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25/01/2012

«Mon Coeur de Père»: mais qu'est-ce qu'ils fabriquent, ces mômes?

Ado, j’étais très amoureuse d’un garçon qui ressemblait à Haribo. Si, le Haribo qui dit que c’est beau la vie pour les grands et les petits. Même coupe, même stature. Il chantait Patrick Bruel aux concerts de fin d’année - mieux que des slogans pour les bonbons.

(Ce post va bien parler d’un livre, promis)

Il était juif, comme beaucoup de gens du quartier où j’ai grandi, et en partie comme moi. Il était juif mais bon, pas au point de ne pas manger au McDo. Pas quand on s’est rencontrés en tous cas – en sixième. Ensuite, c’était au point de ne pas trop manger au McDo, mais quand même, un menu Cheesburger, c’est bien Dieu qui a dû mettre ça sur Terre. 

En seconde, notre prof d’Histoire (lycée public) nous a un jour parlé de ce commandement de la Torah «œil pour œil, dent pour dent». En sortant de cours, Haribo a voulu que l’on court chez lui vérifier dans la Torah ce qui était écrit. Je me souviens de ce jour comme du premier où Haribo s’est vraiment intéressé aux cours d’Histoire. Surtout comme du jour où il a fait passé la religion avant – avant le goûter, avant les potins du moment. Où soudain le judaïsme n’était plus une sortie entre copains à la syna le vendredi soir. C’était un vrai monde qui s’ouvrait, rassérénant. 

Peu à peu, Haribo est devenu pratiquant au point de ne plus mettre les pieds au McDo, puis d’éteindre son portable du vendredi soir au samedi soir – moment du shabbat, où les juifs pratiquants ne touchent pas à l’électricité. Puis de ne plus vouloir coucher avec des filles, comme ça. Puis, avant même ses 25 ans, au point de se faire présenter une femme par un rabbin et de l’épouser, et de faire un gamin, comme ça, dans la foulée. Récemment, j’ai appris que s’il me croisait dans la rue, il ne me dirait pas bonjour – enfin qu’il ne m’embrasserait pas. Parce que je suis une fille. «Enfin peut-être qu’il ne changera pas de trottoir pour t’éviter non plus». Cool.

Sauf qu’il est heureux – je crois. (Je prendrais bien un café avec lui pour lui demander, mais il n’a pas le droit d’être seul avec une femme).

9782213668475-G.jpegQue se passe-t-il dans la tête d’un adolescent, qui chante si bien Patrick Bruel, et qui choisit plutôt les chants rabbiniques ? C’est ce qu’esquisse Marco Koskas dans Mon Cœur de père (Fayard).

Haribo vs Fiston

Ce livre, c’est un journal. L’auteur est séfarade, et séparé de la mère de son fils, qui n’est pas juive. Donc «Fiston» non plus concrètement. C’est compliqué, cette identité incertaine. L’enfant entame une conversion sous la houlette du Consistoire. Trois ans après, son judaïsme est acté. Et après? Après il part en pension en Israël. Il cherche un cadre religieux comme pour faire tenir sa vie sur quelque chose. Une synagogue pour abri comme d’autres choisiraient des cours de yoga. L’enfant a sa foi «chevillée au corps». Il est tenté d’entrer en boite, de faire provision de vodka pour des soirées, d’aller fumer la chicha, regarde les filles par en-dessous… Le père contemple, mi-admiratif mi-effrayé. «Il s’est construit tout seul, il a réussi à structurer sa personnalité quoique sa mère l’ait laissé tomber à l’âge de 9 ans et que moi je m’oppose autant que possible à ses superstitions. (…) Il aurait pu mal tourner, devenir un petit voyou, se défoncer, mais il est juste habité par une foi inébranlable». La religion s’engouffre donc les brèches? Mais le fils n’est pas satisfait. La religion peut-elle colmater ou non?

L’enfant conquiert cette religion, et Dieu sait que se convertir au judaïsme, ce n’est pas une sinécure… Il la conquiert comme Haribo, et comme lui, il devient bien plus religieux que ses parents.

En creux, de ce père qui rejoint son fils en Israël pour quelques séjours, et qui se demande où il en est, de son rapport à la «Terre Sainte», de son rapport à la Tunisie où il est né, à la France qu’il adore, de ce père ce sont les interrogations qui se dessinent. Une question de transmission et de consolation tellement brûlante. Aucune réponse, juste un point d’interrogation démesuré.

Mon coeur de père, Marco Koskas16,00 €
208 pages (se lit très très vite)

01:18 Publié dans littérature française | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : judaïsme, marco koskas, fayard |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14/01/2012

Les couples devraient parfois durer moins de trois ans

photo (4).JPGJe lis L'Amour dure trois ans, dans le métro. Je ne l'avais jamais lu, je crois que lorsque c'est sorti, en 1997, j'en étais à Kamo, aux Lettres de mon Moulin, à Lullaby.

Je lis donc ce roman de Beigbeder, parce que l'adaptation sort bientôt au cinéma. Je suis assise dans le métro, le titre est écrit en gros sur la couverture. Un couple à côté de moi se regarde, se jette des coups d'oeil.

Le garçon: «Non mé c vrai hein, sa dure 3 ans. [Le garçon a l'air de faire des fautes d'orthographe quand il parle]

La fille: Bah nan, dis pas ça.

- Regarde Anne-Laure et [XXX pas compris le nom], sa a duré 3 an..

- Oui et Marc et Sarah, ça faisait quatre ans [J'ai envie de leur dire que le héros du roman s'appelle Marc]

- Oui mais ils s'aimaient plu. Ca aurait dû s'arrêter au bout de 3 an. [Et sans sourire]: Et nous sa fera bientôt 3 ans, peut-etre ke ça va etre la fin». 

