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25/01/2012

«Mon Coeur de Père»: mais qu'est-ce qu'ils fabriquent, ces mômes?

Ado, j’étais très amoureuse d’un garçon qui ressemblait à Haribo. Si, le Haribo qui dit que c’est beau la vie pour les grands et les petits. Même coupe, même stature. Il chantait Patrick Bruel aux concerts de fin d’année - mieux que des slogans pour les bonbons.

(Ce post va bien parler d’un livre, promis)

Il était juif, comme beaucoup de gens du quartier où j’ai grandi, et en partie comme moi. Il était juif mais bon, pas au point de ne pas manger au McDo. Pas quand on s’est rencontrés en tous cas – en sixième. Ensuite, c’était au point de ne pas trop manger au McDo, mais quand même, un menu Cheesburger, c’est bien Dieu qui a dû mettre ça sur Terre. 

En seconde, notre prof d’Histoire (lycée public) nous a un jour parlé de ce commandement de la Torah «œil pour œil, dent pour dent». En sortant de cours, Haribo a voulu que l’on court chez lui vérifier dans la Torah ce qui était écrit. Je me souviens de ce jour comme du premier où Haribo s’est vraiment intéressé aux cours d’Histoire. Surtout comme du jour où il a fait passé la religion avant – avant le goûter, avant les potins du moment. Où soudain le judaïsme n’était plus une sortie entre copains à la syna le vendredi soir. C’était un vrai monde qui s’ouvrait, rassérénant. 

Peu à peu, Haribo est devenu pratiquant au point de ne plus mettre les pieds au McDo, puis d’éteindre son portable du vendredi soir au samedi soir – moment du shabbat, où les juifs pratiquants ne touchent pas à l’électricité. Puis de ne plus vouloir coucher avec des filles, comme ça. Puis, avant même ses 25 ans, au point de se faire présenter une femme par un rabbin et de l’épouser, et de faire un gamin, comme ça, dans la foulée. Récemment, j’ai appris que s’il me croisait dans la rue, il ne me dirait pas bonjour – enfin qu’il ne m’embrasserait pas. Parce que je suis une fille. «Enfin peut-être qu’il ne changera pas de trottoir pour t’éviter non plus». Cool.

Sauf qu’il est heureux – je crois. (Je prendrais bien un café avec lui pour lui demander, mais il n’a pas le droit d’être seul avec une femme).

9782213668475-G.jpegQue se passe-t-il dans la tête d’un adolescent, qui chante si bien Patrick Bruel, et qui choisit plutôt les chants rabbiniques ? C’est ce qu’esquisse Marco Koskas dans Mon Cœur de père (Fayard).

Haribo vs Fiston

Ce livre, c’est un journal. L’auteur est séfarade, et séparé de la mère de son fils, qui n’est pas juive. Donc «Fiston» non plus concrètement. C’est compliqué, cette identité incertaine. L’enfant entame une conversion sous la houlette du Consistoire. Trois ans après, son judaïsme est acté. Et après? Après il part en pension en Israël. Il cherche un cadre religieux comme pour faire tenir sa vie sur quelque chose. Une synagogue pour abri comme d’autres choisiraient des cours de yoga. L’enfant a sa foi «chevillée au corps». Il est tenté d’entrer en boite, de faire provision de vodka pour des soirées, d’aller fumer la chicha, regarde les filles par en-dessous… Le père contemple, mi-admiratif mi-effrayé. «Il s’est construit tout seul, il a réussi à structurer sa personnalité quoique sa mère l’ait laissé tomber à l’âge de 9 ans et que moi je m’oppose autant que possible à ses superstitions. (…) Il aurait pu mal tourner, devenir un petit voyou, se défoncer, mais il est juste habité par une foi inébranlable». La religion s’engouffre donc les brèches? Mais le fils n’est pas satisfait. La religion peut-elle colmater ou non?

L’enfant conquiert cette religion, et Dieu sait que se convertir au judaïsme, ce n’est pas une sinécure… Il la conquiert comme Haribo, et comme lui, il devient bien plus religieux que ses parents.

En creux, de ce père qui rejoint son fils en Israël pour quelques séjours, et qui se demande où il en est, de son rapport à la «Terre Sainte», de son rapport à la Tunisie où il est né, à la France qu’il adore, de ce père ce sont les interrogations qui se dessinent. Une question de transmission et de consolation tellement brûlante. Aucune réponse, juste un point d’interrogation démesuré.

Mon coeur de père, Marco Koskas16,00 €
208 pages (se lit très très vite)

01:18 Publié dans littérature française | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : judaïsme, marco koskas, fayard |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14/01/2012

Les couples devraient parfois durer moins de trois ans

photo (4).JPGJe lis L'Amour dure trois ans, dans le métro. Je ne l'avais jamais lu, je crois que lorsque c'est sorti, en 1997, j'en étais à Kamo, aux Lettres de mon Moulin, à Lullaby.

