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08/12/2010

David Foenkinos: «La dernière fois que je me suis allongé pour parler à un inconnu, c’était pendant le Bed-In avec Yoko»

David Foenkinos, Lennon

LA RENCONTRE

Au mur, aucune photo de Lennon, ou des Beatles en général. En fond, sonore, Emilie Simon, dont il est fou. Sur la table, toile cirée, son ordinateur, et son nouveau manuscrit, Les Souvenirs. Tout ce qu’il y a d’anglais dans cette cuisine, c’est le thé.

Photo 2 David Foenkinos copyright Catherine Helie Gallimard.jpg«Ecouter les Beatles, ça n’a rien d’original. Tout le monde les écoute, c’est ça qui est bien», explique David Foenkinos, romancier connu depuis Le Potentiel érotique de ma femme, et plus encore depuis La Délicatesse. Ce qui le distingue des autres fans, c’est que Lennon fait partie de son existence. «Le premier souvenir marquant de ma vie est l’assassinat de John Lennon», écrit-il dans la postface de son roman biographique sur la star.

«J’étais chez mes parents, j’avais 6 ans. Je me souviens de la télé, de la moquette. Je me souviens de la photo de Lennon dans le journal, et j’avais compris qu’il avait été tué par balle», raconte-t-il. C'était il y a exactement 30 ans.

Mais c’est plutôt vers 15 ou 16 ans que tout s’est éveillé en lui. Gravement malade, David Foenkinos passe des mois à l’hôpital. «J’écoutais les Beatles. C’est rentré dans ma vie à ce moment-là.»

La sensibilité, l’humour, l’imaginaire de Lennon, la nostalgie le touchent. «J’ai vraiment le sentiment qu’il y a des gens comme ça que tu admires, qui sont présents dans ta vie. C’est pas de l’ordre de l’accessoire. J’ai l’impression qu’il y a une dimension plus troublante, plus humaine. Je pense souvent à Lennon; pas comme un chanteur. Mais je pense à son parcours, à sa vie. C’est quelqu’un qui m’a hanté.»

C’est ainsi que Foenkinos s’est retrouvé à écrire sa biographie romanesque. Il a couché son «personnage» sur le divan d’un analyste, à New York, entre 1975 et 1980, et il l’a imaginé confier son parcours. Sa jeunesse à Liverpool, sa mère, aimante absente, le sentiment d’abandon d’où a peut-être germé l’envie de prouver au monde qu’il valait quelque chose, la rencontre avec Yoko et leur amour absolu.

«Je me sens bien dans ses images. Celles de lui et Yoko marchant dans Central Park, ou celles de leur mariage à Gibraltar, tout en blanc». C’est exactement ce «bien» (contentement, félicité, douceur) qu’il restitue au lecteur, tout en décrivant un dieu à taille humaine.


LA B.O.


LE QUESTIONNAIRE

«La dernière fois que je me suis allongé pour parler à un inconnu, c'était pendant le Bed-In avec Yoko». Pourquoi cette première phrase?

La première séance, c'est vraiment la séance qui m'a pris le plus de travail. Je l'ai réécrite énormément de fois. Je voulais qu'on rentre dans le personnage en balayant un peu tout. Mettre en place tout ce qu'il a tenté, son instabilité. Donner envie de lire la suite en annonçant des choses. Préciser le flou des dates. J'ai cherché énormément comment ouvrir le livre. J'aurais pu le faire de tellement de manières différentes. Le situer entre 1975 et 1980, ça me permettait de raconter toute sa vie. Par rapport à un journal intime par exemple, qui l'aurait suivi dans son évolution, ça me permettait d'avoir du recul.

Ce «roman biographique», vous l'avez écrit en combien de temps?

