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20/09/2011

Jonathan Franzen à Paris. Mangeons des fraises.

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Ironie de l'actualité culturelle. Jonathan Franzen était à Paris lundi soir, au théâtre de l'Odéon, pour une courte interview publique - il était interrogé par Nelly Kapriélian - et une lecture. Il a lu en anglais (un peu trop vite) et Charlotte Rampling a lu en français. Alors que Tristane Banon finissait de s'exprimer dans le Grand Journal, sur l'affaire DSK et la tentative de viol dont elle l'accuse, Charlotte Rampling lisait un extrait consacré au viol dont Patty, héroïne du chef d'oeuvre de Franzen, est victime. Elle est alors lycéenne.

«Pour ne pas réveiller sa petite soeur, [Patty] alla pleurer dans la douche. Ce fut, sans exagération aucune, le moment le plus misérable de sa vie. Aujourd'hui encore, quand elle pense aux gens qui sont opprimés dans le monde ou à ceux qui sont victimes d'injustices, quand elle pense à ce qu'ils doivent ressentir, son esprit revient toujours sur ce moment-là. [...]

«La coach appela chez Patty et parla à sa mère qui, comme toujours, essouflée et prête à partir pour une réunion et n'avait donc ni le temps de parler, ni les ressources morales nécessaires pour admettre qu'elle n'avait pas le temps de parler; et donc la coach, dans le téléphone beige du Département d'éducation physique, prononça ces paroles indélébiles: "votre fille vient de me dire qu'elle avait été violée hier soir par un garçon du nom d'Ethan Post." La coach écouta ensuite pendant une minute et dit, "Non, elle vient juste de me le dire... Oui, c'est ça... Hier soir, oui... Oui, elle est là." Puis elle tendit le téléphone à Patty. 

«Patty? dit sa mère. Tu vas... bien?

- Oui, ça va. 

- Mrs Nagel me dit qu'il y a eu un incident hier soir?

- L'incident, c'est que j'ai été violée.»

*****

Mais bon, la fiction n'est pas la réalité, et chez Franzen, tout est drôle même le viol - pas poilant hein, mais subtil, ironique, vous arachant un sourire en même temps qu'un «rho» réprobateur. 

C'est quoi cette fraise?

Avant les lectures, il y a eu quelques questions/réponses.  A Nelly Kapriélian qui lui a demandé comment définir son roman, puisqu'il refusait de dire que c'était un roman sur la famille, sur l'Amérique, ou sur la liberté, il a répondu en racontant une anecdote. 

«Parfois je suis en avion, et j'essaie de ne pas parler à mon voisin, parce que je crains toujours que l'on me demande "que faites-vous?". Mais occasionnellement, cela arrive, alors que répond que j'écris. Des romans? me demande mon voisin. Oui. Des romans inventés? [Euh, là je ne dis pas que les romans sont par essence inventés, c'est ce qui les définit] je dis "tout à fait". Et là on me demande, quel genre de romans? Et je ne sais pas répondre à cette question. (...) Les thèmes sont simplistes. J'essaie surtout d'écrire une histoire que les lecteurs auront envie de lire. Et si l'on me demande de quoi parle ce roman, la réponse est si honnête, si concrète, que je peux à peine le dire: c'est l'histoire de quatre personnes. Quatre personnages que j'ai passé dix ans de ma vie à construire, c'est tout. Demander "de quoi parle ce roman?", c'est comme dire, "c'est quoi cette fraise?"»
PS: On devrait faire plus de lectures d'écrivains contemporains dans les théâtres. C'est génial, en France on en fait très peu, aux Etats-Unis c'est très courant.
PS 2: Plus je repense à Freedom, plus j'aime ce livre.
PS 3: Sur la photo, le point blanc à gauche, c'est Charlotte Rampling, le point blanc à droite, c'est Jonathan Franzen. Le coupable de la photo c'est l'iPhone. Et un peu moi. Mais surtout l'iPhone. 
 
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