Je lis donc ce roman de Beigbeder, parce que l'adaptation sort bientôt au cinéma. Je suis assise dans le métro, le titre est écrit en gros sur la couverture. Un couple à côté de moi se regarde, se jette des coups d'oeil.

Le garçon: «Non mé c vrai hein, sa dure 3 ans. [Le garçon a l'air de faire des fautes d'orthographe quand il parle]

La fille: Bah nan, dis pas ça.

- Regarde Anne-Laure et [XXX pas compris le nom], sa a duré 3 an..

- Oui et Marc et Sarah, ça faisait quatre ans [J'ai envie de leur dire que le héros du roman s'appelle Marc]

- Oui mais ils s'aimaient plu. Ca aurait dû s'arrêter au bout de 3 an. [Et sans sourire]: Et nous sa fera bientôt 3 ans, peut-etre ke ça va etre la fin». 

Un type qui dit des choses pareilles sans sourire, la fille ne devrait pas attendre trois ans pour le larguer.

01/01/2012

La jouissance selon Colette

Fichier:SidonieGabrielleColette.jpegVous venez d’achever vos dernières indigestions de 2011, et vous vous dites que non, vous ne mangerez plus. Plus jamais de gros repas, plus jamais de viandes en sauce, plus jamais rien du tout. Sans compter que mincir fait partie de vos résolutions 2012...

Pourtant, c’est que vous n’avez pas (re)lu Colette, surtout pas ses articles publiés dans le magazine Marie-Claire de 1938 à 1940.  Une dizaine d’entre eux sont réunis dans les Carnets de L’Herne. Le premier, qui donne son titre au recueil: «J’aime être gourmande». Elle y note ses impressions, prodigue ses conseils, même livre ses recettes.

«On naît gourmet, y écrit-elle. Le vrai gourmet est celui qui se délecte d’une tartine de beurre comme d’un homard grillé, si le beurre est fin et le pain bien pétri. Il y a beau temps que je n’ai plus chez moi de cuisinière experte… Mais je n’ai renoncé à rien de ce qui contente le palais, partant, le cerveau. En fait de "plats préférés", je préfère... tout ce qui est bon, tout ce qui fait de l'heure des repas une petite fête des papilles et de l'esprit. (...) Un jour, la viande est à l’honneur, sous ses formes les moins nocives, saisie sur la braise, poivrée de poivre frais - le noir, celui des Antilles - avec une pincée de sel écrasé, je n’ai pas dit: de sel fin. Si l’entrecôte est persillée, si elle a gardé une bordure succulente de graisse, il n’est même pas besoin de beurre».

L’extraordinaire, c’est la recette du café concierge évoqué dans Chéri (roman de Colette, que vous pouvez lire sur le site très laid mais gratuit du projet Gutenberg).

«Ayez une soupière - la petite soupière individuelle pour soupes gratinées, ou un gros bol, en porcelaine à feu. Versez-y le café au lait, sucré et dosé à votre goût. Préparez de belles tranches de pain – pain de ménage, le pain anglais ne convient pas - beurrez-les confortablement * et posez-les sur le café au lait qui ne doit pas les submerger. Il ne vous reste qu'à mettre le tout au four, d'où vous ne retirerez votre petit-déjeuner que bruni, croustillant, crevant çà et là en grosses bulles onctueuses.

Avant de rompre votre cadeau de pain recuit, jetez-y une poussière de sel. Le sel mordant le sucre, le sucre très légèrement salé, encore un grand principe que négligent nombre d'entremets, et pâtisserie parisienne, qui s'affadit, faute d'une pincée de sel. **»

Moi je ne peux pas tester la recette parce que je n’ai pas de four. Mais si vous êtes mieux équipés, allez-y - et envoyez-moi des photos. 

Sinon, pour le reste du recueil, il ne parle pas de cuisine, mais il parle néanmoins de gourmandise, ou raconte du moins le gigantesque appétit de Colette pour les mots.

* beurrer confortablement des tartines ? Est-ce que ce n’est pas le meilleur conseil de tartinage de toute la littérature?

** La phrase n’est pas très claire. «une erreur typographique a dû [s’y] glisser», précise l‘éditeur.

26/09/2011

«Les cœurs en skaï mauve»: Une histoire d’amour de la génération Loft story

 sperling.jpg

Il a troqué le carrefour Vavin pour les McDos lugubres de province. Ca ne lui réussit pas si mal. Sacha Sperling est toujours jeune (21 ans), et après le succès de son premier roman  (à 19 ans) il a toujours du talent.

