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31/08/2011

Avez-vous déjà rêvé de tuer votre épouse?

Adam Ross 2 (c) Hannah Assouline - éd 10-18.JPGPour tuer votre épouse, et commettre le meurtre parfait, mieux vaut que celle-ci soit dépressive. Si en plus elle est allergique à un aliment, c'est la combinaison parfaite. Les arachides, par exemple? Asseyez-la alors à une table, un bol de cacahuètes devant elle. Cachez son injecteur (pour son traitement) dans sa chambre. Et enfoncez-lui les cacahuètes dans la gorge. Il ne faudra que quelques instants pour qu'elle soit consumée par une mort douloureuse. Quand la police interviendra, et que vous serez le seul témoin, des traces d'arachides sur les doigts, vous direz qu'elle s'est suicidée aux cacahuètes, qu'elle avait caché son auto-injecteur d'épinéphrine, et que vous avez tenté en vain de la sauver, en plongeant vos doigts dans sa gorge pour lui faire recracher le poison.

C'est le meurtre parfait que commet David Pepin, l’un des trois héros du thriller oléagineux, excitant et ambitieux d'Adam Ross, Mr Peanut. A moins que son épouse Alisson ne se soit réellement suicidée? Ou que tout ça n’ait été qu’un rêve? La question n'est pas tellement là. Derrière l'enquête policière, celle véritablement menée par Adam Ross - qui jure ne penser que «très rarement» à tuer son épouse - c'est de savoir comment survivre au mariage.

Ne niez pas vos pulsions meurtrières…

«Je pense que tout le monde se demande, à un moment ou un autre: et si ma femme mourait? Et tout le monde aimerait parfois que cela se produise, mais sans ressentir la culpabilité liée au meurtre. Quand on est avec quelqu’un depuis des années, on se sent responsable du bonheur de cette personne, et de son malheur à d’autres moments. Je crois que l’on rêve parfois d’être soulagé de cette responsabilité». Ces pulsions meurtrières sont très présentes, selon Adam Ross. «Je ne crois pas que le livre aurait si bien marché, dans autant de pays, s’il n’avait pas touché une corde sensible», souligne-t-il.

Pour raconter les affres du mariage, Adam Ross a décidé d’imbriquer trois histoires. Celle de Pepin, fou de sa femme dépressive et obsédé par sa mort. Celle du détective Ward Hastroll, qui enquête sur la mort d’Alisson Pepin, et subit la dépression de sa propre femme. Celle de Sam Sheppard – ce célèbre chirurgien accusé du meurtre de sa femme, qui devient sous la plume de Ross, détective, après l’affaire.

«J’aime dire que Mr Peanut, c’est l’histoire d’un mariage qui raconte l’histoire de trois mariages ou bien celle de trois mariages qui en racontent un seul. Les deux inspecteurs et le suspect se découvrent des similitudes». Et en regardant son mariage à travers ses avatars (ou ses simulacres?), David Pepin essaie de mieux comprendre son propre mariage.

Qu’est-ce qu’on aime, quand on aime quelqu’un?

Ce qu’il y a à comprendre? Qui est l’autre par exemple. Annonçons-le d’emblée, Adam Ross n’a pas la réponse. Mais l’interrogation est celle de Paul Ricoeur dans Soi-même comme un autre par exemple. Comment le soi se maintient-il et se reconnaît-il dans le temps? Vous épousez une femme mince, qui prend 50 kilos, ou une femme grosse, dont vous aimez le poids, qui devient obsédée par l’idée de mincir? Est-ce toujours la même femme? C’est ce que cherchent à comprendre les protagonistes du roman, mariés à des femmes qu’ils ne reconnaissent plus, et qu’ils aiment pourtant. «J’ai un ami qui était marié à une femme atteinte de troubles bipolaires, raconte Adam Ross. C’était  une femme brillante, bardée de diplômes. Aujourd’hui, c’est littéralement devenue une clocharde. Son comportement était devenu si incontrôlable, si destructeur, que son mari a été obligé de la quitter. Elle vivait dans la rue. Vous imaginez la culpabilité quand vous abandonnez quelqu’un comme ça? Mais elle n’était plus celle qu’il avait épousée.

Les gens changent, à des niveaux différents. Ce que chacun devient, le couple ne le devient pas forcément». C’est aussi ce qu’évoque Pascal dans ses Pensées quand il interroge: «Celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté l’aime-t-il? Non, car la petite vérole qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu’il ne l’aimera plus. Et si on m’aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m’aime-t-on moi? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s’il n’est ni dans le corps ni dans l’âme?»

Roman hitchcockien

Mr Peanut, c’est du Ricoeur et du Pascal, mais c’est aussi surtout du Hitchcock. Dans les détails: les noms des lieux, des personnages (Ward Hastroll est l’anagramme de Lars Thorwald, personnage de Fenêtre sur Cour). «J’ai aussi volé des morceaux de dialogues entiers», se réjouit l’auteur. Mais surtout dans l’alliance du thriller et de la dimension psychologique.