Un type qui dit des choses pareilles sans sourire, la fille ne devrait pas attendre trois ans pour le larguer.

06/01/2012

Un petit quizz bien dur

Rusty Regan par exemple, c'est dans

a) Adieu ma jolie de Raymond Chandler
b) Le Grand Sommeil de Raymond Chandler
c) La Faucon Maltais de Dashiell Hammett

Et Dolphus Raymond, c'est chez Harper Lee, Louisa May Alcott ou Wilkie Collins?
 
 
(Rusty Regan c'est dans Le Grand Sommeil; Dolphus Raymond dans Ne Tirez pas sur l'oiseau moqueur)

17:06 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (0) |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

04/01/2012

Marilyn d'Hiver

440x290_1968583.jpegIl y a quelques mois, est reparu en poche le roman de Norman Mailer consacré à Marilyn Monroe: Mémoires imaginaires de Marilyn. Il y invente une Marylin bien plus légère que celle des Fragments ou de Confession inachevée. Sur cette Marilyn rêvée, beaucoup ont vu un regard qui «suinte le mépris d'un macho pour une femme séduisante qu'il n'aura jamais, prêt à tout pour la salir».

J'ai adoré ce regard - il faudra que j'en parle à mon psy. Cette Marilyn n'a pas le coeur moins raviné, elle a la parole plus badine. Le début reste celui d'une jeune fille abandonnée, trouée. La fin reste un suicide. Entre les deux, la désinvolture est douce, enveloppante. C'est comme un roman d'hiver, qu'on lit un dimanche en échappant au bruit du monde. Un roman molleton.

On y lit: 

- Marilyn, narratrice, évoquant les aides d'un grand couturier: 

«Des hommes tout à fait charmants. Ce n'était pas tant qu'ils étaient soignés, minces, et qu'ils semblaient à l'aise dans leus vêtements comme une main dans un gant, c'est aussi qu'ils semblaient très heureux dans leurs vêtements. On aurait dit que leur Moi intérieur avait lui aussi un beau costume: leur propre peau.»

Ou

 «Entendre sans cesse parler d'élégance dans les livres quand on est toute seule, c'est comme porter une robe du soir sur la lune»

Et Marilyn citant le photographe Milton Greene

«Ecoute, disait-il, ça marche. Ca tient debout. Laisse tomber. Tu ne peux pas mettre une paire de chaussures neuves à l'histoire».

«Confession inachevée» de Marilyn Monroe (230p. 20€) Robert Laffont/Pavillons Poche (Traduction Jean Rosenthal)

21:16 | Lien permanent | Commentaires (0) |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/01/2012

La jouissance selon Colette

Fichier:SidonieGabrielleColette.jpegVous venez d’achever vos dernières indigestions de 2011, et vous vous dites que non, vous ne mangerez plus. Plus jamais de gros repas, plus jamais de viandes en sauce, plus jamais rien du tout. Sans compter que mincir fait partie de vos résolutions 2012...

Pourtant, c’est que vous n’avez pas (re)lu Colette, surtout pas ses articles publiés dans le magazine Marie-Claire de 1938 à 1940.  Une dizaine d’entre eux sont réunis dans les Carnets de L’Herne. Le premier, qui donne son titre au recueil: «J’aime être gourmande». Elle y note ses impressions, prodigue ses conseils, même livre ses recettes.

«On naît gourmet, y écrit-elle. Le vrai gourmet est celui qui se délecte d’une tartine de beurre comme d’un homard grillé, si le beurre est fin et le pain bien pétri. Il y a beau temps que je n’ai plus chez moi de cuisinière experte… Mais je n’ai renoncé à rien de ce qui contente le palais, partant, le cerveau. En fait de "plats préférés", je préfère... tout ce qui est bon, tout ce qui fait de l'heure des repas une petite fête des papilles et de l'esprit. (...) Un jour, la viande est à l’honneur, sous ses formes les moins nocives, saisie sur la braise, poivrée de poivre frais - le noir, celui des Antilles - avec une pincée de sel écrasé, je n’ai pas dit: de sel fin. Si l’entrecôte est persillée, si elle a gardé une bordure succulente de graisse, il n’est même pas besoin de beurre».

L’extraordinaire, c’est la recette du café concierge évoqué dans Chéri (roman de Colette, que vous pouvez lire sur le site très laid mais gratuit du projet Gutenberg).

«Ayez une soupière - la petite soupière individuelle pour soupes gratinées, ou un gros bol, en porcelaine à feu. Versez-y le café au lait, sucré et dosé à votre goût. Préparez de belles tranches de pain – pain de ménage, le pain anglais ne convient pas - beurrez-les confortablement * et posez-les sur le café au lait qui ne doit pas les submerger. Il ne vous reste qu'à mettre le tout au four, d'où vous ne retirerez votre petit-déjeuner que bruni, croustillant, crevant çà et là en grosses bulles onctueuses.

Avant de rompre votre cadeau de pain recuit, jetez-y une poussière de sel. Le sel mordant le sucre, le sucre très légèrement salé, encore un grand principe que négligent nombre d'entremets, et pâtisserie parisienne, qui s'affadit, faute d'une pincée de sel. **»

Moi je ne peux pas tester la recette parce que je n’ai pas de four. Mais si vous êtes mieux équipés, allez-y - et envoyez-moi des photos. 

Sinon, pour le reste du recueil, il ne parle pas de cuisine, mais il parle néanmoins de gourmandise, ou raconte du moins le gigantesque appétit de Colette pour les mots.

* beurrer confortablement des tartines ? Est-ce que ce n’est pas le meilleur conseil de tartinage de toute la littérature?

** La phrase n’est pas très claire. «une erreur typographique a dû [s’y] glisser», précise l‘éditeur.

 
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