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21/03/2011

Anne B. Ragde, la Norvège au bout de la plume

Anne B. Ragde.jpg

LA RENCONTRE

Anne Ragde vous ferait troquer vos vacances dans le Sud, maillot de bain et parasol, pour une croisière en Norvège septentrionale, là où vous ne pouvez fumer une cigarette à l'air libre sans manquer de souffle tant il fait froid. Elle vous ferait rendre vos billets pour les Bahamas contre des billets pour le Spitzberg, surnommé «Zona Frigida».

Dans son dernier roman publié en France intitulé ainsi, Zona Frigida, Anne Ragde raconte la croisière d'une caricaturiste branchée d'Oslo, qui a décidé de prendre du temps pour elle, pour régler une vieille histoire. Histoire liée au fait qu'elle enchaîne bière sur cognac sur vodka. Entre le récit de voyage et le thriller, Zona Frigida raconte aussi la lumière «d'un jaune gris, [sortant] du brouillard, le silence impressionnant, les oiseaux [qui dorment] sur la surface paisible de l'eau».

Acquérir le titre d’écrivain

Mais ce livre aurait bien pu ne jamais voir le jour. Anne Ragde, qui vous emporte si aisément de page en rivage, a failli ne jamais devenir écrivain. Il s'en est fallu d'une maîtresse d'école. Celle de son enfant. Anne Ragde avait écrit une histoire pour son fils de quatre ans. Et il était si enthousiaste qu'il ne cessait d'en parler à la maternelle. «La maîtresse a voulu le lire, se souvient l'auteure. J’ai un peu résisté et puis bon… Tout le monde à l'école a adoré. Le texte était très simple, mais ça a été un sacré succès. Et peu à peu je me suis mise à écrire, d'autres livres pour enfants, et puis des romans».

Il a fallu cinq livres publiés avant que l’écrivain ose se dire telle. «Je disais 'j’écris des livres', raconte-t-elle. Mais je ne me sentais pas à la hauteur de ce «titre» d’écrivain. Maintenant ça va. Parce que je sais que c’est ce que je vais faire jusqu’à la fin de ma vie, que je ne peux pas vivre sans ça».

La muse et les ulcères

Elle vit donc avec, pour et de la littérature. Elle a publié des dizaines de livres, dont La Trilogie des Neshov, vendue à des millions d'exemplaires en Europe et adaptée à la télévision en Norvège. Et Anne Ragde fourmille encore d'idées, au point de craindre de ne pas parvenir à tous les écrire. Une vie ne suffira pas, et cette vie y est pourtant consacrée.

Célibataire après trois mariages, habitant seul depuis que son fils est adulte, elle y passe ses journées. «C’est très dur, c’est beaucoup de boulot, plus que les gens ne le pensent. On n’attend pas à un bureau, un verre de vin à la main, qu’une muse vous inspire. Les journées sont longues, parfois pénibles, il faut beaucoup d’autodiscipline. J’ai écrit jusqu’à avoir des ulcères.»

Mais la liberté de ce métier, la jouissance guérit des contraintes. «J’écris pendant la journée, pas tôt le matin. Et j’adore écrire la nuit. Les week-ends n’existent pas. Je peux écrire n’importe quand, comme je veux. J’ai été mariée trois fois; j’adore les mariages! Et je m’entends très bien avec mes ex. Mais les maris, ça vous met des barrières, ce sont des entraves, rit-elle. Etre célibataire, c’est formidable.  Ce qui est indispensable dans la vie, ce sont les amis, et les amants. Si vous avez ça, vous avez tout».

Laisser son empreinte

Ou presque. Reste la Norvège, sans laquelle Anne Ragde ne pourrait pas écrire. Les paysages norvégiens nourrissent son écriture, dans le style, dans le froid qui parcourt les pages. L'auteure est parfois invitée en résidences d’écrivains, en Italie, en Allemagne. Mais qu'y ferait-elle? «Je ne pourrais pas écrire de la même manière là-bas, je ne serais pas dans mon élément».

La Norvège nourrit jusqu'à son envie même d'écrire. «J’ai cette maison sur une petite île, sur la côte norvégienne, avec une vue à 180° sur la mer, confie Anne Ragde. C’est un paysage incroyable qui vous donne envie d’apposer votre marque, de laisser quelque chose derrière vous dans ce paysage».

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Anne Ragde: «Pour être tout à fait honnête, je suis partie au Spitzberg pour piccoler»

LE QUESTIONNAIRE

zona-frigida.jpg«Pour être tout à fait honnête, je suis partie au Spitzberg pour piccoler.» Pourquoi cette première phrase?
Quand on écrit à la première personne, le lecteur croit que l’on est honnête, mais c’est faux, ce n’est pas toujours le cas, on peut au contraire le tromper encore mieux. Cette première phrase exploite cette ambiguité-là, évoque la question de l'honnêteté, et situe en même temps mon personnage, son rapport à l'alcool, son tempérament.

Mais la première phrase n'est pas forcément la première phrase qui vient. Ma première phrase vient souvent à la troisième page par exemple. Dans mon dernier livre, pas encore traduit en France, ma première phrase est venue à la 17e page. C’est très ennuyeux, parce qu’il faut alors effacer les seize premières… Il s’agit d’écrire pour ouvrir la porte du livre. Parfois on entre dans le livre à la troisième page, c’est là que se trouve la première phrase. Parfois le chemin est plus long.