Morandini, Castaldi, MTV

Il raconte avec humour et poésie, une histoire d’amour en carton pâte, dans un monde fait de la même matière. Nous sommes au XXIe siècle, Michael Jackson est mort, et Jean-Edouard a déjà dérouillé Loana dans la piscine.  Jim se rêve en cow-boy (son rêve a 50 ans de retard), Lou sur MTV. Tous deux à Los Angeles – presque des anges de la téléréalité. «Lou dit qu’elle a le numéro de Benjamin Castaldi dans son répertoire. Elle a fait ce que le producteur lui a dit. Comme une brave petite fille ambitieuse. Et puis elle prend des cours de théâtre. Elle révise les textes en regardant Morandini».

Comment tombe-t-on amoureux dans cette époque-ci? La téléréalité, cette fiction qui tente de faire croire à un peu d’authenticité, contamine le réel. On scénarise les histoires d’amour comme sur petit écran, en disant «baby». «Baby, si on se déplace assez rapidement, cape  à l’Ouest, le jour peut durer éternellement. Tu verras, les feux de position arrière se réduiront à deux points rouges sur la ligne d’horizon, et le vent nocturne finira bien par dissiper la poussière».  A défaut de rouler sur la route 66, ils roulent sur l’A13, en mangeant des chips. Et Jim raconte n’importe quoi, à sa Baby Lou. «Il ne se faisait jamais mal en tombant dans les clichés». Il lui dit qu’elle pourra devenir une star.

«Jim, dis-moi ce qu’il y a de si extraordinaire de l’autre côté.

Il regarde droit devant.

Je sais pas.

Tristesse, résignation. Il ferme les yeux.

Je ne rêverais sûrement plus, si je savais».

C’est un monde où Mercutio n’est plus un personnage de Shakespeare, mais «un mec dans un film, le mec qui crève, le black», où un barman au visage familier ne ressemble pas à une star de cinéma, un acteur d’Hollywood, mais à «un ancien lofteur». 

La téléréalité dans la réalité

Et de même qu’il y a toujours un article ou un candidat d’émission pour dire «au fait, c’était bidon», il y a bien un moment, dans les histoires d’amour de «la génération M6, des références plein le t-shirt, chewing-gum à la bouche», pour dire que le cow-boy qui la fait rêver sur les routes, «il a l’air d’un vrai beauf». «T’as envie de te retrouver dans la spirale autodestructrice d'un vrai beauf?» Comme si c’était difficile de construire une jolie histoire d’amour, dans un monde où la télévision, omniprésente, raconte des histoires d’amour en plastique. Dans la vie, on se croit dans un film. Comme ces gamins qui marchent avec un iPod sur les oreilles, et qui s’imaginent dans un clip. Cette génération a grandi en regardant des gens se faire filmer dans leur salle de bain. Leurs histoires d’amour sont infectées, construites sur des fondations aussi toc qu’un loft construit à la plaine Saint-Denis dans les studios de TF1.

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21/09/2011

Les Morues, chick lit féministe

images.jpgJ’ai rencontré Titiou en 2009 – dans ses tiroirs, elle était déjà romancière. Elle avait débarqué à Slate, où je travaillais alors, et elle avait l’air d’être différente. Pas différente «j’ai grandi en Inde», ni différente «je suis monarchiste et vous êtes tous des journalistes bobos». Elle avait l’air comme nous mais pas vraiment.

Une première raison était qu’elle n’aime pas trop travailler, et qu’elle n’aime pas trop les gens non plus, et tout à coup elle allait (temporairement) passer de pigiste sur son canapé à journaliste dans une rédaction avec des gens (nous). (Elle nous avait même dessinés. Sur le deuxième dessin, là, je suis le personnage en bas au centre. Assez ressemblant). Elle le vivait assez mal au début.

Ensuite on est tous devenus copains mais Titiou est restée un peu différente, et c’est parce qu’il y avait une deuxième raison. Elle agissait différemment en société, de la plupart des filles que je connais. Elle agissait comme s’il n’y avait pas de différence entre une fille ou un garçon. Comme si personne, dans sa famille ou dans la société, ne lui avait jamais offert de Barbie, comme si nulle part dans son inconscient, n’était inscrite l’idée que ce sont les hommes qui rapportent de l’argent à la maison, et qu’elle pourrait parler un peu moins fort, quand même, vu qu’elle n’a pas de pénis. C’est son féminisme à elle, ferme et simple, qu’elle met en scène dans son roman paru fin août, Les Morues.