«Dans les films d’Hitchcock, beaucoup de protagonistes projettent sur les femmes, qui leur demeurent inconnues, leurs fantasmes et leurs propres désirs. Dans Vertigo, Scottie, le personnage du détective, tombe amoureux d’une femme dont il pense que c’est l’épouse d’un ancien ami d’école, Gavin Elster. Elle se suicide, il a le cœur brisé. Il tombe amoureux d’une autre femme ensuite, parce qu’elle ressemble à la première. Il se trouve que c’est la première. Que la première ne s’est jamais suicidée. Et qu’elle n’a jamais été mariée à l’ancien ami d’école non plus; car Galvin Ester avait tué sa femme et embauché une autre pour jouer le suicide et avoir ainsi un témoin – un témoin détective qui plus est. De qui Scottie tombe-t-il amoureux sinon de quelque chose en lui-même, qu’il projette? La femme aimée est fantasmée». Peut-être les personnages d’Adam le sont-ils aussi. Le plaisir de les lire, non.

 

Mr Peanut, Adam Ross, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Baptiste Dupin, chez 10/18 (508 pages - mais qui valent le coup)

02/05/2011

Jess Walter: Manuel pour se marrer avec la crise économique

jess_walter.JPGLA RENCONTRE

Le manuel est simple à suivre, il tient en un seul commandement: lire La Vie financière des poètes, de Jess Walter. Cet écrivain (ex-journaliste qui a laissé tombé les journaux il y a dix-sept ans), et qui est aussi drôle que ses livres (ce qui n'est pas toujours le cas, disons-le) a vu ses potes, dans les années 90, quitter leur boulot pour aller monter des sites web. Quelle idée saugrenue. Chose plus saugrenue encore: ils sont nombreux à être devenus millionnaires, selon Walter. Mais lui ne comprenait pas... «J'étais un peu envieux, la plupart de leurs idées n'avaient aucun sens pour moi et pourtant ça marchait. Du coup j'avais envie que mon personnage ait cette envie aussi, de créer un site. Mais le truc le plus ridicule qui soit. Et que cette fois-ci, le ridicule ne lui réussisse pas».

Donc il a eu cette idée: raconter l'histoire d'un journaliste, Matt, qui monterait un site de poésie consacré à la finance. «C'était pousser la limite du ridicule, en restant dans la limite du réaliste. Poétiser la finance...» Sauf que ça ne fonctionne pas. La crise financière lui tombe dessus, sur lui, sa famille, son emprunt bancaire. Pour s’en sortir, il essaie de se reconvertir dans le trafic de drogue (douce) pour payer sa banque et l'école privée de ses gamins. Véridique.

C'est un mélange de Weeds et de Breaking Bad, et de Nick Hornby, trempé dans l'humour noir, avec des titres de chapitre comme «Dave le dealer veut examiner mon cul», des phrases comme «ce type aime le journalisme comme les pédophiles aiment les enfants». Et la chronologie suivante pour expliquer le déclin de la presse: «Années 50: La télé arrive et il s'avère que la plupart des gens préfèrent recevoir les nouvelles lues par un type avec des cheveux en plastique moulé, qui fume une cigarette. Années 60: l'évolution et de meilleurs habitudes alimentaires font qu'un premier père arrête cesse de lire le journal aux toilettes... comme le premier poisson qui marcha sur terre»

[En vrai, je pense surtout que la lecture aux toilettes s'est féminisée, que ce n'est plus réservé aux pères. Tant mieux.]

Jess Walter restitue formidablement bien l'Amérique en crise (que je connais pour de vrai, je suis allée passée six mois dans le Missouri. Comment ça c'est où le Missouri? C'est là) et il en rit. Il dit que c'est son côté journaliste. «Je crois que trouver la crise économique risible, cela vient de mon passé de reporter, m'a-t-il expliqué: rire des tragédies, c'est une chose que l'on fait quand on est journaliste, on est obligé de créer une distance. Et je ris sans cesse de ce que je ne devrais pas. J'ai un humour noir. Je regarde CNBC, j'écoute NPR, et je me marre. Et nous-mêmes nous avons vécu brièvement les problèmes que vit Matt et sa famille. Ma femme a été au chômage un moment, ma maison a perdu un tiers de sa valeur... Il faut pouvoir rire de soi-même».

Le monsieur cramoisi et Leopardi

Mais ce roman raconte aussi, en pointillés, ce qu'est un monde de chiffres (un monde réglé par la finance) dans lequel la poésie n'a plus cours. Quelle idée risible, n'est-ce pas, que de faire de la poésie avec la finance? Parce que les chiffres ce sont des choses sérieuses. Comme sur la planète du monsieur cramoisi, qui n’a jamais respiré une fleur, jamais regardé une étoile, jamais rien fait d’autre que des additions. (Moyennant quoi, le monsieur cramoisi «n’est pas un homme, c’est un champignon!»)

