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28/12/2010

Le catch, la téléréalité: même combat

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Pour Noël, j'ai reçu les Mythologies de Barthes, dans la nouvelle édition du Seuil. Ce sont des textes écrits, selon Barthes, entre 1954 et 1956, au gré de ce que lui suggérait l'actualité. Lui qui était notamment sémiologue (il étudiait les signes), parvenait à trouver un sens particulier (et passionnant) à la façon dont étaient prises les photos de stars dans les studios d'Harcourt, le visage de l'Abbé Pierre dans la construction du mythe, la désexualisation de la femme dans le strip-tease français. Ou la symbolique du steak-frites.

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Mais le premier texte de l'album (illustré des images qui ont suscité les textes) est sur le catch - et le catch des années 50, c'est la téléréalité d'aujourd'hui. «Le vertu du catch est d'être un spectacle excessif», commence Roland Barthes, pour décrire ce sport, grand spectacle populaire dans la France du siècle dernier. Et plus il poursuit son explication, plus on se dit qu'il pourrait être en train d'évoquer Qui veut épouser mon fils?

  • La crédibilité

«Le vrai catch, dit improprement catch d'amateurs, se joue dans des salles de seconde zone, où le public s'accorde spontanément à la nature spectaculaire du combat, comme fait le public d'un cinéma de banlieue. Ces mêmes gens s'indignent ensuite de ce que le catch soit un sport truqué (...). Le public se moque complètement de savoir si le combat est truqué ou non, et il a raison; il se confie à la première vertu du spectacle, qui est d'abolir tout mobile et toute conséquence: ce qui lui importe, ce n'est pas ce qu'il croit, c'est ce qu'il voit»

Ce que souligne Barthes est exactement ce qui se passe devant une émission de téléréalité. Vous regardez Alexandre (de QVEMF) face à ses prétendantes, et vous vous dites «hum, hum, pas très crédible tout ça. C'est truqué». Les journalistes confirment: effectivement, c'est légèrement scénarisé. Vous abondez, vous le saviez bien, que ce n'était pas crédible. Est-ce que les audiences diminuent? Certainement pas. On continue de s'asseoir devant notre poste, et de regarder l'émission, tout en sachant que ce n'est pas de la télé vraiment réalité. On «se confie à la première vertu du spectacle, qui est d'abolir tout mobile et toute conséquence: ce qui [nous] importe, ce n'est pas ce qu'[on] croit, c'est ce qu'[on] voit».

 

  • La prévisibilité

Dans le catch, «le spectateur ne s'intéresse pas à la montée d'une fortune, il attend l'image momentanée de certaines passions».

Idem dans la téléréalité. On ne se demande pas vraiment qui va gagner, qui va s'en sortir mieux que les autres, on attend simplement le moment d'explosion (celui où Giuseppe va insulter les jeunes femmes qui l'entourent, où sa mère va devenir hystérique, où les prétendantes de Florent vont se crêper le chignon...)

«Ainsi la fonction du catcheur, ce n'est pas de gagner, c'est d'accomplir exactement les gestes qu'on attend de lui».

  • L'évidence des rôles (les stéréotypes)

«Dès que les adversaires sont sur le ring, le public est investi par l'évidence des rôles. Comme au théâtre, chaque type physique exprime à l'excès l'emploi qui a été assigné au combattant».

Et là, vous êtes d'accord que c'est exactement le principe des stéréotypes de la téléréalité. Le grand macho qu'est Giuseppe, l'ingénieur geek en la personne d'Alexandre, le gay sous les traits de Benjamin... Barthes développe ensuite l'idée que l'on peut faire confiance aux combattants pour tenir toutes les promesses de leur image. «Le physique des catcheurs institue donc un signe de base qui contient en germe tout le combat».

  • L'humiliation

Barthes évoque «le goût des larmes» au catch, et ça, c'est un peu le point d'orgue de la téléréalité.

 

«Ce qui est ainsi livré au public, c'est le grand spectacle de la Douleur, de la Défaite et de la Justice». De même que le «sens naturel [du catch] est celui de l'amplification rhétorique: l'emphase des passions, le renouvellement des paroxysmes, l'exaspération des répliques», celui de la téléréalité débouche parfois dans «la plus baroque des confusions».

