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10/10/2010

Marc Dugain: «Comment ai-je pu oublier, se dit Maria, c'est inadmissible».

Marc Dugain, L'Insomnie des étoiles

LA RENCONTRE

Il a gardé le look du PDG qu’il était dans une vie précédente. Avec sa barbe de trois jours, son air réservé de patron qui prend son crème au Flore le dimanche, et son CV d’ex de la finance et de l’aéronautique devenu écrivain et scénariste, lauréat de nombreux prix, Marc Dugain serait le parfait auteur star. Mais il ne veut pas de ça.

«J’essaie de ne pas trop me montrer, confie-t-il. Je ne suis pas un narcissique de base, je n’ai pas envie d’être reconnu dans la rue, de devenir une figure du milieu cinématographique ou littéraire.» Ca arrive qu’un chauffeur de taxi le reconnaisse ou que son nom soit familier à la serveuse qui prend sa réservation au restaurant, mais rien de plus.

Cette discrétion colle assez bien à ses livres. Marc Dugain écrit des best-sellers dans lesquels il réfléchit discrètement sur l’origine du mal. Dans les guerres (La Chambre des Officiers), chez les hommes (Une Exécution ordinaire). Dans son dernier roman, L’Insomnie des étoiles, un astronome devenu officier se transforme en enquêteur. Il veut découvrir l'origine de ce cadavre calciné, retrouvé dans la ferme d’une jeune fille aux lunettes cassées. Comprendre le sens de la mort d’un seul homme, dans une ferme, alors que des millions ont cramé dans tout le pays en cinq ans? L’absurdité de l’enquête fait la beauté du livre. L’absurdité de l’enquête et la façon dont elle dessine, discrètement la brutalité des hommes.

LA B.O. DU LIVRE

 

LE QUESTIONNAIRE

«Comment ai-je pu oublier, se dit Maria, c'est inadmissible». Pourquoi cette première phrase?
J’avais la scène dans ma tête, quelque chose de très visuel. Je voyais Maria. Et puis cette première phrase est venue très spontanément. J’écris sur une période très courte, de la première à la dernière phrase, je ne relis jamais, je vais jusqu’au bout.


Ce roman-ci, vous l’avez écrit en combien de temps?
Trois semaines.

Trois semaines?

Je suis plutôt effervescent, j’ai une période de mise en tension qui va m’amener à traiter un sujet de a à z, d’un seul coup. Je ne me fixe pas trois semaines, ça peut être 5, ça peut être 8, 10. Mais là j’avais fini en 3 semaines, j’ai dit tout ce que j’avais à dire.

Où est-ce que vous l'avez écrit?

A Casablanca. J’habite moitié là-bas, moitié à Paris. Je pense que le fait d’être loin de Paris me déconnecte et me laisse plus de champ au niveau imaginaire. A Paris, je ne peux pas écrire à Paris. Tout est rétréci par la ville elle-même; il y a une espèce de mélancolie à Paris qui ne me convient pas. Je ne saurais pas vous dire pourquoi.

Quelle sont vos habitudes d’écriture?
La seule manie que j’ai vient d’Hemingway. Il disait que ce qui est bien dans un roman c’est de laisser les choses en suspens quand vous arrêtez le soir, de ne pas finir sur une phrase ou un chapitre totalement terminé pour pouvoir recommencer le lendemain. Donc le soir je m’arrête au milieu d’une phrase, comme ça je suis sûr de retrouver le fil.

Sinon je n’ai pas de tics particuliers, je ne crains pas la déconcentration, je ne mets pas mon ordinateur à angle droit par rapport à la table. Quand j’écris, j’écris. Tous les jours, à un bureau, et j’écoute toujours la même musique.

Quelle musique?
Là c’était Sonia Wieder-Atherton, Monteverdi, Rachmaninov. Je choisis la musique en fonction de la musicalité supposée de l’écriture que je cherche. Pour Une Exécution ordinaire j’écoutais Chostakovitch.

Pourquoi, pour qui vous écrivez?
J’écris pour moi, pour mon père, qui est parti jeune. J’écris pour mes enfants, pour mes amis, mes lecteurs. Vous connaissez cette vieille phrase qui dit que l’écriture, c’est un moment d’intimité entre deux personnes qui ne se connaissent pas?

Vous songez à adapter votre livre à l’écran. Si vous pouviez demander n’importe quel réalisateur, lequel serait-ce?
Idéalement ce serait Stanley Kubrick. Mais il est mort. C’est mon Dieu en cinéma. Je revois tous ses films tout le temps. Et je les ai tous en versions longues, courtes, moyennes… Mais que ce soit Kubrick ou les frères Coen ou Sofia Coppola, ce serait des choses différentes qui surgiraient de mon livre. Si un grand réalisateur s’intéressait au livre, peut-être que je passerais la main. Parce que si c’est moi qui le réalise, c’est un peu limité. C’est déjà moi qui ai écrit le livre, donc c’est circonscrit à mon imaginaire. C’est très intéressant quand quelqu’un d’autre s’empare du sujet. Mais il faut que ce soit quelqu’un en qui vous avez une confiance totale.

Vous en êtes où, du projet d’adaptation?
C’est pas pour tout de suite. On en parle avec mon ami producteur et associé Jean-Louis Livi. Lui en a très très envie. Moi j’en ai envie aussi… Et beaucoup de gens m’encouragent. On va y aller - mais on va prendre notre temps.

Quel livre est-ce que vous auriez voulu écrire?
Disgrâce de Coetzee. C’est un livre formidable. Et puis des livres de Tchekhov, Carver. Carver est quelqu’un qui a beaucoup compté dans ma formation littéraire. Il y a plein de livres que j’aurais voulu écrire; malheureusement je dois me contenter des miens.

Qu’est-ce que vous lisez en ce moment?
L'Eté de la vie, le dernier livre de Coetzee justement.

Vous aimez parler de vos livres?
Quand le livre sort, oui. Mais ce n’est pas si facile d’en parler et d’être l’exégèse de son propre travail. Et puis après la sortie, je n’en parle plus. Surtout dans le contexte privé je n’aime pas ça. D’ailleurs j’ai plein d’amis qui ne me lisent pas et c’est très bien ainsi.

[L'Insomnie des étoiles, Marc Dugain, Gallimard, 240 pages]

 
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