quelqu'un, quelque part. C'est comme une image qui s'impose à moi. Ensuite je sais que ce quelqu'un et ce quelque part ont quelque chose à se dire l'un à l'autre. Je sais que ce quelqu'un et ce quelque part ont quelque chose à me dire, et qu'avec un peu de chance ils auront quelque chose à dire au lecteur s'il y en a.  Mais elle ne vient pas forcément facilement. Je l'ai beaucoup retravaillée. Ce qui vient vite ici, c'est la nécessité de placer l'enjeu littéraire et esthétique du livre. La partie japonaise du livre ici est japonaise par l'esthétique et les sensations aussi, le rythme de la phrase. C'est tout de suite se placer dans une respiration beaucoup plus lente, qui est liée à la sensation du temps que j'ai par rapport au Japon et à la création japonaise.Quand on a le lieu on a le livre. Il faut quelqu'un quelque part, mais quand on a le lieu on a déjà beaucoup.


«There is a crack in everything / That's how the light gets in», Leonard Cohen. Pourquoi cet exergue ?
Ca fait longtemps que j'ai envie de mettre cette phrase quelque part, et ça pourrait être l'exergue de tous mes livres. C'est issu d'une chanson assez mystique, presque religieuse, au sens général du mot religion. De manière confuse mais évidente, ça me semblait entrer en parfaite résonnance avec ce que je travaille et en particulier avec ce livre-là, qui a un rapport avec une forme de sacré, de transcendance. Et puis c'est le trajet entier du livre, au début on a le nez sur la faille, ce qu'elle a de douloureux, et puis on va vers la lumière. C'est toujours un peu le trajet de mes livres. C'est une lumière modeste, jamais une entrée dans la gloire. Le programme a été établi lors de mon quatrième livre, qui s'appelait Passer l'hiver. C'est à peu près ça l'horizon de mes personnages: d'arriver à passer l'hiver.


Où est-ce que vous avez écrit votre livre?
Je l'ai écrit à Saint-Malo, en très grande partie, presque intégralement. Un petit peu dans le Sud de la France, le temps des vacances. Et j'ai passé un mois au Japon pendant l'écriture du livre, mais je n'ai rien écrit là-bas.
J'écris à mon bureau, mais ça ne fait pas longtemps que j'ai vraiment un bureau. C'est le premier livre que j'écris à mon bureau, mais la porte n'est jamais vraiment fermée. J'ai la prétention de penser que dans mes livres il y a vraiment de la vie, la vie qu'on vit. Et j'ai la conviction que la littérature bouleverse la vie, et le littérateur doit se laisser bouleverser par la vie.


En combien de temps?
J'ai pas conté...Mais chacun de mes livres prend à peu près le même temps. Entre 9 mois...et un an. Il y a souvent 8, 9 mois, et puis après les allers-retours avec l'éditeur. A l'Olivier il font beaucoup de propositions de retour aux auteurs.


Pourquoi et pour qui?
Je pense qu'aucun lecteur ne rentre en ligne de compte, même les gens à qui peut-être on veut s'adresser d'une manière ou d'une autre à l'intérieur du livre. L'écriture d'un livre se joue entre soi et soi. J'ai écrit ce livre-là pour moi. Il y a une nécessité d'écrire, qui fait qu'à un moment donné votre vie perd totalement son axe de gravité quand vous n'êtes pas attelé à l'écriture d'un livre.

Avez-vous écouté une musique particulière en l'écrivant? En avez-vous une à conseiller en le lisant?
J'ai beaucoup écouté Leonard Cohen. Et Murat. J'écoute des choses pour trouver la respirarion, mais j'aime aussi me plonger dans un lexique, une façon de manier la langue. Murat a une façon de travailler le sensoriel, le sensuel, qui a beaucoup irrigué l'écriture du livre. Pour Les Vents contraires j'avais écouté Schubert, je cherchais une luminosité, une retenue, une pudeur... C'était Schubert.