Les Morues, ce sont Ema («Comme Emma Bovary, mais avec un seul m, parce que l’époque est au raccourcissement des mots, à la simplification du langage, à la rapidité» explique Titiou), Alice, Gabrielle. Trois nanas canon, forcément, mais féministes aussi. Qui ont une charte, établie dans au comptoir d’un café parisien, à grand renfort de shots. Avec des articles comme celui prohibant « les généralités anti-mec du type “les mecs, tous des connards”» ou «“je ne me masturbe que quand je suis seule depuis longtemps”. Comme si la masturbation c’était juste un pis aller en l’absence de bite». «Le penchant actuel des femmes qui consistait à systématiquement tout mettre sur le dos des hommes ne paraissait pas plus pertinent aux yeux des Morues que la tendance médiatique à plaindre ces hommes d’avoir perdu tout repère viril.»

Chick lit policièro-féministe

Les Morues a parfois des allures de chick lit, mais elle en a surtout les avantages. La légèreté du ton, le divertissement du propos, un univers dans lequel on a envie de se couler – d’autant plus que c’est un univers où, quand on est déprimé, les bulles de Nesquik claquent sous la langue.

Mais le roman a aussi des allures d’essai – avouez-le c’est rare en chick lit. Outre l’intrigue pseudo-policière sur la RGPP (eh ouais), la très juste description des joies de l’Internet, son palliatif à la solitude, son impossible anonymat, et la difficulté de devenir un adulte avec des responsabilités, Titiou raconte à quel point c’est compliqué d’être une femme aujourd’hui.

«Moi j’ai été élevée dans un système matriarcal, un peu avec l’idée que les filles sont plus intelligentes que les garçons, les garçons ont un peu du mal à se concentrer, un peu comme des chiens. Alors que les filles sont intelligentes, elles lisent, elles sont cultivées». Elle ne rit pas vraiment mais un peu, c’est son ton acide. «Enfin un système complètement sexiste quoi», qu'elle a rétabli de façon plus égalitaire dans sa tête, en grandissant.

On ne voudrait pas faire de la psychologie de comptoir, mais cette enfance, ça pue l’absence de père? «Mon père est fou. Il était un peu trafiquant de drogues, un peu en prison, un peu en Inde pour des rites initiatiques. Il ne s’intéresse qu’à lui et à Dieu. Il est persuadé que je suis née par l’opération du Saint-Esprit. Alors que ma mère est anti-religion à mort». Devinez quel côté elle a choisi.  

Mais même quand une fille grandit dans un système lui permettant de comprendre qu’elle vaut bien un garçon, encore faut-il trouver un garçon qui la laisse se vivre comme telle.

Prenez Blester. Un mec assez cool, avec lequel Ema travaille et fait des vannes. Jusqu’au jour où il lui dit «Très jolie ta nouvelle robe. Ceci n’est pas une vanne». «S’en était suivie pendant quelques jours une montée en puissance sur le thème je te fais des compliments, on est de plus en plus gentils, on flirte, on s’allume, on se lance des défis très spirituels du genre “pas cap de me mettre une main au cul avant la réunion” (…) Après trois sessions dans les chiottes où Ema se demandait comment elle pouvait passer de la rédaction de son article à une levrette sur la cuvette des toilettes en l’espace de deux minutes, Blester avait déclaré qu’il n’arriverait jamais à lui faire la démonstration de ses talents sexuels dans un espace de trois mètres carrés. Il avait alors lancé un nouveau défi particulièrement osé “pas cap de baiser dans un lit”». Là, ça dérape.

Parce que prendre une nana en levrette dans les toilettes, ça marche si ce n’est pas une petite amie. Si elle le devient, l’acte devient dégradant. «La maman et la putain ça marche toujours, sur notre génération comme sur les précédents, juge l’auteure. C’est ce qui m’intéresse dans leur histoire, ça commence comme un jeu de rôle autour du sexe, et c’est à partir du moment où ils sont un vrai couple que ça devient dérangeant. En tant que femme, tu es progressivement sacralisée et du coup il y a des choses qui se mettent à le déranger, à le choquer».

Une génération à construire

La génération décrite dans Les Morues est née avec des effondrements. Le mur de Berlin et celui du 11-Septembre. «Deux effondrements physiques auquel s’opposait le développement d’un espace entièrement virtuel» songe la narratrice, Ema. «Ema avait la sensation que les dix dernières années avaient bouleversé le quotidien et l’exceptionnel, le particulier et le général bien plus profondément que les décennies précédentes» écrit Titiou.

Comme son héroïne, elle explique qu’«il y a tout à refaire, c’est beaucoup plus compliqué que lorsque l’on avait des rapports beaucoup plus figés, beaucoup plus normés. On a moins de repères mais c’est cool, on peut en créer de nouveaux».

 

Les Morues, de Titiou Lecoq, au Diable Vauvert

19/09/2011

David Foenkinos, les souvenirs, la mémoire, et l'entre deux

lessouvenirs.jpgQuand il était plus jeune, David Foenkinos a été vieux. A 16 ans il a été victime d’une grave maladie cardiaque réservée aux sexagénaires. Personne de son âge n’avait jamais été atteint de cette maladie. A l’époque, la SNCF lui avait-même envoyé une lettre le remerciant d’avoir souscrit à une carte senior. Une anomalie étonnante.