Ce roman raconte l'importance des mots, face aux chiffres. Un peu comme quand Leopardi (poète, génial) craignait déjà, au XIXè siècle, dans son pessimisme de poète, que la poésie disparaisse. Il mettait face à face le langage scientifique, fait de mots arides alors appelés termes, et la poésie. Le premier éveille «dans notre esprit l’idée la plus isolée, la plus solitaire et circonscrite qui soit; tandis que la beauté du discours et de la poésie consiste à susciter en nous des groupes d’idées et à faire errer notre esprit parmi la multitude des conceptions, dans ce qu’elles ont de vague, de confus, d’indéfini et d’indéterminé». «La raison est ennemie, dans les événements humains, de presque toutes les grandeurs».

Si Leopardi avait du mal avec le langage scientifique, imaginez-le face à la crise financière. Quelle bonne idée de vouloir la poétiser. Avec humour.

LE QUESTIONNAIRE

«Et derrière le comptoir, Rahjiv, toujours patient, croise mon regard, les paupières à demi baissées, pendant qu'il encaisse un autre ricaneur qui empeste le patchouli - Reeses's Pièces, Red Bull et tacquito au cheddar -et il pense sans doute : Ah, ces gamins, Matt... mais peut-être pas car Rahjiv ne connaît pas mon nom et je ne porte pas de badge». Pourquoi cette (longue) première phrase ?
Le roman parle de l'Amérique actuelle, donc je voulais qu'on sente son atmosphère. Et je crois qu'on la sent bien dans les 7/11 [une chaîne d'épiceries] où j'ai décidé de commencer mon livre. Tout partait d'un jeu de mot entre 7/11 et 9/11 [le 11 septembre en anglais se dit 'nine/eleven']. Mon dernier livre était sur les attentats de New York et une dame m'avait un jour demandé si mon livre parlait du 7/11, au lieu de 9/11 ... Et je me suis dit qu'elle avait raison, qu'entamer un roman dans un 7/11 était la meilleure manière de saisir l'atmosphère actuelle des Etats-Unis.

cover_walter.jpgPourquoi cet exergue de Saul Bellow: «Les poètes doivent rêver et rêver en Amérique, c'est pas du gâteau».
J'adore Saul Bellow et mon roman me faisait un peu penser au sien, Herzog: l'histoire d'un homme en conflit avec lui-même, en train de s'effondrer. J'avais vu cette citation avant, et je m'étais dit que c'était le genre de phrases complètement vraies mais qui peuvent vouloir dire tout et n'importe quoi ? Et en même temps cela parle de poésie et des difficultés en Amérique, ce qui est au centre de la vie de mon personnage, qui veut monter un site parlant de la vie financière en poésie, dans l'Amérique en crise. Je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire mais je trouve ça très beau et probablement complètement vrai.

Où avez-vous écrit votre roman ?
Dans mon bureau, sur Lake union à Seattle, et puis je voyage beaucoup. A l'inverse de mes autres livres, c'est écrit à la première personne, et au présent, et cela me semblait presque être un riff burlesque. J'en lisais des extraits lors de séances de lectures publiques, alors que je n'avais pas fini le livre. Je lisais des passages en cours d'écriture, pour voir ce que ça donnait à l'oral. Je pense que c'est un roman très oral.

Combien de temps avez-vous mis à l'écrire ?
C'était particulier, c'était comme s'il y avait une voix dans ma tête, celle du narrateur, Matt, qui écrivait toute seule. D'habitude mes livres sont beaucoup plus écrits, plus construits. Là c'est comme si je devais simplement retranscrire la voix. En août et septembre 2008 j'ai écrit les chapitres essentiels, et le reste en quatre ou cinq mois ensuite. D'habitude cela me prend environ trois ans d'écrire un livre.
J'ai dit à mon ami Richard Russo que ça avait été un livre très facile, très rapide à écrire. Il m'a dit que lui aussi en avait eu un très facile à écrire, qu'il l'avait dit à William Kennedy qui avait répondu «on n'y a le droit qu'une fois». J'ai un autre roman en cours depuis une dizaine d'années - j'imagine qu'ils se compensent.

Pourquoi/ pour qui écrivez-vous ?
J'écris... sans penser aux lecteurs franchement. Les mots s'alignent. Pour ce livre, d'une certaine manière j'étais dans l'optique de plaire aux gens, parce que l'humour de Matt suscite ça, comme quand les gens font des blagues, pour faire rire la galerie. Mais je le faisais sans penser aux lecteurs. C'est presque auto-hypnotique.
Mais de toute façon c'est une nécessité d'écrire. J'écris tous les jours, 7 jours sur 7, et en vacances... Et puis je suis un peu insomniaque, donc j'ai du temps pour ça! Je me lève à 4h30 ou 5h parfois et trente minutes plus tard je suis à mon bureau. Quand je suis dans une période fluide, je peux me lever encore plus tôt, tout excité à l'idée de continuer.
Il y a des gens qui veulent être écrivains, et d'autres qui veulent écrire. Pendant sept ans j'ai écrit des nouvelles que personne n'a publié, et je me suis prouvé que j'écrirais quoi qu'il arrive, même si personne ne voulait de mes écrits. Pour devenir écrivain, ça aide de vouloir écrire. [Il rit] Il n'y a pas tellement de gens vraiment têtus. Il faut l'être. Et puis certains partent évidemment avec une facilité: il y a des raconteurs d'histoire comme d'autres ont l'oreille absolue. Cela ne fait pas tout, mais il doit y avoir un petit truc neurologique, un petit avantage de départ.