Si votre livre devenait un film, par qui voudriez-vous le voir réalisé ?
Si je passais au cinéma, ça ressemblerait à mes livres. Pour Le Cœur Régulier, ça voudrait dire un livre assez silencieux avec des gens qui agissent sans causalité psychologique absolument facile à déterminer, une dramaturgie assez labyrinthique, un suspense pas énorme, et des plans de trois heures sur un arbre qui bouge et des épines dans le ciel noir. Je pense qu'il faudrait se tourner vers un réalisateur japonais. Dans le fantasme absolu, ce serait Naomi Kawase ou Koreeda. En France je pense que Claire Denis est celle qui s'approche le plus de ce type de démarche-là. Mais ça tient à ce livre-là. Il y a d'autres cinéastes qui me nourrissent énormément, comme Arnaud Desplechin et Christophe Honoré. Le personnage de Sarah doit d'ailleurs beaucoup à celui de Chiara Mastroianni dans Non ma fille, tu n'iras pas danser, de Christophe Honoré.


Quel livre auriez-vous voulu écrire ?
J'aurais voulu écrire un livre qui en soit un. Ca veut rien dire «j'aurais voulu écrire Mrs Dalloway». Je ne peux pas vous en citer un, je n'ai pas de livre de chevet. Et il y a une trop grande galaxie d'auteurs qui m'intéressent.


Qu'est-ce que vous lisez en ce moment ?
Raymond Carver. L'Olivier est en train de rééditer ses œuvres complètes, et j'y retrouve les pilliers de ce qu'est pour moi la littérature. 1) Etendre le territoire de la littérature à des endroits où elle n'allait pas: les zones les plus communes possibles, les gens qui ne sont ni des gagnants ni des perdants, le voisin, les mecs des petits pavillons, ceux de la station service. La vie la plus commune possible. Ce à quoi je m'attache depuis dix ans sauf qu'il l'a fait bien avant moi. 2) Le regard fraternel. Tout le monde trouve toujours que c'est un grand mot mais il faut l'entendre dans une acception très humble. Et plus généralement, Carver ne se met jamais au-dessus, ou ne se dissocie pas de ce qu'il écrit. Carver ne passe pas son temps à dire, comme beaucoup d'écrivains, regardez comme votre vie est misérable. Il dit «qu'est-ce qu'on en bave» et ce on est crucial. La question du point de vue est absolument essentielle. Le troisième point: absence absolue de trucage; pas d'effet. Son style est travaillé, mais il ne cherche jamais à montrer le style, il ne donne jamais l'impression d'entendre «regardez comme ma phrase est bien écrite».


Est-ce que vous aimez parler de vos livres ?
J'aime bien parler du travail de la littérature. Après, très souvent, ça consiste à parler des personnages et à répondre à des questions qui souvent commencent par « pourquoi » sur les personnages, ce qui me paraît toujours étrange. Parfois on fait des trucs, on sait pas pourquoi.  Je suis à l'intérieur des personnages, je sais ce qu'ils savent, je sens ce qu'ils sentent, mais pas plus. Les personnages ont une vie autonome, moi je les suis.

18/09/2010

Laurent Gaudé: «Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j'ai ouvert la fenêtre ce matin, à l'heure où les autres dorment encore, j'ai humé l'air et j'ai dit: «Ca sent la chienne.»»

Laurent Gaudé, Ouragan


LA B.O. DU LIVRE


Amy Winehouse - Back To Black
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LA RENCONTRE
Laurent Gaudé, c'était ma première vraie interview d'écrivain, et c'était la première fois que je soumettais mon questionnaire. Quand je suis arrivée chez Actes Sud, un mardi matin, j'étais un peu terrorisée. D'autant plus que j'estimais particulièrement ses livres. Je ne les avais pas tous lus, mais ceux que j'avais lu - notamment Dans la nuit Mozambique et La Mort du roi Tsongor, j'avais adorés.
Et puis lorsqu'il est arrivé, que je lui ai expliqué le principe du questionnaire, c'est lui qui a eu l'air inquiet: «Mais j'aurai le droit de réfléchir avant de répondre?» Il a posé cette question, je l'ai autorisé à réfléchir - je suis magnanime - et puis tout s'est très bien passé. Et je me suis dit que ces interviews d'écrivains seraient un bonheur.


LE QUESTIONNAIRE
Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j'ai ouvert la fenêtre ce matin, à l'heure où les autres dorment encore, j'ai humé l'air et j'ai dit: «Ca sent la chienne.» Pourquoi cette première phrase ?
Parfois on cherche longtemps mais pour Ouragan c'est venu tout de suite, grâce à Joséphine, qui s'est imposée, d'une façon inattendue. C'est un personnage fort qui est devenue d'elle-même le fil conducteur. J'avais prévu d'ouvrir sur elle mais pas de fermer sur elle, mais elle a fait elle-même sa place dans le livre.