Puis Foenkinos a guéri, il est redevenu jeune, mais la vieillesse est restée dans un coin de sa tête, et elle est devenue cette année un roman: Les Souvenirs (Gallimard). Il y cite René Char: «vivre c’est s’obstiner à achever un souvenir». 

Dans la salle d’attente de la mort

L’histoire est celle d’un jeune écrivain en devenir (un Antoine Doinel cru 2011) qui voit sa grand-mère vieillir, mise dans une maison de retraite, «salle d’attente de la mort». Elle fugue. Lui la cherche et goûte à l’angoisse vertigineuse du vieillissement, «Est-ce que le désir meurt? Deviendrai-je un jour insensible à la sensualité?».

Foenkinos, gentiment moralisateur, interroge aussi le franchissement de la décrépitude, le moment où l’on place les gens dans la case de la vieillesse – voire dans la suivante. Le roman est entrecoupé de jolis interludes: des souvenirs, de personnages, de gens illustres. L’un d’entre eux est attribué à l’écrivain Francis Scott Fitzgerald. Alors qu’il vit isolé dans la misère, il apprend qu’une troupe joue une pièce tirée de l’un de ses romans. Il va la voir répéter. Les acteurs ne le reconnaissent pas. Il se présente. Une jeune femme lance: «Mais on pensait que vous étiez mort».

C’est drôle, cette façon que Foenkinos a de mêler les mots et la mort. Lui qui a appris à aimer la littérature quand il était vieux à 16 ans, allongé sur son lit d’hôpital. Ecrire un roman pour collecter les souvenirs par les mots, alors que justement quand les vieux trottinent vers la mort, l’un des signes les plus sûrs est la conversation qui s’étiole avec eux. De quoi parler à quelqu’un qui va mourir bientôt? Et en même temps, toutes ces choses qu’il faut dire, pour ne pas se retrouver comme le narrateur baigné dans les regrets vis-à-vis de son grand-père, mort avant la fugueuse grand-mère: «Je voulais dire à mon grand-père que je l’aimais, mais je n’y suis pas parvenu».

PS : Après lecture du roman, je crois que mes parents, le temps venu, échapperont à toute maison de retraite. Ils pourront remercier David Foenkinos. 

David Foenkinos, Les Souvenirs, Gallimard (286 pages)

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04/09/2011

La légitimité de la souffrance

pingeot.jpgC’est l’histoire d’un garçon traumatisé par la Shoah. Mais il est né bien après la Shoah, et il n’est pas juif. Seulement un soir, il est tombé sur Nuit et Brouillard à la télévision. Ses parents n’étaient pas là, la baby-sitter australienne était au téléphone, et il est resté seul, devant les squelettes et les fosses, et il a vu l’inhumanité dont l’humanité était capable. Il n’a pas réussi à continuer à vivre ensuite. Comment reste-t-on homme, quand être homme signifie pouvoir infliger, ou subir la Shoah?


Mazarine Pingeot raconte dans Pour Mémoire, un très court, très juste, très nécessaire roman,  le traumatisme de l’Holocauste pour ceux qui ne l’ont pas vécu, ceux dont la souffrance n’est pas «légitimée» par leur histoire personnelle.

Le droit de souffrir

«Tu n’es pas juif. Tu n’es pas un déporté. Tu n’es pas un rescapé. Tu es illégitime et tu en as conscience.
Alors, de quoi te mêles-tu? (…) De quel droit fonds-tu ton histoire à la leur ? Est-ce par arrogance que tu désires la faire tienne, cette souffrance qui écrase l’humanité entière en même temps que toi-même?» Le petit personnage de Mazarine Pingeot s’interroge et tombe dans l’anorexie mentale.

Il veut comprendre ce que les déportés ont vécu. Il veut comprendre la faim, l’aliénation du corps. Il ne s’alimente plus il ne peut plus marcher. Il veut répondre à la question qui brûle la génération d’après. Celle qui n’a pas idée de la souffrance de la Deuxième Guerre mondiale, celle dont les parents même sont nés après. Mais celle sur laquelle le traumatisme pèse néanmoins. C’était comment?

La souffrance raisonnable

A-t-on même le droit de souffrir après la souffrance ultime que la Shoah a infligé à l’humanité? A-t-on le droit de souffrir alors qu’aucun des membres de sa famille n’a jamais été déporté, et que l’on n’est même pas juif?

Mazarine Pingeot écrit ce que la génération de l’«après» vit avec douleur et culpabilité. «Tu aurais des raisons valables de souffrir (…) assurément on t’aurait pris dans les bras, on t’aurait aimé. Mais on te délaisse car tu n’as aucune raison apparente de souffrir».