Vous écoutez de la musique en écrivant?

J'en écoute, toujours, pas très fort, en fond sonore. Et j'épuise 20 ou 30 CD pour un roman, je les écoute en boucles, jusqu'à ne plus en pouvoir. J'ai écouté Neutral Milk Hotel pendant l'écriture de ce livre par exemple. La BO serait Fake Empire de The National. Et puis il y a une autre chanson d'un groupe dont vous n'avez jamais entendu parlé parce que ce sont mes copains: c'est un groupe qui s'appelle Missionary Position. Dans l'une de leur chanson, il y a ce vers qui dit «You used to like something about me» et j'imagine très bien le narrateur, Matt, dire ça à sa femme Lisa.

Si votre livre devait être adapté au cinéma, quel réalisateur choisiriez-vous ?

Et bien je viens de finir le script et Michael Winterbottom doit le réaliser. On cherche les fonds, mais... voilà, mon choix ce serait lui! J'adore 24 Hour Party People, et j'adore l'adaptation qu'il a faite de Tristram Shandy et visuellement, j'ai été vraiment fan de The Killer Inside me - même s'il y a des moments quasi irregardables... C'est très différent de mon livre, mais ce serait super. Et vous savez quoi? Jack Black veut jouer le rôle principal.

Il n'irait pas du tout pour le rôle.

Clairement, je ne pensais pas à lui au départ! Mais au moins cela dissuadera les gens de penser que c'est autobiographique [Jess Walter est élancé, le visage presque sévère, et les yeux bleus. Vous voyez l'idée: pas tout à fait Jack Black]. Je pensais plutôt à Jason Bateman, ou quelqu'un comme John Cusack quand il était plus jeune.. Mais il m'a fait regarder certains de ses précédents films, et il a l'air de vraiment vouloir le rôle... Pourquoi pas.

Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?

Je viens de finir 2666 de Roberto Bolaño, c'était magnifique. L'an dernier, le livre que j'ai préféré était Skippy dies, de Paul Murray. Je me rends compte que j'adore les livres qui mélangent complètement les tonalités, qui sont très drôles et tristes, et effrayants... Visit From the Goon Squad de Jennifer Egan est comme ça par exemple, Cloud Atlas de David Mitchell aussi. C'est le genre de romans qui me parlent.
J'essaie simplement de ne pas lire de livres sur le même sujet que celui que j'écris. Par exemple je ne pouvais pas regarder Weeds ou Breaking Bad pendant que j'écrivais. Ils m'avaient volé idée mon deux ans avant que je ne l'ai: c'est le pire affront!

Vous aimez parler de vos livres?

Oui. C'est terriblement réducteur. On passe des mois, le plus souvent des années, à écrire des centaines de milliers de mots, et il faut tout à coup les réduire à quelques dizaines. Mais en même temps j'adore en parler, parce qu'écrire est quelque chose de solitaire, et c'est bien de parler à des gens. Surtout s'ils les ont vraiment lu!

LA B.O. DU LIVRE

Crédit photo Jess Walter: Hannah Assouline - 10/18

09/01/2011

Jonathan Safran Foer, de la fiction à l'essai

Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux?

safranfoer.jpg

LA RENCONTRE

Jonathan Safran Foer est connu comme romancier. Notamment pour Incroyablement fort et extrêmement prèsl'un des grands romans sur le 11 septembre. Mais ce samedi de décembre, dans son hôtel du boulevard Raspail, c'est un jeune essayiste de Brooklyn qui se présente. Moins drôle que son écriture, mais tout aussi élégant, polo noir, barbe taillée, il a à son crédit trois ans de recherches sur le système américain de production de la viande, pour écrire Eating Animals. Il s'est introduit clandestinement dans des fermes industrielles, a voyagé dans tout le pays pour aller essayer de parler aux tortionnaires de dindes, aux activistes de PETA, ou encore à Frank Reese, «dernier petit éleveur de volailles». Best-seller aux Etats-Unis, en Italie et en Allemagne, Faut-il manger les animaux? en français est publié ce mois-ci. A mi-chemin entre l'essai et le récit.

Pour le fond, Jonathan  Safran Foer s'aventure sur le même terrain que quantité de documentaires déjà produits sur le sujet. Il y met cependant son talent d'écrivain, son humour. Vous n'aurez jamais trouvé les dindes aussi malheureuses que sous sa plume. Surtout, il y mêle les réflexions de philosophes ayant exploré notre rapport aux animaux pour nous montrer que la torture des animaux (avérée dans le système industriel actuel) ne fait pas de tort qu'aux animaux eux-mêmes. Mais aux hommes aussi. A notre santé, et à ce que nous sommes.