 

Souvent, la téléréalité propose, comme au catch, un vainqueur (de la Star Academy à Koh-Lanta). Mais même lorsqu'il ne s'agit que d'une «aventure», sans véritable gagnant ni perdant (comme dans Qui veut épouser mon fils?), l'issue ressemble à celle d'un combat. Les candidats de QVEMF se sont ainsi retrouvés avec l'auréole de la victoire (Alexandre, le gentil, pas très gâté physiquement) ou l'opprobre de la défaite (Alban, humilié, repart seul). Et la défaite est alors humiliation pathétique. Comme le catcheur, le perdant est «comme crucifié en pleine lumière, aux yeux de tous».

Tout ça pour vous dire que Roland Barthes et ses mythologies c'est passionnant, et encore complètement d'actualité.

Et sinon

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A part les Mythologies, comme livre, j'ai aussi eu La Belle lisse poire du Prince de Motordu, de Pef, selon cette option familiale du «et si on faisait comme s'il/elle n'avait pas grandi?». C'est une réédition en pop-up de l'histoire du Prince aux poétiques problèmes de langage, qui lui font habiter un chapeau, dotée d'une salle à danger, où il mange de la purée de petit bois. Jusqu'à ce qu'il rencontre une institutrice, qui tente de remettre un peu d'orthographe dans sa vie. («Elle casse tout le délire», selon mon frère.) C'est formidable. Et tout le reste de la famille était ravi de ses cadeaux.

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20/12/2010

Une famille à la page pour Noël

(Et tout sur les goûts littéraires de ma famille)

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Une des raisons pour lesquelles Noël c'est génial (hormis le sapin, et le chocolat, et les jours de congés) c'est que vous allez avoir le temps de lire. Et votre famille aussi. Et du coup vous allez leur offrir des livres. La question, évidemment, c'est : lesquels? Voici la liste très personnelle de ce que je vais offrir à ma famille (je peux vous dévoiler parce que ma famille ne lit pas mon blog, parce qu'Internet, les ordinateurs, tout ça, c'est un peu compliqué pour eux).

 

roth.jpgPour Papa

Je vais lui offrir Indignation, de Philip Roth.

Philip Roth, c'est à peu près toujours génial, et celui-ci se lit particulièrement vite, et facilement. Ce qui est important parce que mon père travaille beaucoup, il est fatigué. Si je lui offre un essai, il y a des chances qu'il reste sur sa table de nuit (sauf si ça parle de justice, de droit, d'avocats, parce qu'il est avocat).

Indignation est surtout drôle - et offrir des livres déprimants, ce n'est pas très esprit-de-noël. Nous en sommes en 1951, les forces américaines sont engagées en Corée, Marcus Messner, fils de boucher casher, s'apprête à prendre son envol. Et à se faire tuer en Corée. (Je ne dévoile rien, on le sait très vite). Le livre raconte comment Marcus, qui voulait simplement avoir des bonnes notes à l'université, a fini sur le champ de bataille, et comment il a eu sa première fellation, ses premières rébellions, ses angoisses maladives. L'humour et le rythme rappellent Portnoy et son complexe.

PS: J'ai rencontré un type dans un aéroport en septembre, qui avait été masseur en Inde et partait être instit à Buenos Aires. Il avait adoré le livre. Donc si votre père n'est ni juif ni avocat, mais masseur ou instit, ça marche aussi.

 

Purge_Sofi_Oksanen.jpgPour Maman

Ma mère adore la littérature étrangère, elle adore apprendre des choses, et elle lit beaucoup de livres sur des histoires obscures qui se sont passées dans des pays obscurs, dans des années dont on ne se souvient même pas. Je me suis dit que Purge, de Sofi Oksanen, c'était parfait pour elle.

Le livre est très beau, la richesse du langage est assez impressionnante - et très rafraichissante. Ca fait du bien de lire des phrases qui n'existent nulle part ailleurs. Comme celle-ci: «Mais maintenant qu'il y avait dans sa cuisine une fille qui dégoulinait de peur par tous les pores sur sa toile cirée, elle était incapable de la chasser de la main comme elle aurait dû le faire, elle la laissait s'insinuer entre le papier peint et la vieille colle dans les fentes laissées par des photos cachées puis retirées.»