Pourquoi cette absence d'exergue?
Ce n’est pas très fréquent en Norvège, cela paraît prétentieux, de se placer ainsi sous le signe de grands écrivains en les citant en exergue. Et puis cela donne l’impression qu’il faut une clé pour le roman, et que la clé est dans l’exergue. D’ailleurs moi je ne lis pas les exergues, je les saute!

Où avez-vous écrit le roman?

A Trondheim, dans ma ville, au milieu de la Norvège.

J’ai fait le voyage de Bea, mon personnage. Mais je n'ai pas écrit le roman pendant la croisière; là-bas, je prenais seulement des notes.

J’écris à mon bureau, sur mon ordinateur, entourée de mes notes et de photographies. Quand je fais des recherches, je prends toujours des photos de détails, que j’oublierais si je ne les immortalisais pas. Au moment de l'écriture, regarder ces photos me rappelle le tableau d’ensemble. Je photographie la nourriture dans une salle de restaurant, une poignée de porte, le levier d’une machine. Et en me souvenant du mécanisme, je me souviens de toute la scène.

Mon père était photographe et il prenait toujours des photos, c’est comme ça que j’ai tissé mon lien à l’image. Une image me restitue tout, même l’odeur d’un lieu.

En combien de temps l'avez-vous écrit?
Trois mois une fois que j’avais les photos, les cartes. Mais en écrivant nuit et jour. C’était entre le mari numéro 2 et le mari numéro 3: j’avais tout mon temps! On peut alors écrire 15 pages par jour.

L'écriture est parfois douloureuse. La plupart du temps en fait. Quelquefois je voudrais avoir des électrodes branchées sur mon cerveau pour que tout soit transféré directement à mon ordinateur. Il y a tellement de mots! Tellement de «il» et «elle», et «et»… Et puis il y a tous ces détails dans votre tête, sur lesquels il faut se concentrer en permanence…

Avez-vous écouté de la musique en écrivant le livre?
Je ne peux pas écrire sans musique. Avec Zona Frigida, je voulais ressentir le paysage, alors j’écoutais Beethoven et Mozart, parce que ce sont des morceaux puissants, un peu «whoofy» [elle prononce ce son étrange, comme en imitant le vent qui souffle]: là-bas, la nature est sublime et terrifiante, c’est une dualité que je retrouve chez Beethoven et Mozart.

Si votre livre devenait un film, par qui voudriez-vous le voir réalisé?

Le livre se passe dans une partie masculine du monde. C'est-à-dire une partie du monde avec des animaux sauvages, et qui vous tient à bonne distance, un paysage qui semble sur la réserve... Alors ce serait bien d’avoir une réalisatrice, cela ferait un équilibre. Anna Björk serait parfaite elle est très féminine, et n’a pas peur de s’aventurer dans des lieux difficiles. Ou Kathryn Bigelow, qui a fait Démineurs, sur la guerre en Irak.

Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?
Je ne peux pas lire de littérature pendant que j’écris. Sinon je volerais des phrases sans faire exprès, et je me sentirais influencée en permanence. Ou je lirais certaines phrases en me disant à quel point elles sont belles et que je ne suis pas une vraie auteure, parce que je n’écris pas si bien… Alors dans les périodes pendant lesquelles j’écris un livre, je lis des essais. Dès que je finis un livre en revanche, je me jette sur des romans. [Elle prend un regard gourmand.] J’ai des piles qui m’attendent, c’est ma récompense à l’issue d’un ouvrage!


Vous aimez parler de vos livres?
J’aime répondre aux lecteurs, avoir des questions de leur part et j’aime parler de mes travaux de recherche. Mais les questions sur le pourquoi j’ai écrit ce livre, pourquoi cette histoire, je ne sais pas.

La B.O. DU LIVRE


FRANK SINATRA - CASABLANCA - AS TIME GOES BY par Mukhran

07/03/2011

Ok, rien à voir avec la littérature

Quoique.

VerticalR.jpg


Je suis allée voir le spectacle du chorégraphe Akram Khan, Vertical Road. Je l'ai vu une première fois à Rome, puis à Paris où il se joue cette semaine, au Théâtre de la Ville. Depuis je n'arrête pas d'y penser.

Le spectacle commence. La scène est divisée en deux. Une toile tendue du plafond au sol laisse transparaître un peu plus que des ombres. Derrière la toile, un danseur. Devant, les sept autres. Peu à peu, le danseur isolé les rejoint, et semble les manipuler, il commande leurs mouvements - quand il y parvient.

Ces corps racontent absolument ce que vous voulez leur faire dire. J’ai rencontré Akram Khan qui m’a dit «mon interprétation n’a pas d’importance, je veux que les gens y mettent leurs histoires. C’est comme regarder une bande dessinée, mais dans laquelle les bulles seraient vides». Comme ça le spectateur peut remplir les bulles lui même.

Ce n’est pas très différent de ce que dit Proust, quand il écrit dans Sur la lecture, à propos de la littérature: «Nous sentons très bien que notre sagesse commence là où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs». Puis: «peut-être que nous ne pouvons recevoir la vérité de personne et que nous devons la créer nous-mêmes». Akram Khan explique que la vérité n’existe pour lui que dans la danse. «Le reste du temps, je mens tout le temps» sourit-il.

Je ne vous conseille pas d’aller voir son spectacle cette fois-ci puisqu’il n’y a plus de place à Paris, mais vous le saurez pour la prochaine fois, c’est merveilleux.

 

L'interview d'Akram Khan ici. On a même parlé de Black Swan et de Bollywood.

 
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