Je pensais depuis toujours à écrire sur Lennon. Et puis quand j'ai fini La Délicatesse [roman sorti en août 2009], je ne savais pas trop quoi faire. Amanda Sthers m'a dit qu'elle lançait une nouvelle collection de biographies, que la forme était libre. J'ai proposé Lennon. Et je m'y suis mis. Quand je me mets à écrire je ne peux plus m'arrêter. On a l'impression que j'écris beaucoup et que j'écris vite, et je sors environ un livre par an parce que j'essaie d'aller le plus vite possible. Ensuite il faut peaufiner et retravailler. Mais je n'aurais pas la force mentale de passer dix ans sur un livre, c'est pour ça que je me dépêche.

Où est-ce que vous l'avez écrit?

Partout. J'écris partout. J'adore écrire dans des endroits qui changent. Ca m'aère l'esprit. J'adore le train. J'adore écrire dans le train. J'adore écrire dans les endroits en mouvement qui me dépaysent. Par exemple, récemment, je suis allé en Allemagne pour de la promo, et j'avais seulement une conférence par jour, pas de rendez-vous. Donc je pouvais écrire à l'hôtel, la journée, dans le train. Chez moi j'ai du mal à écrire: il y a trop de vie, trop de mouvement.

Qu'avez-vous écouté en écrivant le livre?couv David Foenkinos.JPG

J'ai écouté toutes les musiques des Beatles pendant l'écriture. Lennon c'est vraiment quelqu'un qui exprime beaucoup de son émotion personnelle dans ses chansons. Alors pour être au plus proche du personnage c'est important. J'adore «The Ballad of John and Yoko», où il raconte son mariage, sa vie. Ou «Mother» où il crie toute sa douleur. Si tu écoutes ses chansons tu n'as même pas besoin des biographies sur lui, tu comprends toute la douleur qu'il éprouvait. Il fallait l'écouter pour avoir sa sensibilité. Mon travail c'était d'être au plus proche de lui. Pas d'être dans sa tête ou dans sa peau, mais de lui tenir la main.

Pourquoi, pour qui vous écrivez?

Je n'écris pour personne en particulier. Pourquoi, je ne sais pas non plus. J'ai pas de mission. Par contre, pour moi il y a un truc qui est évident, c'est que c'est pas du tout péjoratif de penser au lecteur, et au «public». Ca paraît hyper cheap, et les auteurs ne le disent pas. J'ai un vrai souci du lecteur, donc je ne pourrais jamais dire «j'ai écrit ce livre pour moi».

Si vous pouviez demander n'importe quel réalisateur d'adapter votre film à l'écran, lequel serait-ce?

Si on reprend le principe de narration de Lennon face à son psy, il faudrait que ce soit Sam Mendes, qui a un sens inouï de la mise en scène de théâtre. Il faudrait que ce soit lui s'il y avait beaucoup de scènes dans le cabinet, des scènes où Lennon et son analyste parlent. Sinon il faudrait que ce soit un mec comme Fincher.

Quel livre auriez-vous voulu écrire?

Un Homme, de Philip Roth. C'est son roman qui m'a le plus impressionné. D'ailleurs moi je préfère quand Roth parle des femmes, de la vie. Il m'emmerde un peu dans ses gros trucs sur la politique. Même dans Exit le fantôme je trouve qu'il parasite un peu son récit. Un Homme c'est le chef d'œuvre absolu. Deux-cents pages dans lesquelles il dit tout: la mort, la maladie, les femmes, la perte du désir, la peur, la vieillesse.

Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?

Oblomov, d'Ivan Gontcharov. C'est un roman russe de 800 pages, sur la mollesse. Dans La Délicatesse, l'un des personnages le lit, et je décris le livre. Mais je ne l'avais pas lu.

Vous aimez parler de vos livres?

J'aime bien aussi parler d'autres choses. Sinon, je vois toujours ça comme une chance, d'avoir des idées, d'être publié, d'être lu. Et que des gens me posent des questions.

 

[David Foenkinos, Lennon, Plon, 236 pages]

 
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