«Aujourd'hui ce qui est en jeu dans le fait de manger les animaux, [c'est] aussi notre capacité à réagir à certaines parties de notre propre être (animal). La guerre ne se déroule pas seulement entre eux et nous, mais entre nous et nous.» Et il cite Jacques Derrida qui précisait dans L'Animal que donc je suis pour évoquer «une lutte inégale, d'une guerre en cours et dont l'inégalité pourrait un jour s'inverser, entre, d'une part, ceux qui violent non seulement la vie animale mais jusqu'à ce sentiment de compassion et, d'autre part, ceux qui en appellent au témoignage irrécusable de cette pitié».

Dérangeant au point de vous emmener sur la route du végétarisme. Si, même si vous étiez féru d'entrecôte béarnaise.

«Je préfère écrire des romans»

Mais c'est peut-être le dernier essai que vous lirez du jeune écrivain. Si ce qu'il a appris l'a passionné, et s'il espère faire réfléchir ses lecteurs, il n'a pas adoré écrire le livre. «Je préfère écrire des romans, m'a-t-il expliqué. Ce qui était agréable ici, c'était de connaître mon but. Avec chaque livre, vous voulez toujours changer le lecteur, mais vous ne savez pas comment. Vous voulez changer le lecteur, le « transporter » littéralement,  parce que s'il est exactement le même à la sortie du livre, ce n'était sans doute pas un bon livre. Au moins avec un essai, hors de la fiction, on sait vers quel but on tend, on sait ce que l'on veut changer chez le lecteur. C'est réconfortant. Mais j'avais aussi le sentiment de ne plus avoir ce que j'aime le plus dans l'écriture: la liberté de faire ce que je veux, de partir dans telle ou telle direction, de changer les faits...»

Evidemment, s'il a choisi la forme de l'essai, c'est qu'il avait de bonnes raisons de s'infliger cette douleur. Non pas que la fiction soit moins puissante que la réalité: «elle l'est toujours autant, mais elle n'est pas toujours aussi appropriée, souligne-t-il. Si j'avais écrit un roman, les gens auraient pris ça pour de la science-fiction. Je voulais qu'ils sachent que par exemple les tortures que j'évoque ne viennent pas de mon imagination. Tout est vrai dans ce livre».

LA B.O. DU LIVRE

 

 

SILENCE

(Oui, bon, mais c'est un essai.)

 

20/12/2010

Une famille à la page pour Noël

(Et tout sur les goûts littéraires de ma famille)

ponti_couv.JPG

 

Une des raisons pour lesquelles Noël c'est génial (hormis le sapin, et le chocolat, et les jours de congés) c'est que vous allez avoir le temps de lire. Et votre famille aussi. Et du coup vous allez leur offrir des livres. La question, évidemment, c'est : lesquels? Voici la liste très personnelle de ce que je vais offrir à ma famille (je peux vous dévoiler parce que ma famille ne lit pas mon blog, parce qu'Internet, les ordinateurs, tout ça, c'est un peu compliqué pour eux).

 

roth.jpgPour Papa

Je vais lui offrir Indignation, de Philip Roth.

Philip Roth, c'est à peu près toujours génial, et celui-ci se lit particulièrement vite, et facilement. Ce qui est important parce que mon père travaille beaucoup, il est fatigué. Si je lui offre un essai, il y a des chances qu'il reste sur sa table de nuit (sauf si ça parle de justice, de droit, d'avocats, parce qu'il est avocat).

Indignation est surtout drôle - et offrir des livres déprimants, ce n'est pas très esprit-de-noël. Nous en sommes en 1951, les forces américaines sont engagées en Corée, Marcus Messner, fils de boucher casher, s'apprête à prendre son envol. Et à se faire tuer en Corée. (Je ne dévoile rien, on le sait très vite). Le livre raconte comment Marcus, qui voulait simplement avoir des bonnes notes à l'université, a fini sur le champ de bataille, et comment il a eu sa première fellation, ses premières rébellions, ses angoisses maladives. L'humour et le rythme rappellent Portnoy et son complexe.

PS: J'ai rencontré un type dans un aéroport en septembre, qui avait été masseur en Inde et partait être instit à Buenos Aires. Il avait adoré le livre. Donc si votre père n'est ni juif ni avocat, mais masseur ou instit, ça marche aussi.

 

Purge_Sofi_Oksanen.jpgPour Maman

Ma mère adore la littérature étrangère, elle adore apprendre des choses, et elle lit beaucoup de livres sur des histoires obscures qui se sont passées dans des pays obscurs, dans des années dont on ne se souvient même pas. Je me suis dit que Purge, de Sofi Oksanen, c'était parfait pour elle.

Le livre est très beau, la richesse du langage est assez impressionnante - et très rafraichissante. Ca fait du bien de lire des phrases qui n'existent nulle part ailleurs. Comme celle-ci: «Mais maintenant qu'il y avait dans sa cuisine une fille qui dégoulinait de peur par tous les pores sur sa toile cirée, elle était incapable de la chasser de la main comme elle aurait dû le faire, elle la laissait s'insinuer entre le papier peint et la vieille colle dans les fentes laissées par des photos cachées puis retirées.»

C'est beau non?

Donc Purge, c'est l'histoire d'une jeune femme qui débarque chez une vieille femme, en 1992, en Estonie. La jeune a les bas filés et un passé - récent - de prostituée. La vieille vit terrée dans sa maison, et terrés dans sa mémoire ses souvenirs sont aussi marqués par la violence des hommes. Ensuite s'entremêlent les questions d'histoire, de résistance, de collaboration, et d'oppression. C'est vrai que ça ne rentre pas tout à fait dans la catégorie esprit-de-Noël... Mais c'est très très beau.

 

positiondutireurcouche_tardi_manchette.jpgPour ma soeur Pauline (26 ans)

Pauline est fan de polars, et fan de BD. C'est un peu comme si Futuropolis (l'éditeur) avait pensé précisément à ma sœur en publiant La position du tireur couché. Tardi a adapté ce roman de l'auteur de polars Jean-Patrick Manchette. Il avait déjà adapté Le petit bleu de la côte ouest, il a récidivé.

Je vous présente Martin Terrier, futur ex-tueur à gages. Tardi vous fait vivre le passage de «futur»  à «ex» - passage qui ne se déroule pas exactement comme prévu.

Le dessinateur est plutôt bien placé pour adapter Manchette, ils étaient copains et ils avaient déjà travaillé ensemble. Et puis Tardi, c'est quand-même le type capable d'adapter Céline en BD, de choisir les meilleurs auteurs, de préserver la substantifique moelle, le jus, l'odeur de la poudre, le goût du glauque. C'est chouette comme cadeau.

PS: J'avoue avoir quitté l'esprit de Noël. Si j'avais voulu m'y tenir, j'aurais pu lui offrir Fragments, de Marilyn Monroe. Je trouve une ressemblance entre ma sœur et Marilyn. Le livre rassemble ses écrits intimes, sa correspondance, ses carnets. C'est très joli sur des étagères (mais ma sœur n'a plus de place sur ses étagères) et  c'est passionnant. J'aurai aussi pu offrir Fragments à mon psy, parce que l'icône s'adonne à l'auto-analyse dans une lettre au psychanalyste Ralph Greenson et c'est assez fascinant. (Mais avec ce que je paye mon psy, je pense qu'il peut se l'offrir lui-même).

Pour mon frère Jérémie (17 ans. Presque 18 préciserait-il)

claude_ponti.jpgJérémie n'aime pas lire, vous avouerez que ça complique la chose. Mais comme je suis obstinée, depuis 17 ans qu'on se connaît, je n'ai toujours pas renoncé à l'idée que ça viendrait un jour.

Il y a l'option BD. Il y a beaucoup d'images, mais aussi quelques mots, donc on y gagne tous les deux. J'aimerais bien lui offrir Largo Winch (pour le lui piquer après), mais il est plutôt manga. Du coup j'ai pensé à Quartier Lointain - qui certes date d'il y a un bon moment, mais la sortie de l'adaptation au cinéma de Sam Garbarski est l'occasion de redécouvrir l'œuvre de Jirō Taniguchi, et la transposition d'un cinquantenaire dans la peau pubère de ses quatorze ans. Une sorte de 17 ans encore en manga - et réussi.

J'ai aussi l'option «et si on faisait comme s'il n'avait pas grandi?». C'est une option que mon père a utilisée très longtemps pour nous offrir des livres dont nous avions passé l'âge, mais qu'il voulait acheter quand-même (parce que lui-même voulait les lire). Il nous a offert des Tomi Ungerer jusqu'à l'adolescence comme ça. (Confessions pré-Noël: à 15 ans j'ai donc reçu Otto, et j'étais bien contente).

Donc si je prétends que Jérémie n'a toujours pas 16 ans, je peux lui offrir Sœurs et Frères, de Claude Ponti. «Les soeurs et frè­res, si on les adôôôre, restent soeurs et frères pour toujours et pour toute la vie. De même si on les déteste, les soeurs et frères forment un groupe qu'on appelle la sorofrèrerie». C'est Claude Ponti qui le dit, dans son livre toujours plein de mots merveilleux, et de dessins merveilleux, et d'idées merveilleuses qui font que je vais pencher pour cette dernière option. J'expliquerai à Jérémie que c'est un message d'amour, pour lui dire que nous formons une sorofrèrerie qui n'a pas d'âge et ne vieillit pas. Mon frère a presque 17 ans mais il aime les messages d'amour.

