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20/02/2011

Marco Mancassola: «Autrefois, c'était le centre du monde»

LE QUESTIONNAIRE SUR LA VIE SEXUELLE DES SUPER-HEROS

«Autrefois, c'était le centre du monde: un bouquet de tiges en béton plantées dans le granit, un dédale de rues dont les bouches d'égouts dégageaient en permanence la vapeur du rêve.» Pourquoi cette première phrase?
Je voulais, avec une seule phrase, décrire un scénario, et le décor d'une ville réelle, mais aussi très imaginaire, imaginée. Une ville que nous connaissons tous surtout comme un fantasme. Je voulais décrire en une seule phrase ce rêve qui s'effrite sous nos yeux aujourd'hui. L'imaginaire américain est toujours omniprésent mais sa puissance s'étiole. Donc avec cette seule première phrase je voulais le rêve, la ville, le scénario, et aussi un sentiment, de nostalgie, de crépuscule.

Pourquoi cette absence d'exergue?
Le livre était déjà très long. [Il rit.] Non j'avais l'impression que le livre était très complet, qu'il n'y avait pas même une virgule à ajouter.

Où avez-vous écrit le roman?
Je l'ai écrit dans plusieurs villes. Je voyage beaucoup. Je l'ai commencé à Milan, en 2005- 2006, quand j'y vivais. Je voyais souvent mon éditeur et on en parlait beaucoup. Et puis je l'ai emporté avec moi à Londres, Berlin et New York. J'ai été l'invité d'une communauté d'artistes à New York pendant quelques mois, à Harlem. Je voulais sentir la ville, y expérimenter le quotidien. J'y avais déjà été pour des courts séjours. Là c'était très important d'y être, pour l'atmosphère du livre.

Comment est-ce qu'on écrit, quand on voyage sans cesse?
Dans chaque maison il y a des conditions différentes. Je vis d'une manière assez... sportive. Disons-le comme ça. Mon métier c'est d'écrire mais je n'ai pas encore vendu de best-sellers, je ne suis pas encore riche. Je vis toujours en colloc, ou dans des maisons pas forcément très confortables. Je n'ai pas un bureau à moi, où me concentrer. Par exemple à New York, j'écrivais à la bibliothèque, la grande, sur la 42e rue. Cela contribuait à l'atmosphère.  C'est un lieu très évocateur, qui me donnait une impression très new-yorkaise. Et j'écrivais aussi dans les cafés, les Starbucks...

En combien de temps l'avez-vous écrit?
Ca m'a pris trois ans, à faire presque exclusivement ça. J'ai écrit un script pour un petit film indépendant italien, et j'écrivais aussi des articles pour des magazines, Vogue Italie, Rolling Stone... J'écris pour des journaux pour l'argent mais aussi parce qu'en tant qu'écrivain, on est très seul, enfermé, devant son ordinateur. En tant que journaliste, on est au contraire obligé de rencontrer des gens, de se déplacer, de sortir, et c'est un bon équilibre.

Pourquoi et pour qui avez-vous écrit ce livre?
Se demander pour qui on écrit, c'est très utile quand on commence un livre, surtout pour le ton, la langue, le style. Auprès de qui veut-on que le récit résonne? Mais là je ne suis pas sûr de l'avoir fait. Je pensais sans doute à un moi un peu plus jeune, le moi qui «croyait» en quelque sorte aux super-héros.  

Pourtant les héros sont tous plus vieux que moi, ils sont dans leur dernière lueur d'érotisme. Ce qui est marrant, c'est que quand j'ai fait la promotion du livre en Italie, deux fois, des sexagénaires sont venus me voir en me disant «comment c'est possible qu'un homme de ton âge décrive si bien ce qu'éprouve un homme vieillissant qui tombe amoureux d'une jeune femme d'une vingtaine d'années. C'est exactement ce qui m'est arrivé!»  J'ai dit «je ne sais pas». Je ne sais pas.

Avez-vous écouté une musique particulière en l'écrivant? En avez-vous une à conseiller en le lisant?
J'écoute toujours de la musique en écrivant, mais pas une en particulier. La colonne sonore m'aide dans mon écriture. J'écoute de techno s'il se passe des choses très électriques. Si je suis plus dans la suggestion, dans l'émotion, j'écouterai plutôt de la musique folk. Et puis la musique est quelque chose de très visuel, donc ça dépend aussi des images que j'ai envie de créer dans le livre. Si je devais choisir une seule musique pour aller avec le livre, ce serait Summertime, Janis Joplin.

Si votre livre devenait un film, par qui voudriez-vous le voir réalisé?
Je choisirais un réalisateur qui ne soit pas Américain, comme moi. Plutôt un Européen capable de manier l'imagination américaine. Et ce serait quelqu'un de très talentueux dans le filmage des corps. Quelqu'un qu'on n'attendrait pas sur un film de super héros, et avec une manière physique, charnelle de filmer. Quelqu'un comme Patrice Chéreau: je me souviens la manière dont la lumière balaie la chair des acteurs dans Intimité. C'est un réalisateur qui sait rester très proche des corps.

Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?
Je lis Freedom, de Jonathan Franzen. J'ai lu un tiers du livre et je ne suis toujours pas complètement dedans, et pourtant chaque page est en elle-même incroyable. L'écriture est brillante. Mais je trouve ça plus lent que Les Corrections.

Vous aimez parler de vos livres?

Oui... Oui... Non, en vrai non. [Il rit]. J'aimerais que les livres se suffisent à eux-mêmes. Mais je me rends bien compte qu'il faut en parler, et que ça fait plaisir au public. Et que c'est parfois agréable.

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