Le vent hélas je l'entendrai encore nègre nègre depuis le fond du ciel immémorial. Aimé Césaire, Corps perdu.
(...) Lorsque tout est achevé, on répond avec l'ensemble de sa vie aux questions que le monde vous a posées. Les questions auxquelles il faut répondre sont: Qui es-tu? Qu'as-tu fait?... A qui es-tu resté fidèle? Sándor Márai, Les Braises.
Pourquoi ce double exergue?

J'avais très envie de trouver une citation de Césaire parce que j'avais envie que soit présente en ouverture la négritude, par rapport au livre, au projet lui-même. Et Césaire est vraiment LE poète de la négritude. Et puis je suis tombé par hasard sur cette phrase de Márai, et elle collait parfaitement, parce que c'est en partie un livre sur la fidélité, pas la fidélité conjugale, mais sur la fidélité de soi à soi-même. A quoi est-ce qu'on décide de rester fidèle quand tout vole en éclat?


Où est-ce que vous avez écrit votre livre?
J'ai eu la chance de le commencer à Venise, lors d'un très court séjour puis chez moi à Paris. Je suis de la vieille école, j'écris à un bureau, avec un stylo et du papier. Après je tape le texte et je fais les corrections à l'ordinateur. Mais le tout premier jet est toujours au stylo. Ce n'est pas par coquetterie mais je ne pourrais pas écrire directement à  l'ordinateur, il y a quelque chose de physique, du contact avec le stylo, j'ai appris comme ça aussi. Et il y a quelque chose avec le rythme d'écriture, le rythme mental, qui correspond bien avec le stylo. Je tape peut-être pas assez bien pour que ça colle.


En combien de temps?
Un an, de la première à la dernière version rendue à l'éditeur.


Pourquoi et pour qui l'avez-vous écrit?
Je crois qu'il est impossible de répondre à cette question. Je peux vous dire que j'ai écrit par réponse à l'émotion que m'ont procurée les images, photos, témoignages que j'avais recueillis au moment de l'Ouragan et que j'avais gardés. Mais je ne suis pas sûr que ce soit la vraie réponse. On écrit aussi beaucoup pour soi - pas de manière égoïste, mais parce qu'il y a quelque chose qui grouille en nous, qui fait qu'on a envie d'écrire. Ce serait un chouilla prétentieux de dire que j'ai écrit pour les naufragés de la Louisiane.


Est-ce qu'il a été compliqué, douloureux à écrire?
Douloureux non. C'est toujours étonnant parce que les livres les plus  violents, les plus tragiques, ne sont pas toujours les plus douloureux. Après je me suis beaucoup battu avec la structure du livre, sa construction a pris beaucoup de temps et a été laborieuse; mais pas douloureuse.


Si votre livre devenait un film, par qui voudriez-vous le voir réalisé? Votre livre semble très cinématographique.
De la même manière que j'ai une mémoire visuelle, j'ai une imagination visuelle, donc il y a sans doute beaucoup de moments de mon livre où on doit pouvoir se dire que ce serait de vraies scènes de cinéma. Ceci étant dit je crois qu'il y a beaucoup de choses dans le livre qui n'appartiennent qu'à un roman, comme l'entremêlement des voix.


Avez-vous écouté une musique particulière en l'écrivant ? En avez-vous une à conseiller en le lisant ?
Pas en écrivant, mais dans ces semaines et ces mois-là, oui. Un morceau a pas mal accompagné la construction du personnage de Rose: Back to Black d'Amy Winehouse. Il y a dans ce morceau une fatigue dans la voix, une tristesse profonde, qui correspondaient pas mal à mon personnage.


Quel livre auriez-vous voulu écrire ?
Il y en a plein. Ma bibliothèque est truffée de livres que j'aurais aimé écrire L'amour aux temps du Choléra de Garcia Marquez, L'Idiot de Dostoïevski, le Typhon de Conrad, tout Shakespeare. Ca fait beaucoup de bien de plonger dans des écritures dont on sait qu'on n'arrivera pas au mollet. C'est comme ça qu'on apprend. En lisant.


Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?
Plus rien depuis deux mois


Est-ce que vous aimez parler de vos livres?
Je ne déteste pas pour être honnête. C'est une manière d'accompagner encore ses personnages, de quitter son livre progressivement. On a peut-être besoin de ce moment de décélération.

 
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