Et pour me faire pardonner, je lui commanderai  le tome 7 de L'apprenti-épouvanteur, intitulé Le cauchemar de l'épouvanteur, de Joseph Delaney. Seul écrivain dont il connaît le nom, parce que «t'as vu, c'est trop bien, c'est ça qu'on devrait lire à l'école à la place de Balzac et tous ces trucs pourris». Mais comme le père Noël est de mon côté, Le cauchemar de l'épouvanteur ne sort qu'en janvier.

27/09/2010

Jay McInerney: «Tu n'es pas le genre de type à te retrouver dans un endroit pareil à une heure aussi matinale»

Jay McInerney

LA RENCONTRE

Quand j'ai rencontré Jay McInerney samedi matin, j'avais un peu le sentiment d'aller voir le Kurt Cobain de la littérature. Dans les années 80, quand son premier livre (Bright Lights Big City: Journal d'un Oiseau de Nuit) est sorti, McInerney avait décidé avec Bret Easton Ellis, qu'ils feraient de la littérature «une aventure plus sexy, plus amusante, plus rock-and-roll». Ils ont écumé les bars, trempé leur nez dans la poudre, fait les unes des magazines people, vendu des millions de livres. Ensuite ils ont un peu moins poudré leur nez et continué de publier des livres formidables. Et ils ont, en effet, rendu la littérature incandescente.

Dans le hall de l'hôtel, Jay McInerney était assis, jean, tennis et col roulé. «On va faire l'interview dans ma chambre, on sera plus au calme».

Dans sa chambre, il y a un livre de Martin Amis sur la table et des vêtements un peu partout. Il semble drôlement simple pour une rock-star de la littérature. Il parle calmement, mais s'agite sur sa chaise, et rit beaucoup. Il parle de New York. Il a été invité au festival America pour ça: dire comment on écrit sur New York, personnage et toile de fond de ses romans.

Il vit depuis plus de 30 ans à Manhattan. «Je n'avais jamais eu l'impression d'avoir eu une maison avant d'habiter New York. J'avais grandi en mcinerney_moitoutcrache.jpgbanlieue, dans différents endroits. Quand je suis arrivé à New York, j'ai trouvé ma maison et je me suis dit: c'est un endroit parfait pour un romancier.»

Il trouvait la ville excitante, elle accélérait ses pulsations cardiaques. «Il y a une sensibilité new-yorkaise: plus rapide, plus ironique. Les New-yorkais sont plus sceptiques, plus sarcastiques, plus rapides dans leurs perceptions et leurs jugements, que les autres.»

Bien sûr, il aurait pu écrire ailleurs. «Je pense que je suis un bon écrivain, je peux écrire sur plein de choses à part cette ville», mais New York est ce qui l'inspire le plus. McInerney a le sentiment que les histoires, les idées se baladent dans New York. «En tant que romancier, vous avez juste à les saisir.» Et c'est ce qu'il fait.

«Un jour, il y a des années, j'ai vu un homme que je connaissais, un milliardaire. Il était sur la 5e avenue et il attendait de traverser la rue, il était juste à côté d'un clochard, qui portait ses sacs. Je me suis dit que c'était une juxtaposition intéressante, que je voulais écrire un roman avec ces deux personnages dedans. Et je l'ai fait, dans Trente ans et des poussières

Quand on a eu fini de parler de New York, de son écriture, de son amour pour Céline et de sa brève apparition dans Gossip Girl, son téléphone a sonné. «-Oh, c'est Bret. - J'ai justement rendez-vous avez lui tout à l'heure. -Ah? Vous lui rappellerez que nous avons une réservation à 21h15 pour dîner, qu'il n'oublie pas». Je vous raconterai très bientôt ma rencontre avec Bret Easton Ellis.

 


LE QUESTIONNAIRE


Comme Jay McInerney a sorti son dernier livre il y a quelques mois, et que c'était un recueil de nouvelles, j'ai adapté le questionnaire. Quant à la première phrase sur laquelle je l'interroge, c'est celle de son premier livre, Journal d'un Oiseau de Nuit. Cette phrase est devenue culte.

«Tu n'es pas le genre de type à te retrouver dans un endroit pareil à une heure aussi matinale.» Comment vous est venue cette première phrase?
J'étais en boîte, il était 4h du matin et c'est ce que je me suis dit en me regardant dans un miroir: «you are not the kind of guy who would be at a place like this at this time of the morning but here you are...» Quand je suis rentré chez moi, je l'ai écrite, cette phrase, et les deux ou trois suivantes.

C'était une nuit terrible, comme décrite dans le livre.  J'avais perdu mon pote, aucune fille ne voulait me parler. J'avais plus d'argent, plus de drogues. C'était une de ces nuits... Et je devais rentrer chez moi à pied - ce que j'ai fait.
Et après avoir écrit ces quelques lignes je les ai rangées dans un tiroir, je les ai oubliées pour quelques mois et puis je les ai retrouvées.

mcinerney_toutemavie.jpgOù écrivez-vous?
Je peux écrire à peu près partout. A New York j'ai un bureau, avec une vue sur la ville, et une table sur la terrasse, sur laquelle je peux travailler. Et j'ai une maison dans les Hamptons, dans laquelle je travaille parfois.