C'est beau non?

Donc Purge, c'est l'histoire d'une jeune femme qui débarque chez une vieille femme, en 1992, en Estonie. La jeune a les bas filés et un passé - récent - de prostituée. La vieille vit terrée dans sa maison, et terrés dans sa mémoire ses souvenirs sont aussi marqués par la violence des hommes. Ensuite s'entremêlent les questions d'histoire, de résistance, de collaboration, et d'oppression. C'est vrai que ça ne rentre pas tout à fait dans la catégorie esprit-de-Noël... Mais c'est très très beau.

 

positiondutireurcouche_tardi_manchette.jpgPour ma soeur Pauline (26 ans)

Pauline est fan de polars, et fan de BD. C'est un peu comme si Futuropolis (l'éditeur) avait pensé précisément à ma sœur en publiant La position du tireur couché. Tardi a adapté ce roman de l'auteur de polars Jean-Patrick Manchette. Il avait déjà adapté Le petit bleu de la côte ouest, il a récidivé.

Je vous présente Martin Terrier, futur ex-tueur à gages. Tardi vous fait vivre le passage de «futur»  à «ex» - passage qui ne se déroule pas exactement comme prévu.

Le dessinateur est plutôt bien placé pour adapter Manchette, ils étaient copains et ils avaient déjà travaillé ensemble. Et puis Tardi, c'est quand-même le type capable d'adapter Céline en BD, de choisir les meilleurs auteurs, de préserver la substantifique moelle, le jus, l'odeur de la poudre, le goût du glauque. C'est chouette comme cadeau.

PS: J'avoue avoir quitté l'esprit de Noël. Si j'avais voulu m'y tenir, j'aurais pu lui offrir Fragments, de Marilyn Monroe. Je trouve une ressemblance entre ma sœur et Marilyn. Le livre rassemble ses écrits intimes, sa correspondance, ses carnets. C'est très joli sur des étagères (mais ma sœur n'a plus de place sur ses étagères) et  c'est passionnant. J'aurai aussi pu offrir Fragments à mon psy, parce que l'icône s'adonne à l'auto-analyse dans une lettre au psychanalyste Ralph Greenson et c'est assez fascinant. (Mais avec ce que je paye mon psy, je pense qu'il peut se l'offrir lui-même).

Pour mon frère Jérémie (17 ans. Presque 18 préciserait-il)

claude_ponti.jpgJérémie n'aime pas lire, vous avouerez que ça complique la chose. Mais comme je suis obstinée, depuis 17 ans qu'on se connaît, je n'ai toujours pas renoncé à l'idée que ça viendrait un jour.

Il y a l'option BD. Il y a beaucoup d'images, mais aussi quelques mots, donc on y gagne tous les deux. J'aimerais bien lui offrir Largo Winch (pour le lui piquer après), mais il est plutôt manga. Du coup j'ai pensé à Quartier Lointain - qui certes date d'il y a un bon moment, mais la sortie de l'adaptation au cinéma de Sam Garbarski est l'occasion de redécouvrir l'œuvre de Jirō Taniguchi, et la transposition d'un cinquantenaire dans la peau pubère de ses quatorze ans. Une sorte de 17 ans encore en manga - et réussi.

J'ai aussi l'option «et si on faisait comme s'il n'avait pas grandi?». C'est une option que mon père a utilisée très longtemps pour nous offrir des livres dont nous avions passé l'âge, mais qu'il voulait acheter quand-même (parce que lui-même voulait les lire). Il nous a offert des Tomi Ungerer jusqu'à l'adolescence comme ça. (Confessions pré-Noël: à 15 ans j'ai donc reçu Otto, et j'étais bien contente).

Donc si je prétends que Jérémie n'a toujours pas 16 ans, je peux lui offrir Sœurs et Frères, de Claude Ponti. «Les soeurs et frè­res, si on les adôôôre, restent soeurs et frères pour toujours et pour toute la vie. De même si on les déteste, les soeurs et frères forment un groupe qu'on appelle la sorofrèrerie». C'est Claude Ponti qui le dit, dans son livre toujours plein de mots merveilleux, et de dessins merveilleux, et d'idées merveilleuses qui font que je vais pencher pour cette dernière option. J'expliquerai à Jérémie que c'est un message d'amour, pour lui dire que nous formons une sorofrèrerie qui n'a pas d'âge et ne vieillit pas. Mon frère a presque 17 ans mais il aime les messages d'amour.

