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23/12/2011

Si j'étais copine avec Eva, François et Nicolas

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23 décembre. Si comme d'autres vous êtes au bureau, mais que vous avez eu un déjeuner de Noël, que pour des raisons incompréhensibles vous avez décidé de boire le mauvais vin rouge qui était sorti avec les tucs et les rillettes, votre esprit divague. Vous avez bu beaucoup de vin rouge. Et votre esprit divague donc autant. 

Allez savoir pourquoi, vous vous dites que les cadeaux pour Papa et Maman c'est bon, pour Pauline et Jérémie, c'est réglé. Reste à trouver un chien pour François K, mais on se débrouillera. Mais les politiques, hein? Ils n'ont pas eu le temps de faire de liste, occupés qu'ils sont à parfaire leur accent, à inventer des programmes, à expulser les étudiants immigrés. Pas de cadeau pour eux donc? Pour leurs proches qui voudraient les aider, petite liste. 

Pour François Hollande

François, toi qui voudrais qu’en 2012, les Français élisent un candidat normal, demande au Père Noël le premier tome des Œuvres Complètes de Canguilhem, qui paraît chez Vrin. Ce sont tous les textes écrits par le philosophe et scientifique de 1926 à 1939. Soit avant qu’il ne soutienne en 1943, sa thèse de médecine intitulée «Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique» qui deviendra en 66 Le Normal et le Pathologique. Dedans, Canguilhem explique que «le normal, c’est à la fois l’extension et l’exhibition de la norme. Il multiplie la règle en même temps qu’il l’indique. Il requiert donc hors de lui, à côté de lui, et contre lui, tout ce qui lui échappe encore. Une norme tire son sens, sa fonction, et sa valeur, du fait de l’existence en dehors d’elle de ce qui ne répond pas à l’exigence qu’elle sert.» Canguilhem explique que tout ce que la norme n’inclut pas, elle l’exclut, que tout ce qui n’est pas normal est nécessairement anormal - qu’il peut donc s’agir de porter un jugement d’exclusion. Que, cher François, tu ferais bien de faire gaffe aux mots que tu emploies. Mais en attendant d’arriver à ce tome-là, tu peux lire le premier. Il paraît que tu ne lis pas de roman, tu l'as dit ici. Donc on a choisi un truc à ta mesure.

000989999.jpgPour Eva Joly

J'aurais pu choisir un cadeau xénophobe, genre un dictionnaire, mais la xénophobie, je trouve ça so 2007. Tu devrais simplement demander le dernier roman de Jonathan Franzen, Freedom. Jonathan Franzen est un amoureux des oiseaux, ce qui l'a fait s'intéresser de près à la Nature et à l'état du monde dans lequel on vit. C'est une préoccupation pour toi ça non? Il a bien essayé de ne pas s'y intéresser. Il l'a expliqué dans un article du New York Times. «Je suis tombée amoureuse des oiseaux. Non sans une résistance importante, parce qu'être un ornithologue amateur manque vraiment de coolitude (...). Mais petit à petit, en dépit de moi-même, j'ai développé cette passion». Dans Freedom, Franzen met donc en scène des environnementalistes en qui se demandent comment servir leur cause, communiquer, comment créer un monde meilleur. Et éventuellement comment ne pas sacrifier les humains au passage. Mais surtout, Eva, c'est un roman d'amour et d'amitiés magnifiques, un «roman-monde» qui va te faire oublier deux secondes la vraie vie. Et tu en as bien besoin en ce moment non?

Pour Nicolas Sarkozy

Cher président, tu as droit à deux cadeaux. C'est normal, il faut bien qu'être président serve à quelque chose. 

Le premier, c'est le livre de Philippe Pozzo di Borgo, l'auteur de l'histoire vraie qui a inspiré le film d'Intouchables. Comme tu es fan, je me suis dit... 

Mais il paraît que tu es devenu un grand lecteur, un seul livre ne te suffira pas. Il paraît que tu intimes tes ministres de te jeter sur Limonov, que tu adules Céline. Finalement, cette histoire de Princesse de Clèves, c'était un grand malentendu? J'ai une vague crainte parfois, je me demande si tu sais pourquoi lire. Je veux dire, est-ce que par hasard ce serait seulement pour changer ton image, et te faire réélire?

Dans le doute, tu devrais te faire offrir Pourquoi lire de Charles Dantzig, paru en poche en novembre. Dantzig y écrit qu'on «on lit pour comprendre le monde, on lit pour se comprendre soi-même. Si on est un peu généreux, il arrive qu'on lise aussi pour comprendre l'auteur. Je crois que cela n'arrive qu'aux plus grands lecteurs, une fois qu'ils ont assouvi les deux premiers besoins, la compréhension du monde et la compréhension d'eux-mêmes. Lire fait chanter les momies, mais on ne lit pas pour cela. On ne lit pas pour le livre, on lit pour soi». Il aurait autant pu écrire «On ne lit pas pour l'image, on lit pour soi.»

Bonus pour Georges Tron

Georges, j'espère que tous tes amis n'auront pas la même idée... Mais il se trouve que Jean-Marie Le Clézio a publié cet automne Histoire du Pied et autres fantaisies. Et en plus ce livre, recueil de nouvelles, raconte des histoire de femmes. Tu peux être fier, c'est presque comme si un Nobel de littérature avait écrit un livre rien que pour toi.

(Image Flickr/Shuttertacks)

20/09/2011

Jonathan Franzen à Paris. Mangeons des fraises.

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Ironie de l'actualité culturelle. Jonathan Franzen était à Paris lundi soir, au théâtre de l'Odéon, pour une courte interview publique - il était interrogé par Nelly Kapriélian - et une lecture. Il a lu en anglais (un peu trop vite) et Charlotte Rampling a lu en français. Alors que Tristane Banon finissait de s'exprimer dans le Grand Journal, sur l'affaire DSK et la tentative de viol dont elle l'accuse, Charlotte Rampling lisait un extrait consacré au viol dont Patty, héroïne du chef d'oeuvre de Franzen, est victime. Elle est alors lycéenne.

«Pour ne pas réveiller sa petite soeur, [Patty] alla pleurer dans la douche. Ce fut, sans exagération aucune, le moment le plus misérable de sa vie. Aujourd'hui encore, quand elle pense aux gens qui sont opprimés dans le monde ou à ceux qui sont victimes d'injustices, quand elle pense à ce qu'ils doivent ressentir, son esprit revient toujours sur ce moment-là. [...]

«La coach appela chez Patty et parla à sa mère qui, comme toujours, essouflée et prête à partir pour une réunion et n'avait donc ni le temps de parler, ni les ressources morales nécessaires pour admettre qu'elle n'avait pas le temps de parler; et donc la coach, dans le téléphone beige du Département d'éducation physique, prononça ces paroles indélébiles: "votre fille vient de me dire qu'elle avait été violée hier soir par un garçon du nom d'Ethan Post." La coach écouta ensuite pendant une minute et dit, "Non, elle vient juste de me le dire... Oui, c'est ça... Hier soir, oui... Oui, elle est là." Puis elle tendit le téléphone à Patty. 

«Patty? dit sa mère. Tu vas... bien?

- Oui, ça va. 

- Mrs Nagel me dit qu'il y a eu un incident hier soir?

- L'incident, c'est que j'ai été violée.»

*****

Mais bon, la fiction n'est pas la réalité, et chez Franzen, tout est drôle même le viol - pas poilant hein, mais subtil, ironique, vous arachant un sourire en même temps qu'un «rho» réprobateur. 

C'est quoi cette fraise?

Avant les lectures, il y a eu quelques questions/réponses.  A Nelly Kapriélian qui lui a demandé comment définir son roman, puisqu'il refusait de dire que c'était un roman sur la famille, sur l'Amérique, ou sur la liberté, il a répondu en racontant une anecdote. 

«Parfois je suis en avion, et j'essaie de ne pas parler à mon voisin, parce que je crains toujours que l'on me demande "que faites-vous?". Mais occasionnellement, cela arrive, alors que répond que j'écris. Des romans? me demande mon voisin. Oui. Des romans inventés? [Euh, là je ne dis pas que les romans sont par essence inventés, c'est ce qui les définit] je dis "tout à fait". Et là on me demande, quel genre de romans? Et je ne sais pas répondre à cette question. (...) Les thèmes sont simplistes. J'essaie surtout d'écrire une histoire que les lecteurs auront envie de lire. Et si l'on me demande de quoi parle ce roman, la réponse est si honnête, si concrète, que je peux à peine le dire: c'est l'histoire de quatre personnes. Quatre personnages que j'ai passé dix ans de ma vie à construire, c'est tout. Demander "de quoi parle ce roman?", c'est comme dire, "c'est quoi cette fraise?"»
PS: On devrait faire plus de lectures d'écrivains contemporains dans les théâtres. C'est génial, en France on en fait très peu, aux Etats-Unis c'est très courant.
PS 2: Plus je repense à Freedom, plus j'aime ce livre.
PS 3: Sur la photo, le point blanc à gauche, c'est Charlotte Rampling, le point blanc à droite, c'est Jonathan Franzen. Le coupable de la photo c'est l'iPhone. Et un peu moi. Mais surtout l'iPhone. 
 
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