Avertir le modérateur

09/01/2011

Jonathan Safran Foer, de la fiction à l'essai

Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux?

safranfoer.jpg

LA RENCONTRE

Jonathan Safran Foer est connu comme romancier. Notamment pour Incroyablement fort et extrêmement prèsl'un des grands romans sur le 11 septembre. Mais ce samedi de décembre, dans son hôtel du boulevard Raspail, c'est un jeune essayiste de Brooklyn qui se présente. Moins drôle que son écriture, mais tout aussi élégant, polo noir, barbe taillée, il a à son crédit trois ans de recherches sur le système américain de production de la viande, pour écrire Eating Animals. Il s'est introduit clandestinement dans des fermes industrielles, a voyagé dans tout le pays pour aller essayer de parler aux tortionnaires de dindes, aux activistes de PETA, ou encore à Frank Reese, «dernier petit éleveur de volailles». Best-seller aux Etats-Unis, en Italie et en Allemagne, Faut-il manger les animaux? en français est publié ce mois-ci. A mi-chemin entre l'essai et le récit.

Pour le fond, Jonathan  Safran Foer s'aventure sur le même terrain que quantité de documentaires déjà produits sur le sujet. Il y met cependant son talent d'écrivain, son humour. Vous n'aurez jamais trouvé les dindes aussi malheureuses que sous sa plume. Surtout, il y mêle les réflexions de philosophes ayant exploré notre rapport aux animaux pour nous montrer que la torture des animaux (avérée dans le système industriel actuel) ne fait pas de tort qu'aux animaux eux-mêmes. Mais aux hommes aussi. A notre santé, et à ce que nous sommes.

«Aujourd'hui ce qui est en jeu dans le fait de manger les animaux, [c'est] aussi notre capacité à réagir à certaines parties de notre propre être (animal). La guerre ne se déroule pas seulement entre eux et nous, mais entre nous et nous.» Et il cite Jacques Derrida qui précisait dans L'Animal que donc je suis pour évoquer «une lutte inégale, d'une guerre en cours et dont l'inégalité pourrait un jour s'inverser, entre, d'une part, ceux qui violent non seulement la vie animale mais jusqu'à ce sentiment de compassion et, d'autre part, ceux qui en appellent au témoignage irrécusable de cette pitié».

Dérangeant au point de vous emmener sur la route du végétarisme. Si, même si vous étiez féru d'entrecôte béarnaise.

«Je préfère écrire des romans»

Mais c'est peut-être le dernier essai que vous lirez du jeune écrivain. Si ce qu'il a appris l'a passionné, et s'il espère faire réfléchir ses lecteurs, il n'a pas adoré écrire le livre. «Je préfère écrire des romans, m'a-t-il expliqué. Ce qui était agréable ici, c'était de connaître mon but. Avec chaque livre, vous voulez toujours changer le lecteur, mais vous ne savez pas comment. Vous voulez changer le lecteur, le « transporter » littéralement,  parce que s'il est exactement le même à la sortie du livre, ce n'était sans doute pas un bon livre. Au moins avec un essai, hors de la fiction, on sait vers quel but on tend, on sait ce que l'on veut changer chez le lecteur. C'est réconfortant. Mais j'avais aussi le sentiment de ne plus avoir ce que j'aime le plus dans l'écriture: la liberté de faire ce que je veux, de partir dans telle ou telle direction, de changer les faits...»

Evidemment, s'il a choisi la forme de l'essai, c'est qu'il avait de bonnes raisons de s'infliger cette douleur. Non pas que la fiction soit moins puissante que la réalité: «elle l'est toujours autant, mais elle n'est pas toujours aussi appropriée, souligne-t-il. Si j'avais écrit un roman, les gens auraient pris ça pour de la science-fiction. Je voulais qu'ils sachent que par exemple les tortures que j'évoque ne viennent pas de mon imagination. Tout est vrai dans ce livre».

LA B.O. DU LIVRE

 

 

SILENCE

(Oui, bon, mais c'est un essai.)

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu