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21/03/2011

Anne Ragde: «Pour être tout à fait honnête, je suis partie au Spitzberg pour piccoler»

LE QUESTIONNAIRE

zona-frigida.jpg«Pour être tout à fait honnête, je suis partie au Spitzberg pour piccoler.» Pourquoi cette première phrase?
Quand on écrit à la première personne, le lecteur croit que l’on est honnête, mais c’est faux, ce n’est pas toujours le cas, on peut au contraire le tromper encore mieux. Cette première phrase exploite cette ambiguité-là, évoque la question de l'honnêteté, et situe en même temps mon personnage, son rapport à l'alcool, son tempérament.

Mais la première phrase n'est pas forcément la première phrase qui vient. Ma première phrase vient souvent à la troisième page par exemple. Dans mon dernier livre, pas encore traduit en France, ma première phrase est venue à la 17e page. C’est très ennuyeux, parce qu’il faut alors effacer les seize premières… Il s’agit d’écrire pour ouvrir la porte du livre. Parfois on entre dans le livre à la troisième page, c’est là que se trouve la première phrase. Parfois le chemin est plus long.

Pourquoi cette absence d'exergue?
Ce n’est pas très fréquent en Norvège, cela paraît prétentieux, de se placer ainsi sous le signe de grands écrivains en les citant en exergue. Et puis cela donne l’impression qu’il faut une clé pour le roman, et que la clé est dans l’exergue. D’ailleurs moi je ne lis pas les exergues, je les saute!

Où avez-vous écrit le roman?

A Trondheim, dans ma ville, au milieu de la Norvège.

J’ai fait le voyage de Bea, mon personnage. Mais je n'ai pas écrit le roman pendant la croisière; là-bas, je prenais seulement des notes.

J’écris à mon bureau, sur mon ordinateur, entourée de mes notes et de photographies. Quand je fais des recherches, je prends toujours des photos de détails, que j’oublierais si je ne les immortalisais pas. Au moment de l'écriture, regarder ces photos me rappelle le tableau d’ensemble. Je photographie la nourriture dans une salle de restaurant, une poignée de porte, le levier d’une machine. Et en me souvenant du mécanisme, je me souviens de toute la scène.

Mon père était photographe et il prenait toujours des photos, c’est comme ça que j’ai tissé mon lien à l’image. Une image me restitue tout, même l’odeur d’un lieu.

En combien de temps l'avez-vous écrit?
Trois mois une fois que j’avais les photos, les cartes. Mais en écrivant nuit et jour. C’était entre le mari numéro 2 et le mari numéro 3: j’avais tout mon temps! On peut alors écrire 15 pages par jour.

L'écriture est parfois douloureuse. La plupart du temps en fait. Quelquefois je voudrais avoir des électrodes branchées sur mon cerveau pour que tout soit transféré directement à mon ordinateur. Il y a tellement de mots! Tellement de «il» et «elle», et «et»… Et puis il y a tous ces détails dans votre tête, sur lesquels il faut se concentrer en permanence…

Avez-vous écouté de la musique en écrivant le livre?
Je ne peux pas écrire sans musique. Avec Zona Frigida, je voulais ressentir le paysage, alors j’écoutais Beethoven et Mozart, parce que ce sont des morceaux puissants, un peu «whoofy» [elle prononce ce son étrange, comme en imitant le vent qui souffle]: là-bas, la nature est sublime et terrifiante, c’est une dualité que je retrouve chez Beethoven et Mozart.

Si votre livre devenait un film, par qui voudriez-vous le voir réalisé?

Le livre se passe dans une partie masculine du monde. C'est-à-dire une partie du monde avec des animaux sauvages, et qui vous tient à bonne distance, un paysage qui semble sur la réserve... Alors ce serait bien d’avoir une réalisatrice, cela ferait un équilibre. Anna Björk serait parfaite elle est très féminine, et n’a pas peur de s’aventurer dans des lieux difficiles. Ou Kathryn Bigelow, qui a fait Démineurs, sur la guerre en Irak.

Qu'est-ce que vous lisez en ce moment?
Je ne peux pas lire de littérature pendant que j’écris. Sinon je volerais des phrases sans faire exprès, et je me sentirais influencée en permanence. Ou je lirais certaines phrases en me disant à quel point elles sont belles et que je ne suis pas une vraie auteure, parce que je n’écris pas si bien… Alors dans les périodes pendant lesquelles j’écris un livre, je lis des essais. Dès que je finis un livre en revanche, je me jette sur des romans. [Elle prend un regard gourmand.] J’ai des piles qui m’attendent, c’est ma récompense à l’issue d’un ouvrage!


Vous aimez parler de vos livres?
J’aime répondre aux lecteurs, avoir des questions de leur part et j’aime parler de mes travaux de recherche. Mais les questions sur le pourquoi j’ai écrit ce livre, pourquoi cette histoire, je ne sais pas.

La B.O. DU LIVRE


FRANK SINATRA - CASABLANCA - AS TIME GOES BY par Mukhran

 
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