Crime contre l’humanité

La génération de l’après vit ainsi sans s’arroger le droit de dire qu’un peu d’elle-même a disparu aussi dans les camps. Que l’horreur ne disparaît pas avec les déportés. Cela implique que la douleur n’est pas du tout terminée. Cela implique aussi que le devoir de mémoire est encore sauf.

Le narrateur dit: «Est-ce que ça ne s’appelle pas un crime contre l’humanité? Vous êtes concerné, je suis concerné, ils sont tous concernés même s’ils ne le savent pas».

 

Pour Mémoire, Mazarine Pingeot, Julliard. (96 pages)

31/01/2011

Pierre Stasse: «Je voyageais dans l'ignorance»

LE QUESTIONNAIRE SUR HÔTEL ARGENTINA

Hotel_Argentina.jpg«Je voyageais dans l'ignorance». Comment est venue cette première phrase?
J'ai besoin de trouver ma première phrase comme du début d'une pelote, pour ensuite tirer le fil et écrire la suite. Je ne peux pas écrire quand je n'ai pas la première phrase - que j'aime concise, aiguisée. Et au moment où j'ai écris le livre, cette phrase correspondait exactement à mon état personnel. Je partais en Argentine comme le narrateur. Ensuite tout le roman n'a rien à voir avec moi.


Pourquoi cet exergue de Camus? «Je n'ai plus de patience en réserve pour cette Europe où l'automne a le visage du printemps et le printemps l'odeur de misère. Mais j'imagine avec délices cet autre pays où l'été écrase tout, où les pluies d'hiver noient les villes et où, enfin, les choses sont ce qu'elles sont.» (Acte II, scène 1 du Malentendu)

A la toute fin de l'écriture du livre, je tombe sur cette phrase du Malentendu. Et c'est un vrai choc. Je trouvai un écho incroyable à mon histoire. Je n'ai pas la prétention d'être à la hauteur de Camus en mettant le Malentendu en exergue. Mais je crois assez peu aux coïncidences, et tomber sur cette phrase, en finissant l'écriture du livre, ça l'a imposée comme exergue.

Pourquoi et pour qui avez-vous écrit ce livre?
Pour qui je ne saurais pas vous dire. Je crois que c'est Bergson qui disait qu'on n'est jamais obligé d'écrire un livre. Je suis assez d'accord. Sauf peut-être quand on a subi un traumatisme. Moi j'écris parce que ça fait écho à une peur du vide, ou un questionnement permanent. Je peux ne pas écrire. Mais je me retrouve à gamberger sur les sujets qui se retrouvent dans mes livres. Et puis tu as envie de partager un regard avec les gens qui te liront. A un moment ou à un autre, même inconsciemment, tu écris parce que tu as un désir que tes proches comprennent la façon dont tu réfléchis.

En combien de temps avez-vous écrit le roman?
J'ai un premier jet assez rapide, frénétique. J'écrivais jour et nuit sur des cahiers d'écoliers. J'ai d'abord écrit à Buenos Aires; j'y suis resté deux mois. Ensuite, en rentrant, j'ai peaufiné. L'éditeur m'a très peu demandé de corrections. Si je m'écoutais, je réécrirais sans fin, mais il faut bien rendre le livre à un moment donné, passer à autre chose.

Vous avez des rituels d'écriture?
J'ai besoin d'un bon stylo. C'est con hein? Et j'ai besoin de m'isoler. Je peux pas écrire si je sais que dans vingt minutes il se passe un truc.

Avez-vous écouté une musique particulière en l'écrivant? En avez-vous une à conseiller en le lisant?
Je ne peux pas écouter de musique en écrivant parce que pendant que j'écris, je lis ce que j'écris. C'est déjà un peu le bordel dans ma tête sans qu'il y ait de bruit autour. Mais une BO qui ressemblerait à mon livre, ce serait Antony and the Johnsons ou un groupe français qui s'appelle Coming soon.

Si votre livre devenait un film, par qui voudriez-vous le voir réalisé?
Quand j'écrivais, une amie m'a fait découvrir les films de Tarkovski. C'est bordellique chez lui, non? Je crois que ça correspondrait bien à mon livre.

Quel livre auriez-vous voulu écrire?
Je peux en citer trois? Eureka Street, En attendant les barbares, et Le Livre de ma mère. Mais il y en a plein! Ce sont des livres qui évoluent sur une autre sphère. Jamais je ne pourrai écrire comme ça. Ce sont trois livres qui ne te donnent pas une version simplifiée de l'homme. Tu sors de leurs livres plus sensibles.

Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?
Je reviens de Birmanie, et je lisais Une histoire birmane d'Orwell. Il l'a écrit en 1934. [C'est le premier roman de George Orwell, l'auteur de 1984 et de La Ferme des animaux.]

Vous aimez parler de vos livres?
Je trouve que je me dessers beaucoup, en fait, quand j'en parle. C'est dur de bien parler de ses livres. En revanche je peux en débattre si quelqu'un fait une interprétation avec laquelle je ne suis pas d'accord. Parfois les gens ont des interprétations que je ne comprends pas. Mais parfois les lecteurs voient des choses que je n'avais pas vu. C'est le sentiment le plus incroyable. C'est un plaisir fantastique. Indépendamment du fait que ça veut dire que le type m'a lu! Ce qui est déjà super...

Pierre Stasse, l'imperfection talentueuse

Ci-dessous, la rencontre avec l'auteur. Là: le questionnaire sur le livre.

Pierre Stasse pourrait être arrogant. C'est certainement la thèse accréditée quand on voit ce jeune homme de 24 ans au vague air de Florian Zeller. C'est probablement aussi ce que l'on imagine, lorsque l'on sait que ses parents se sont rencontrés à l'Elysée, quand l'une était l'attachée de presse de François Mitterrand, et que l'autre était son conseiller économique. Attablé au café des Editeurs, dans le 6e arrondissement, il est dans son élément.

Son attitude pourtant, dément l'arrogance. Bonnet gris enfoncé sur la tête, il parle bas et boit son thé. Il reçoit des textos, des demandes d'interviews. Entre ça et l'école du barreau qu'il fait pour devenir avocat, son emploi du temps transpire. «Depuis que je suis rentré de vacances, c'est l'effervescence». Il s'apprête à dire que c'est bon signe mais se ravise et touche du bois.

Se regarder écrire

Son premier roman, Les Restes de Jean-Jacques, pouvait aussi jeter un soupçon d'arrogance: des phrases trop alambiquées, et une intrigue trop évanescente. Mais il confesse: «Je crois que j'ai perdu ce truc de «se regarder écrire». De nouveau, il touche du bois.

Hôtel Argentina est l'histoire d'un voyage. C'est le voyage en Argentine de Simon Koëtels, qui a besoin d'échapper à la morosité de sa vie d'adulte naissant. Le début est un peu lent. (Ne pas oublier les droits imprescriptibles du lecteur, parmi lesquels celui de sauter des pages). Et puis le jeune homme découvre Buenos Aires. Dans une ville mi-réelle (les noms des rues, des quartiers, les quelques repères historiques le soulignent) mi-rêvée, il s'installe dans un hôtel tenu par un frère et une sœur, Natacha et Estban Menger, qui font de lui un hôte de première importance.

La découverte de cet hôtel a quelque chose de la découverte du grand Meaulnes, s'introduisant dans un château mystérieux, dans le roman d'Alain-Fournier. Elle a aussi quelque chose du réalisme magique de la littérature latino-américaine. Simon Koettels s'enfonce dans une famille compliquée. Les chambres de l'hôtel ne sont pas innocemment décorées de Picasso.

Pierre Stasse parvient à inventer un voyage moderne en périple d'un autre temps. On en vient presque à croire que le narrateur est allé à Buenos Aires en paquebot. Le roman a les travers de cette nostalgie (des phrases parfois trop longues, ampoulées - dont on se demande si l'auteur lui-même sait bien ce qu'elles veulent dire). Mais ses qualités aussi, immenses, oniriques. «Je me moque de la perfection» - c'est le personnage d'Esteban Menger qui le dit.

LA B.O. DU LIVRE

11/01/2011

François Bégaudeau: «Depuis vingt ans à vrai dire je n'ai plus cessé de rire»

LE QUESTIONNAIRE SUR LA BLESSURE LA VRAIE

Là: la rencontre avec François Bégaudeau.

la_blessure_begaudeau.jpeg«Depuis vingt ans à vrai dire je n'ai plus cessé de rire». Comment avez-vous choisi cette première phrase?

Ca rigole pas la première phrase. Je ne sais pas comment elle vient, mais on décide de la garder plutôt que de la choisir. Et là pour moi elle dit tout. Elle dit «depuis 20 ans» donc on pose tout de suite que ce qui s'est passé c'était en gros il y a 20 ans. Et ça met le rire immédiatement à la fin de la phrase, le rire qui va être très important, y compris à la fin du livre. Et surtout, il y a «à vrai dire» qui fait partie des expressions que l'on dit sans plus savoir ce qu'elles signifient. Cette notion de vérité, présente y compris dans le titre, je suis un peu ironique dessus. A chaque fois qu'on sursignifie à quelqu'un qu'on lui dit la vérité, c'est que probablement ce n'est pas le cas.

Pas d'exergue?

