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19/09/2011

David Foenkinos, les souvenirs, la mémoire, et l'entre deux

lessouvenirs.jpgQuand il était plus jeune, David Foenkinos a été vieux. A 16 ans il a été victime d’une grave maladie cardiaque réservée aux sexagénaires. Personne de son âge n’avait jamais été atteint de cette maladie. A l’époque, la SNCF lui avait-même envoyé une lettre le remerciant d’avoir souscrit à une carte senior. Une anomalie étonnante.

Puis Foenkinos a guéri, il est redevenu jeune, mais la vieillesse est restée dans un coin de sa tête, et elle est devenue cette année un roman: Les Souvenirs (Gallimard). Il y cite René Char: «vivre c’est s’obstiner à achever un souvenir». 

Dans la salle d’attente de la mort

L’histoire est celle d’un jeune écrivain en devenir (un Antoine Doinel cru 2011) qui voit sa grand-mère vieillir, mise dans une maison de retraite, «salle d’attente de la mort». Elle fugue. Lui la cherche et goûte à l’angoisse vertigineuse du vieillissement, «Est-ce que le désir meurt? Deviendrai-je un jour insensible à la sensualité?».

Foenkinos, gentiment moralisateur, interroge aussi le franchissement de la décrépitude, le moment où l’on place les gens dans la case de la vieillesse – voire dans la suivante. Le roman est entrecoupé de jolis interludes: des souvenirs, de personnages, de gens illustres. L’un d’entre eux est attribué à l’écrivain Francis Scott Fitzgerald. Alors qu’il vit isolé dans la misère, il apprend qu’une troupe joue une pièce tirée de l’un de ses romans. Il va la voir répéter. Les acteurs ne le reconnaissent pas. Il se présente. Une jeune femme lance: «Mais on pensait que vous étiez mort».

C’est drôle, cette façon que Foenkinos a de mêler les mots et la mort. Lui qui a appris à aimer la littérature quand il était vieux à 16 ans, allongé sur son lit d’hôpital. Ecrire un roman pour collecter les souvenirs par les mots, alors que justement quand les vieux trottinent vers la mort, l’un des signes les plus sûrs est la conversation qui s’étiole avec eux. De quoi parler à quelqu’un qui va mourir bientôt? Et en même temps, toutes ces choses qu’il faut dire, pour ne pas se retrouver comme le narrateur baigné dans les regrets vis-à-vis de son grand-père, mort avant la fugueuse grand-mère: «Je voulais dire à mon grand-père que je l’aimais, mais je n’y suis pas parvenu».

PS : Après lecture du roman, je crois que mes parents, le temps venu, échapperont à toute maison de retraite. Ils pourront remercier David Foenkinos. 

David Foenkinos, Les Souvenirs, Gallimard (286 pages)

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