Comment vous organisez-vous pour écrire?
Je travaille de 9h30 à l'heure du déjeuner. Si ça se passe bien, je peux aussi écrire l'après-midi. Mais pour la fiction, le meilleur moment pour moi, c'est vraiment le matin, et la plupart du temps je fais autre chose l'après-midi, comme du journalisme, répondre à mes mails.

Mais juste après le réveil, c'est le moment qui semble le plus approprié pour entrer dans le monde des rêves.

Vous avez des rituels d'écriture?
J'écoute de la musique, je la choisis en fonction de l'humeur dans laquelle je veux me mettre, en fonction de l'écriture. Et je marche, je fais quelques blocs [les pâtés de maison américains], je sors toujours chercher mon café, je veux voir la ville avant de me mettre à écrire. (Il rit)

Combien de temps vous faut-il pour écrire un livre?
Huit semaines pour Bright Lights Big City. D'autres c'est trois ans. Je pensais que ce serait de plus en plus facile, mais ce n'est pas le cas. Ce n'est pas plus facile qu'avant.

Chaque roman est un nouveau défi. Vous progressez sur certaines choses, et régressez sur d'autres.  Quand j'étais jeune, j'avais une certaine assurance, un style audacieux, courageux. J'avais le génie de la jeunesse. Vous perdez une sorte de génie en vieillissant, mais vous gagnez en compréhension du monde. Je ne pourrais pas dire que les livres les plus récents sont les meilleurs. Il y a des choses dans Bright Lights Big City que je considère naïves et un peu bêtes, mais elles sont aussi sincères et fraiches, donc ça passe. J'en sais beaucoup plus sur la fiction et sur le monde qu'il y a 20 ans. J'espère que cela rend mes livres plus récents aussi convaincants que les premiers.

Pensez-vous que l'écriture puisse s'enseigner?
Je ne pense pas qu'on puisse enseigner à quelqu'un comment devenir un grand écrivain, comment devenir Raymond Carver, Ernest Hemingway, ou Jonathan Franzen, mais il y a des règles à apprendre, comme pour le piano ou le tennis. On peut vous apprendre à faire des progrès plus rapidement. Etudier avec Raymond Carver m'a fait gagner du temps. J'aurais eu à faire beaucoup plus d'erreurs avant d'arriver à maturité s'il n'avait pas été là. Il y a des choses basiques qu'il faut maîtriser pour raconter des histoire, et certaines de ces bases peuvent être enseignées.

Il faut bien apprendre d'une certaine manière. En France, vous n'avez pas de cours d'écriture, mais vous apprenez sans doute à travers vos lectures.

Est-ce que dans une classe d'écriture, un professeur n'aurait pas dit à Céline qu'il faisait des fautes de français?
Il faut se battre pour forger ses propres règles. Et j'adore Céline soit dit en passant. Je pense que c'est un des plus grands écrivains. Moi, on m'a dit qu'on ne pouvait pas écrire un roman entièrement à la seconde personne. Raymond Carver m'a dit que c'était une erreur. Je l'ai fait malgré tout.

Est-ce que vous écrivez dans la douleur?
Parfois. C'est la différence entre un vrai écrivain et un écrivain amateur: un véritable écrivain doit écrire même quand c'est douloureux. Un acteur joue même lorsqu'il est blessé. Exceptionnellement ça m'arrive de ne pas écrire parce que je n'en ai pas envie. Mais la plupart du temps, il faut écrire malgré tout. Surtout pour un romancier: écrire un roman c'est très très long -c'est presque comme un mariage: si vous attendez d'être de bonne humeur pour vous y mettre, ça risque de mettre du temps avant d'arriver.

D'autres jours bien sûr, c'est passionnant, excitant. Si c'est douloureux tout le tempsil fait peut-être changer de vocation... (Il rit) Mais la douleur est inévitable.

Quel livre auriez-vous voulu écrire?
Peut-être Gatsby le Magnifique - l'un des livres les plus parfaits que j'ai jamais lus. C'est un si petit livre, qui saisit si parfaitement ce qu'on appelle le «rêve américain». J'adore ce livre.

Vous aimez parler de vos livres ?
Pas vraiment. (Il rit). J'aime ce que je fais, mais j'ai parfois l'impression que si je l'explique trop, je vais le corrompre, l'avilir, que ce que j'avais à dire, je l'ai écrit. Si vous voulez savoir ce que je voulais dire, lisez le livre! Mais j'ai aussi des questions sur les livres que je lis. Et j'adorerais pouvoir poser des questions à Céline ou Fitzgerald, donc je comprends le besoin d'en parler.

 

Le dernier livre de Jay McInerney est un receuil de nouvelles intitulé Moi Tout craché (The Last Bachelor en anglais), que vous trouverez en grand format aux éditions de l'Olivier, ou en poche chez Points. Points réédite par ailleurs le roman Toute ma vie (Story of my life), longtemps épuisé.

 

 
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