Et pour me faire pardonner, je lui commanderai  le tome 7 de L'apprenti-épouvanteur, intitulé Le cauchemar de l'épouvanteur, de Joseph Delaney. Seul écrivain dont il connaît le nom, parce que «t'as vu, c'est trop bien, c'est ça qu'on devrait lire à l'école à la place de Balzac et tous ces trucs pourris». Mais comme le père Noël est de mon côté, Le cauchemar de l'épouvanteur ne sort qu'en janvier.

08/12/2010

David Foenkinos: «La dernière fois que je me suis allongé pour parler à un inconnu, c’était pendant le Bed-In avec Yoko»

David Foenkinos, Lennon

LA RENCONTRE

Au mur, aucune photo de Lennon, ou des Beatles en général. En fond, sonore, Emilie Simon, dont il est fou. Sur la table, toile cirée, son ordinateur, et son nouveau manuscrit, Les Souvenirs. Tout ce qu’il y a d’anglais dans cette cuisine, c’est le thé.

Photo 2 David Foenkinos copyright Catherine Helie Gallimard.jpg«Ecouter les Beatles, ça n’a rien d’original. Tout le monde les écoute, c’est ça qui est bien», explique David Foenkinos, romancier connu depuis Le Potentiel érotique de ma femme, et plus encore depuis La Délicatesse. Ce qui le distingue des autres fans, c’est que Lennon fait partie de son existence. «Le premier souvenir marquant de ma vie est l’assassinat de John Lennon», écrit-il dans la postface de son roman biographique sur la star.

«J’étais chez mes parents, j’avais 6 ans. Je me souviens de la télé, de la moquette. Je me souviens de la photo de Lennon dans le journal, et j’avais compris qu’il avait été tué par balle», raconte-t-il. C'était il y a exactement 30 ans.

Mais c’est plutôt vers 15 ou 16 ans que tout s’est éveillé en lui. Gravement malade, David Foenkinos passe des mois à l’hôpital. «J’écoutais les Beatles. C’est rentré dans ma vie à ce moment-là.»

La sensibilité, l’humour, l’imaginaire de Lennon, la nostalgie le touchent. «J’ai vraiment le sentiment qu’il y a des gens comme ça que tu admires, qui sont présents dans ta vie. C’est pas de l’ordre de l’accessoire. J’ai l’impression qu’il y a une dimension plus troublante, plus humaine. Je pense souvent à Lennon; pas comme un chanteur. Mais je pense à son parcours, à sa vie. C’est quelqu’un qui m’a hanté.»

C’est ainsi que Foenkinos s’est retrouvé à écrire sa biographie romanesque. Il a couché son «personnage» sur le divan d’un analyste, à New York, entre 1975 et 1980, et il l’a imaginé confier son parcours. Sa jeunesse à Liverpool, sa mère, aimante absente, le sentiment d’abandon d’où a peut-être germé l’envie de prouver au monde qu’il valait quelque chose, la rencontre avec Yoko et leur amour absolu.

«Je me sens bien dans ses images. Celles de lui et Yoko marchant dans Central Park, ou celles de leur mariage à Gibraltar, tout en blanc». C’est exactement ce «bien» (contentement, félicité, douceur) qu’il restitue au lecteur, tout en décrivant un dieu à taille humaine.


LA B.O.


LE QUESTIONNAIRE

«La dernière fois que je me suis allongé pour parler à un inconnu, c'était pendant le Bed-In avec Yoko». Pourquoi cette première phrase?

La première séance, c'est vraiment la séance qui m'a pris le plus de travail. Je l'ai réécrite énormément de fois. Je voulais qu'on rentre dans le personnage en balayant un peu tout. Mettre en place tout ce qu'il a tenté, son instabilité. Donner envie de lire la suite en annonçant des choses. Préciser le flou des dates. J'ai cherché énormément comment ouvrir le livre. J'aurais pu le faire de tellement de manières différentes. Le situer entre 1975 et 1980, ça me permettait de raconter toute sa vie. Par rapport à un journal intime par exemple, qui l'aurait suivi dans son évolution, ça me permettait d'avoir du recul.