C'est un peu un principe. Les exergues je trouve ça pompeux, solennel, et je n'ai pas une conception très solennelle de la littérature. En plus c'est souvent, comme par hasard, Henry Miller et Dostoïevski. Ca m'agace de se mettre sous la tutelle de la «grande littérature». Si c'est de la grande littérature ce sera au lecteur de juger.

Pourquoi et pour qui avez-vous écrit ce livre?

J'aimerais pouvoir être lu par tout le monde. Pas quantitativement, ça ce n'est pas crucial. Mais j'aimerais surtout que tout le monde puisse me lire entre les vieux, les jeunes, les lettrés, les moins lettrés. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas.

En combien de temps avez-vous écrit ce livre?

Un an pile. En temps effectif? Je ne sais pas. Mais je bourrine vraiment, quand je m'y mets, je peux écrire douze heures par jour. J'ai commencé aux vacances de Noël, les seules vacances de l'année où il n'y a ni projos de films, ni interviews, ni copains. En trois semaines on arrive à une première mouture, en se levant à 8h, en se couchant à minuit, et en ne faisant que ça. Ensuite on retravaille.

Où est-ce que vous l'avez écrit?

A Paris, dans mon appartement, à mon bureau.

Vous avez des rituels d'écriture?

Non. Enfin j'en ai pas beaucoup. J'essaie de répondre à vos questions mais... [Il rit.] Si, j'ai toujours un café dans la main. Un truc à boire à côté. Et puis j'écris quand je peux, en fonction de mes autres activités, mes rendez-vous.

Est-ce que vous avez écouté une musique particulière en écrivant le livre? En avez-vous une à conseiller en le lisant?

Non. Il me semble qu'à un moment il y avait un morceau obsessionnel, mais je ne me souviens pas. Et sur un an, ce serait grave... Et puis je suis incapable d'écouter de la musique en écrivant ou en lisant, donc j'ai un peu de mal avec cette question.

Mais je crois que j'ai un style un peu rapide et je suis durablement marqué par le rock, et le punk rock qui est pour moi une accélération du rock. Il y a une chanson qui est citée dans La Blessure qui est un peu à l'origine du livre. Pourquoi je l'ai situé en 86 ce livre. Surtout parce qu'une chanson de Green Day s'appelle 86. Elle date de 95. Elle est dans le livre et à un moment le narrateur dit qu'elle passe dans une fête et c'est faux puisqu'elle date de 9 ans plus tard. Mais cette chanson dit «There's no return from 86»: «On ne revient pas de 86, on ne revient pas de 86, on ne revient pas de 86». J'ai toujours eu une sorte d'obsession de cette chanson: on ne revient pas de 86. C'est un peu comme ça qu'est né le livre. C'est une chanson géniale d'ailleurs. J'ai sans doute un peu écouté Green Day pendant l'écriture. J'écoute toujours un peu Green Day.

Si vous pouviez demander à n'importe quel réalisateur d'adapter votre film à l'écran, lequel serait-ce?

[Après s'être faussement inquiété que c'était avec «ce genre de questions qu'on passe pour un con».] Un naturaliste français. Il faudrait Kechiche, et puis je pense que ça lui ferait du bien. [Il rit]. J'adore Kechiche, je suis un fan absolu, pour moi c'est le plus grand cinéaste français vivant. Mais il est temps maintenant qu'il ne filme que des Blancs. Après il reviendra aux Noirs et aux Arabes et il a bien raison, mais pour là il faut qu'il filme des Blancs. [Il continue de rire.] Je vais lui envoyer mon livre!

Quel livre auriez-vous voulu écrire?

L'écrivain qui m'a le plus marqué ces derniers temps c'est Gombrowicz, un écrivain polonais qui a eu son heure de gloire et qui est un peu oublié. Il a écrit un livre qui s'appelle Cosmos et je le conseille à tout le monde. Ca me paraît très accessible. Les cent dernières pages de La Blessure qui deviennent un peu dingues doivent beaucoup à Cosmos je pense.

Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?

Michael Jackson, de Pierric Bailly. On va se rencontrer dans un festival, et je suis assez content, je pense que c'est un super écrivain. Pour l'instant il a une espèce d'étiquette genre «je parle de la jeunesse» mais je pense qu'il vaut mieux que ça. Et puis j'avais adoré Polichinelle.

Vous aimez parler de vos livres?

Oui, sans nuance. J'aime beaucoup parler de mes livres et je déteste les blaireaux qui prétendent ne pas aimer en parler. Je pense que tous les grands écrivains parlent hyper bien de leurs livres et ils adorent en parler et ils sont très précis. Il n'y a qu'à lire la correspondance de Flaubert. L'idée que quand on écrit on ne sait pas vraiment ce qu'on fait, c'est un mythe romantique.

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