Ce «roman biographique», vous l'avez écrit en combien de temps?

Je pensais depuis toujours à écrire sur Lennon. Et puis quand j'ai fini La Délicatesse [roman sorti en août 2009], je ne savais pas trop quoi faire. Amanda Sthers m'a dit qu'elle lançait une nouvelle collection de biographies, que la forme était libre. J'ai proposé Lennon. Et je m'y suis mis. Quand je me mets à écrire je ne peux plus m'arrêter. On a l'impression que j'écris beaucoup et que j'écris vite, et je sors environ un livre par an parce que j'essaie d'aller le plus vite possible. Ensuite il faut peaufiner et retravailler. Mais je n'aurais pas la force mentale de passer dix ans sur un livre, c'est pour ça que je me dépêche.

Où est-ce que vous l'avez écrit?

Partout. J'écris partout. J'adore écrire dans des endroits qui changent. Ca m'aère l'esprit. J'adore le train. J'adore écrire dans le train. J'adore écrire dans les endroits en mouvement qui me dépaysent. Par exemple, récemment, je suis allé en Allemagne pour de la promo, et j'avais seulement une conférence par jour, pas de rendez-vous. Donc je pouvais écrire à l'hôtel, la journée, dans le train. Chez moi j'ai du mal à écrire: il y a trop de vie, trop de mouvement.

Qu'avez-vous écouté en écrivant le livre?couv David Foenkinos.JPG

J'ai écouté toutes les musiques des Beatles pendant l'écriture. Lennon c'est vraiment quelqu'un qui exprime beaucoup de son émotion personnelle dans ses chansons. Alors pour être au plus proche du personnage c'est important. J'adore «The Ballad of John and Yoko», où il raconte son mariage, sa vie. Ou «Mother» où il crie toute sa douleur. Si tu écoutes ses chansons tu n'as même pas besoin des biographies sur lui, tu comprends toute la douleur qu'il éprouvait. Il fallait l'écouter pour avoir sa sensibilité. Mon travail c'était d'être au plus proche de lui. Pas d'être dans sa tête ou dans sa peau, mais de lui tenir la main.

Pourquoi, pour qui vous écrivez?

Je n'écris pour personne en particulier. Pourquoi, je ne sais pas non plus. J'ai pas de mission. Par contre, pour moi il y a un truc qui est évident, c'est que c'est pas du tout péjoratif de penser au lecteur, et au «public». Ca paraît hyper cheap, et les auteurs ne le disent pas. J'ai un vrai souci du lecteur, donc je ne pourrais jamais dire «j'ai écrit ce livre pour moi».

Si vous pouviez demander n'importe quel réalisateur d'adapter votre film à l'écran, lequel serait-ce?

Si on reprend le principe de narration de Lennon face à son psy, il faudrait que ce soit Sam Mendes, qui a un sens inouï de la mise en scène de théâtre. Il faudrait que ce soit lui s'il y avait beaucoup de scènes dans le cabinet, des scènes où Lennon et son analyste parlent. Sinon il faudrait que ce soit un mec comme Fincher.

Quel livre auriez-vous voulu écrire?

Un Homme, de Philip Roth. C'est son roman qui m'a le plus impressionné. D'ailleurs moi je préfère quand Roth parle des femmes, de la vie. Il m'emmerde un peu dans ses gros trucs sur la politique. Même dans Exit le fantôme je trouve qu'il parasite un peu son récit. Un Homme c'est le chef d'œuvre absolu. Deux-cents pages dans lesquelles il dit tout: la mort, la maladie, les femmes, la perte du désir, la peur, la vieillesse.

Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?

Oblomov, d'Ivan Gontcharov. C'est un roman russe de 800 pages, sur la mollesse. Dans La Délicatesse, l'un des personnages le lit, et je décris le livre. Mais je ne l'avais pas lu.

Vous aimez parler de vos livres?

J'aime bien aussi parler d'autres choses. Sinon, je vois toujours ça comme une chance, d'avoir des idées, d'être publié, d'être lu. Et que des gens me posent des questions.

 

[David Foenkinos, Lennon, Plon, 236 pages]

 
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